...

La société ne facilite pas la prise en charge des problèmes d'alcool puisque sa consommation festive ou mondaine reste valorisée. La consommation problématique d'alcool (CPA) est fréquente en Belgique, mais seule une minorité des personnes touchées font appel à une aide professionnelle. Ce phénomène est appelé " treatment gap ", littéralement gouffre du (manque de) traitement.Divers facteurs interviennent dans ce gap, en interagissant. Ils se situent au niveau de la société, de la personne touchée par la consommation problématique d'alcool elle-même, mais aussi des prestataires de soins et de l'organisation des soins.Par conséquent, afin de réduire ce fossé, le KCE propose des mesures devant, autant que possible, être prises simultanément afin de pouvoir se renforcer mutuellement. Ce n'est que de cette façon que le treatment gap pourra diminuer, notent les experts du centre fédéral.La réduction pourrait avoir un impact important en termes de santé. En cas de dépendance à l'alcool, une augmentation de 40 % du nombre de traitements pourrait faire diminuer de 9 % le nombre de décès chez les femmes et de 13 % chez les hommes.Nombreux sont les prestataires de soins, tant en première qu'en deuxième ligne, qui entrent en contact avec des personnes présentant une CPA. Des médecins entre autres.Parmi eux, nombreux sont aussi ceux qui éprouvent des difficultés à aborder le sujet, à reconnaître la CPA, à en discuter et à proposer de l'aide." L'organisation des soins elle-même constitue également un obstacle à la détection et à l'aide des personnes présentant une CPA ", indique le rapport du KCE. Pas assez de temps, pas assez payé... Le comportement de certains dispensateurs de soins creuse un peu plus le treatment gap. " J'ai des choses plus importante à faire ", " je ne suis pas assez payé ", " je ne suis pas assez soutenu par la direction de mon hôpital dans ce domaine ", " un traitement ne sert à rien ", sont autant de raisons pour lesquelles certains soignants ne proposent pas d'aide ou n'en proposent pas assez.Il conviendrait d'emblée d'améliorer l'attitude. La CPA doit de préférence être considérée comme un problème de santé qui peut être traité et non comme un problème de santé imputable au patient." Les prestataires de soins doivent donc adopter une attitude qui ne condamne pas, faire preuve d'empathie et commencer par aborder et traiter les troubles pour lesquels le patient les consulte, et seulement ensuite évoquer le sujet ", explique l'étude fédérale.Mais de nombreuses études montrent que beaucoup de prestataires de soins ne possèdent pas de connaissances suffisantes sur la CPA et disposent de trop peu de compétences en matière de communication afin d'aborder les sujets délicats avec leurs patients.Par conséquent, il est fréquent que la CPA ne soit pas (suffisamment) identifiée et que les patients attendent trop longtemps avant qu'une aide appropriée leur soit proposée, voire n'obtiennent jamais cette aide." Les instances de formation et de formation continue ont donc du pain sur la planche. En effet, tant les formations de base que les formations continues doivent prévoir des modules spécifiques portant sur les compétences de communication (entretien motivationnel, par exemple) et sur la consommation (problématique) d'alcool. En ce qui concerne cette dernière, il conviendra d'aborder la définition et les conséquences de la CPA, le dépistage de la CPA et la formation aux interventions brèves ", insistent les rapporteurs du centre. La nécessité d'un médecin traitant Comme pour bon nombre de pathologies, plus les personnes présentant un problème d'alcool sont identifiées tôt, plus les chances de prévenir les conséquences nocives et la dépendance à sont grandes. Le dépistage suivi d'une intervention brève (conseils clairs et structurés) sont efficaces pour réduire la consommation d'alcool.L'intervenant le plus approprié reste le médecin généraliste. Il est idéalement toujours joignable et il a souvent construit, au fil du temps, une relation de confiance avec ses patients.Néanmoins, d'autres prestataires de soins, comme par exemple un gynécologue lors d'une consultation prénatale, peuvent constater une consommation d'alcool problématique et, le cas échéant, orienter leurs patients vers une aide spécialisée.Les dépistages systématiques demeurent rares. Ainsi, une étude belge révèle que seuls 2 % des médecins généralistes interrogent leurs patients au sujet de leur consommation d'alcool, alors qu'ils posent beaucoup plus souvent la question de la consommation de tabac. Et lorsque le dépistage met en évidence un problème possible, une intervention brève ne s'ensuit pas toujours." Toutefois, s'il s'agit de personnes en situation de dépendance à l'alcool, les dépistages et les interventions brèves ne sont plus utiles, probablement parce que le problème est déjà trop avancé. Pour ces personnes, un autre type d'approche est nécessaire ", précise le KCE.