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Signalant un déclin dans la consommation d'héroïne, pour laquelle on rapporte désormais moins de nouveaux consommateurs et une baisse de la consommation dans l'Union européenne, l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies de Lisbonne n'en est pas moins préoccupé par la "complexité du marché des stimulants", et par la quantité de poudres et de comprimés disponibles. Un marché au sein duquel la cocaïne, l'ecstasy et les amphétamines sont toujours les principales substances stimulantes, mais concurrencées désormais par un nombre croissant de drogues de synthèse telles que les cathinones et d'autres stimulants comme la méthamphétamine. Le plus grand danger est que ces stimulants sont " interchangeables " : leur disponibilité, mais aussi leur prix et leur pureté attirent les consommateurs malgré le fait qu'ils ignorent souvent ce qu'ils achètent en réalité... Et dès lors, ils n'ont pas toujours conscience des risques qu'ils encourent. De fait, plusieurs grandes tendances se dégagent dans les modes de consommation actuels de drogues dans l'Union. Cocaïne. Longtemps drogue la plus couramment consommée en Europe, la cocaïne voit sa popularité et son statut de drogue "prestigieuse" en déclin. Même si certains pays font état d'une hausse de sa consommation, on constate des signes encourageants dans cinq pays qui enregistraient jusqu'à présent les niveaux de consommation les plus élevés. Par ailleurs, son faible taux de pureté pourrait inciter certains usagers à se tourner vers d'autres stimulants. Héroïne. Bien que les problèmes liés à l'héroïne persistent, leur niveau tend à diminuer. L'OEDT mentionne moins de nouveaux consommateurs et une offre en baisse. L'héroïne serait moins disponible en Europe. En témoignent le recul du nombre d'infractions et des pénuries observées pour cette drogue dans certains pays. Les conditions semblent réunies pour "un déclin continu du marché de l'héroïne en Europe", selon l'agence, et donc un marché plus difficile d'accès pour ce produit. Ecstasy. Après une période de pénurie ces dernières années au profit d'autres substances similaires (comme du mCPP, de la BZP et méphédrone), la MDMA, la forme la plus connue du groupe de drogues de type "ecstasy", fait son retour sur le marché européen dans des comprimés à des doses élevées. Amphétamines. L'usage de méthamphétamine, naguère limité principalement à la République tchèque et à la Slovaquie, semble désormais se répandre. Son inhalation, à ce jour extrêmement rare en Europe, et la disponibilité de "crystal meth" inquiètent en raison de leur nocivité particulière pour la santé. Cannabis. L'Europe redevient un producteur majeur d'herbe de cannabis. Près de 25 % des usagers débutant un traitement déclarent que c'est la drogue leur posant le plus de problèmes. Une nouvelle drogue par semaine... Nouveaux amphétaminiques et nouvelles drogues de synthèse. L'usage du stimulant 4-méthylamphétamine, à l'origine d'une série de décès en Belgique, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, fait l'objet d'une surveillance particulière. On constate aussi une augmentation du nombre et une diversité de composition au sein de nouvelles drogues qui présentent des risques élevés de surdose et menacent sérieusement la santé de leurs consommateurs. Ainsi le nombre de produits contenant de multiples substances psychoactives semble en hausse, rapporte l'OEDT. Chaque semaine pratiquement, une nouvelle drogue est détectée : déjà 50 à ce jour en 2012, après 49 en 2011, 41 substances en 2010 et 24 notifiées en 2009. Ce qui ne présage aucune diminution en perspective. Usages problématiques. L'évolution de la disponibilité de l'héroïne aurait elle-même des conséquences sur les usages problématiques d'autres opiacés, tels que le fentanyl, opiacé de synthèse, et la buprénorphine à haut dosage couramment utilisée comme traitement de substitution. On constate aussi des augmentations de consommation de cathinones par injection, ainsi que de benzodiazépines et autres médicaments. Injections. La consommation de drogues par injection continue de baisser (d'héroïne en particulier). Cette tendance est particulièrement marquée chez les usagers débutant un traitement pour la première fois. Le recours à l'injection d'héroïne est ainsi passé de plus de la moitié (58 %) il y a dix ans à environ un tiers (38 %) en 2009. Et si le taux moyen de nouveaux cas d'infections transmises par le sang (VIH/sida, hépatites B et C), d'overdoses et de décès continue de baisser, l'OEDT signale des percées inquiétantes du VIH parmi les usagers de drogues par injection en Grèce et en Roumanie. Infections bactériennes. Autre conséquence potentiellement grave du recours à l'injection, le risque d'exposition à des bactéries pour les consommateurs d'héroïne contaminée. L'OEDT rappelle la récente épidémie d'anthrax : depuis juin, près d'une douzaine de nouveaux cas ont été signalés dans 4 pays de l'UE.