Différentes études réalisées en Angleterre, aux Etats-Unis ou en Australie ont montré que le secteur de la santé représente 3, 8 et 7 % respectivement du CO2 total émis par ces pays[1]. Mais le CO2 n'est évidemment pas le seul polluant produit par le secteur de la santé. La transition écologique dans le secteur de la santé peut commencer aujourd'hui à de nombreux niveaux. Certains changements demanderont certes plus d'efforts.

La transition écologique est bonne pour la santé et vice versa. Une partie des actions que nous pouvons mettre en oeuvre pour réaliser la transition sont également favorables à la santé individuelle et collective. Par exemple, l'OMS a récemment insisté sur la nécessité de réduire sa consommation de viande pour réduire les risques de cancer et de maladies cardiovasculaires. Dans le même temps le niveau actuel de production de viande a un très fort impact sur l'environnement au point que Greenpeace Belgique a fait de la réduction de la consommation de viande une priorité. Les convergences sont nombreuses entre santé et transition : l'augmentation de la part des modes de déplacement actifs, l'alimentation biologique, la participation des citoyens, sont autant de domaines où santé et transition écologique vont de pair en bien des points.

Empreinte des soins de santé

Le système de santé en tant que secteur d'activité puise dans les ressources naturelles et produit des déchets qui peuvent être réduits. Les sous-systèmes de santé les plus polluants sont les hôpitaux et la production de médicaments et d'intrants pour le secteur médical. Les pistes d'actions sont nombreuses. A titre d'exemple : en réduisant le nombre de lits hospitaliers, en favorisant les soins de santé primaire, en réduisant la consommation de médicaments, en relocalisant la production de médicaments et en ayant recours à des conditionnements en vrac, en réorganisant les soins de santé primaire autour de quartiers dans les villes, il est possible de réduire l'empreinte des soins de santé. Ces réformes aussi peuvent paraître familières en bien des points avec les réformes en cours.

Actuellement, la performance du système de santé se concentre sur des critères tels que l'accessibilité, l'efficience, la qualité, la satisfaction. Si la dimension d'impact sur l'environnement est prise en compte, les décisions stratégiques pourront refléter l'impact du système de santé sur l'environnement,... et sur la santé des populations que le système vise à aider.

Promotion de la vasectomie

Une fois que l'on dépasse les changements les plus simples, il deviendra important de discuter, à l'échelle de la société, sur les valeurs et les normes qui guident l'action dans le domaine de la santé pour y inclure la place de l'homme dans son écosystème. A titre d'exemple, la peur de la mort est un des facteurs les plus forts qui poussent notre besoin de recourir à la médecine. De nombreux actes médicaux sont réalisés dans la dernière année de vie, parfois pour un bénéfice limité et avec quel impact environnemental ? L'accès à la contraception est encore bien souvent limité dans de nombreuses situations aussi bien dans les pays les plus avancés que les pays moins avancés.Or la démographie joue un rôle important dans l'empreinte de l'homme sur la planète. Pourquoi ne pas élargir l'accès à la contraception ou faire la promotion de la vasectomie ? Sommes nous prêts à renoncer à des soins si le bénéfice individuel se fait au prix d'une pollution importante ? De nombreuses questions se posent et plus encore se poseront à l'avenir.

Ces discussions organisationnelles et surtout sociétales sont nécessaires pour permettre au secteur de la santé de faire sa part dans l'effort collectif de maintenir le réchauffement sous les 2°C comme nos gouvernements s'y sont engagés à Paris.

Cettte opinion est basée sur des recherches et réflexions personnelles et sur les apports des participants au walkshop " transition et santé " organisé par " thecollectivity.org " le 19 octobre 2018.

[1]https://www.thelancet.com/journals/lanplh/article/PIIS2542-5196%2817%2930180-8/fulltext