Les intéressés flamands le disent ouvertement. Les francophones sont aussi de cet avis, mais ne le disent pas : ils ont appris qu'ils peuvent tirer parti à faire comme s'ils ne le pensaient pas ('nous ne sommes demandeurs de rien'). Ainsi, les Flamands sont les 'demandeurs', et les francophones peuvent demander des compensations. C'est ainsi que cela va en Belgique.

La répartition actuelle des compétences date de la sixième Réforme de l'Etat du gouvernement Di Rupo (2011). Elle comportait une avancée. Un certain nombre de branches étaient, comme demandé, transférées aux entités fédérées : les soins de première ligne et les soins aux personnes âgées, la politique des personnes handicapées, la revalidation, les soins de santé mentale extrahospitaliers, etc. La plupart du temps, ces domaines se rattachaient à des compétences qui appartenaient déjà aux entités fédérées. Et il s'agissait de presque toutes des matières sur lesquelles flamands et francophones ont une vision différente.

Au dernier moment, en 2011, plusieurs morceaux de ces compétences n'ont quand même pas été transférés, si bien que le résultat est à nouveau une symphonie incomplète : un assemblage de compétences dans lequel un chat ne retrouve pas ses jeunes. Lors d'une journée d'étude de la fédération hospitalière flamande qui se tenait le 29 avril, Tom Balthazar et Evelyne Maes l'ont très bien explicité. Pourquoi ne peut-on jamais rendre les choses simples ici ?

7e Réforme de l'Etat

Il faut donc maintenant réparer tout cela dans une septième Réforme de l'Etat. Les partis flamands la demandent depuis longtemps, mais les cinq dernières années, aucun d'eux n'a préparé quelque-chose. Même pas les partis qui ont font des questions communautaires et des Réformes de l'Etat leur core business.

Pourquoi ne peut-on jamais rendre les choses simples ici ?

Crier maintenant qu'il faut 'd'urgence' une Réforme de l'Etat apparaît donc incompréhensible. Cela ne se fait pas en claquant des doigts. Même un transfert 'très simple' comme celui des allocations familiales - qui a été réalisé sans problème au cours des derniers mois - a demandé huit ans de préparation.

Il s'agit donc de trouver - dans les prochains mois ou les prochaines années - un accord parmi les partis flamands pour déterminer, en concertation avec les acteurs du terrain, ce qu'ils veulent précisément transférer comme compétences et comment ils veulent procéder. Et puis, ils entameront alors une discussion calme avec les partis francophones.

Deux partis flamands insistent pour avoir un confédéralisme total et immédiat. Il n'y a pas de majorité pour ce faire dans le pays et cela exige au moins une décennie de préparation. Chez Groen et à l'Open VLD, plus de voix sont en faveur d'une refédéralisation : rendre à l'Etat fédéral un certain nombre de compétences. S'il s'agit de toutes petites choses, c'est discutable. Mais pour le reste, il ne faut pas se faire d'illusions.

Les expériences de dizaines de pays fédéraux sont identiques et ont conduit à 'la loi du tube de dentifrice'. Avec des transferts ce compétences dans un Etat fédéral, c'est comme avec des tubes de dentifrice. Faire sortir le dentifrice est très facile. Le faire rentrer ensuite est presque impossible. Pas la peine d'essayer, cela ne marche pas. Autant le savoir déjà maintenant !