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Novembre 2050. La généralisation du 1733, la couverture du pays de postes médicaux, le lancement des consultations par téléphone, rien n'y a fait. Les associations de généralistes ont tout essayé au niveau local, en lançant coup sur coup des initiatives personnelles pour alléger les gardes. En vain. Même l'amendement de la loi permettant au médecin de garde de gérer un territoire de 200.000 habitants n'est pas parvenu à endiguer le désaveu de la profession.Les patients paient ainsi le tribu du contingentement de l'offre médicale initiée en 1997. Les gouvernements souhaitaient à tout prix contenir les dépenses de santé. Mais de là à hypothéquer l'accès aux soins, personne ne le souhaitait. Avec ce cadastre dynamique activé en 2015, les autorités belges pensaient pouvoir évaluer à l'unité près le nombre de médecins nécessaires sur le long terme. Malgré la relative pauvreté des données dans lesquelles n'apparaissaient pas le temps de travail réel des soignants, leur mobilité géographique, la façon dont était organisée la pratique médicale.La pyramide des âges pour les médecins de famille donnait déjà le tournis à l'époque. La relève semblait difficilement assurée. Sans oublier le vieillissement et la féminisation du corps médical. Qui savait deviner quel serait l'impact exact sur l'activité de la profession de ces deux tendances lourdes. Exode massif Forte pression pour assurer la disponibilité pour les patients, obligation légale de continuité des soins, explosion des connaissances à maintenir à jour, tâches administratives redondantes... Les raisons structurelles poussant les médecins généralistes vers le burnout n'ont pas manqué. Mais si cette profession, qui parvenait déjà difficilement à remplir ses quotas, a subi une véritable hémorragie, c'est par un phénomène moins malheureux sur le plan professionnel: la réorientation.Si en 2015, près d'un généraliste sur dix a abandonné le métier pour se reconvertir, en 2050, seuls dix pour cent s'accrochent encore à la vocation de première ligne. Les communes bruxelloises, liégeoises, anversoises ont sombré dans une précarité de la médecine générale. Un exode au bénéfice d'autres spécialités. Généralistes et stagiaires se sont reconvertis en masse dans la médecine aiguë, la médecine d'urgence ou encore l'anesthésie, sans marquer le moindre intérêt pour des disciplines telles que la chirurgie plastique, la neurologie ou la dermatologie. Robot-médecin Les tentatives de revalorisation de la MG n'ont jamais eu les moyens de leurs ambitions. Et puis, les rares efforts qu'ont voulu livrer les décideurs se sont heurtés à une nouvelle prouesse de la technologie. Progressivement capables de comprendre les finesses du langage, les ordinateurs ont acquis depuis l'aptitude de nuancer leur environnement, leurs interlocuteurs, leurs états changeant.Comme chaque patient a généré des millions de gigabits de données médicales par le biais de ses montres connectées, de ses smartphones et plus traditionnellement lors de ses passages à l'hôpital, les intelligences artificielles n'avaient plus qu'à recouper ces banques d'informations, paramètres ou images. Ainsi est apparu le diagnostic automatique.Au télémathon démodé depuis des décennies ont succédé les téléméds. Sortes de cabines d'essayage futuristes, accessibles grâce à un lecteur de carte d'identité électronique, dont l'intérieur est bardé de capteurs, scanners et autres interfaces. Tous ces éléments sont reliés à un supercalculateur, lui-même interconnecté au réseau Be.Data de eHealth et en contact permanent avec les structures hospitalières, qui envoient en cas de besoin une ambulance sans conducteur... Bref, il nous reste 35 ans pour contrecarrer cette prophétie...