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Promesse tenue. La ministre de la Santé s'était engagée à concrétiser un voeu pieu récité depuis de longues années, le cadastre dynamique des médecins. La Commission de planification de l'offre médicale a découvert ce fameux cadastre vendredi dernier. Un document encore technique, " in fase van behandeling ", laissait-on entendre au cabinet De Block. Pas le genre de littérature pour le grand public.Le groupe de travail des médecins a en effet présenté aux membres de la commission les résultats du couplage entre la banque fédérale des professionnels de soins, les données de l'Inami et le Datawarehouse Marché du travail et protection sociale (en ce compris chiffres ONSS et Inasti). Bref, une estimation des forces vives. " Avant, on recensait les diplômes, les spécialisations, mais l'activité restait inconnue. Il s'agit désormais de planifier sur base de la force de travail. Ce cadastre permet de jauger par spécialisation et par secteur l'activité salariale, le cumul des prestations et la proportion d'équivalents temps plein. Cela permet de refléter plus fidèlement ce que font les médecins, avec des précisions région par région ", indique Marco Schetgen, président du GT médecins.Cette version " plus consistante " du cadastre, toujours basé sur la période 2004-2012 (lire Jdm n°2384) vient ainsi combler une série de lacunes exhibées par les données du SPF Santé et sur lesquelles les planificateurs s'appuyaient uniquement jusqu'ici. Outre la pyramide des âges et le genre du médecin, le document aborde de façon singulière chacune des 37 spécialités médicales en détaillant la nationalité, le pays d'origine, la province de domicile, les milieux d'activité, hospitalier ou ambulatoire. Nouvelles pénuries Presque logiquement, ce nouveau cadastre confirme les tendances qui ressortaient des précédents rapports d'offre médicale. " Le travail à temps plein est indiscutablement moindre ", souligne le Dr Schetgen. L'évolution du nombre d'équivalents temps plein suit l'évolution de la profession. La recherche d'un équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle, la féminisation -en ce sens où le médecin de sexe féminin présente plus facilement un profil d'activité partielle - et le vieillissement de la population médicale. Entre 2012 et 2022, le volume des ETP pourrait vraisemblablement fondre de 4%. À l'échelle des 44.423 médecins que compte notre petit pays, cela représente tout de même 1.776 praticiens moins disponibles, voire indisponibles.Fait notable, le cadastre dynamique pointe certaines spécialisations que la Commission n'avait pas encore identifiées comme problématiques, ou en tout cas pas de façon prononcée. " Cela confirme ce que l'on savait déjà d'une part, à savoir le manque d'effectifs en médecine générale, aiguë, d'urgence, gériatrie et pédopsychiatrie, mais d'autres poches de pénurie sont apparues au niveau de la rhumatologie, la biologie clinique, la médecine nucléaire, des internistes généraux et dans une moindre mesure, de la neuropsychiatrie ", indique le président du GT médecins.Les voyants de certaines spécialités ont viré à l'orange. " Nous regardons les proportions de médecins réparties dans la pyramide des âges. Si le taux des praticiens âgés de 45 ans devient relativement bas, admettons moins de 35%, c'est un avertissement, un appel à la prudence ", explique Marco Schetgen. Pas de geste brusque À ce propos, les membres de la Commission de planification ont été interpellés par les paramètres d'une spécialité, la médecine générale. La première ligne va, probablement plus que d'autres, nécessiter des efforts de promotion et surtout de réorganisation par qu'elle puisse encore rencontrer à l'avenir les besoins de la population. " 28% des généralistes actifs ont moins de 45 ans ", précise le Dr Schetgen. Cela veut dire que plus de sept médecins de famille sur dix sont en route vers la retraite, lentement mais sûrement, sans que la relève soit assurée.Cette observation porte à croire qu'il faudra revoir les sous-quotas. Seulement voilà, entre-temps, la compétence des quotas minima est passée sous giron régional. Plus question d'y toucher. Surtout que les responsables de la planification médicale s'accordent à dire qu'il est encore trop tôt pour tirer toute conclusion. L'analyse plus fine de ces données demandera encore quelques semaines ou mois. D'où le maintien du quota à 1.230 numéros Inami pour 2021, tout en débutant le lissage qu'à partir de 2022. Autrement dit, statu quo pour les étudiants qui rentreront en septembre de cette année et récupération pour les inscrits de 2016. En chiffres ? Sur les 44.423 médecins agréés, la Flandre en accueille 53%, la Wallonie 33% et Bruxelles 13%? Près de 7.000 médecins sont domiciliés à l'étranger? Près d'un médecin sur trois n'est plus en activité? 26% des médecins actifs travaillent dans l'industrie, l'enseignement, le secteur public, etc