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En Belgique, l'hypersensibilité aux ondes électromagnétiques (électrosensibilité ou encore EHS) n'est a priori pas une "maladie reconnue", qui permettrait par exemple de justifier une incapacité de travail et des allocations pour handicap, a-t-on appris auprès de l'Inami et du Fonds des maladies professionnelles.Cette souffrance, au sujet de laquelle il ne semble pas exister de consensus scientifique, fait actuellement l'objet d'études en Belgique, précise-t-on. L'électrosensibilité est récemment revenue dans l'actualité à la suite de l'annonce du jugement d'un tribunal de Toulouse, en France, accordant à la plaignante des allocations pour personne handicapée car celle-ci, qui affirme souffrir d'hypersensibilité aux ondes électromagnétiques, ne parviendrait plus à travailler normalement. L'information a fait le tour des médias français, qui évoquent "une première" en France et une possible jurisprudence.La Belgique n'en est pas au même stade. "En aucun cas on ne reconnait ce genre de pathologies", indique Eric Mazui, du Fonds des maladies professionnelles (FMP). "Il y a déjà eu des demandes informelles à ce sujet (...). Mais il n'y pas de reconnaissance de 'maladie de travail' pour ce genre de souffrances. En général, nous suivons la logique qui veut que si maladie il y a dans ce cas, il s'agirait plutôt d'une maladie environnementale, puisque les gens évoquent le lien avec une centrale électrique environnante, par exemple. Mais il n'y pas non plus de critère médical établi à ce sujet."La question de la reconnaissance en Belgique de l'hypersensibilité aux ondes électromagnétiques est "prématurée", confirme l'Inami, qui précise que "des études sont en cours". "L'Université de Gand réalise actuellement une étude sur ce type de plaintes, plutôt rare", indique Geneviève Speltincx, de la cellule communication. "Par ailleurs, l'étiologie est scientifiquement encore imprécise."A noter que deux députées vertes, Muriel Gerkens (Ecolo) et Anne Dedry (Groen), ont rédigé et déposé le 18 décembre 2014 à la Chambre une proposition de résolution "visant à faire reconnaître les patients atteints d'électro-hypersensibilité". Le texte rappelle que "l'EHS est une réalité que l'OMS reconnaît à demi-mot". La reconnaissance, souvent partielle, diffère d'un pays à l'autre. "En Suède, il s'agit d'un handicap, en Angleterre d'une maladie, mais le lien officiel avec les champs électromagnétiques n'est pas officiellement reconnu", indiquent les auteurs de la proposition. Celles-ci déplorent que "les données et les recherches scientifiques indépendantes manquent cruellement dans notre pays".Elles rappellent par ailleurs le handicap social qu'entraîne l'électrosensibilité: les personnes convaincues d'en souffrir n'étant pas prises en charge de manière spécifique, elles n'ont finalement comme seule solution que de se cloîtrer chez elles, après avoir éventuellement aménagé leur intérieur à l'aide de couteux tissus et peintures "anti-ondes". La plaignante française qui a obtenu gain de cause devant un tribunal toulousain vit elle-même recluse dans les montagnes, dans une habitation sans électricité.De manière générale, les sources pointées par les malades comme causes de leurs symptômes tendent à se multiplier dans notre société moderne: le Wifi, le bluetooth, les antennes GSM et télécommunications, les appareils électriques en tous genres, les ordinateurs, certaines sources de lumière comme les néons, les lignes à haute tension, etc. La difficulté réside aussi dans la diversité des symptômes, qui sont très communs et peuvent être reliés à de nombreuses maladies comme par exemple la dépression. Selon le groupe de recherches BBEMG (Belgian BioElectroMagnetics Group), qui a effectué une revue de la littérature en la matière, les symptômes "apparaissent pour des niveaux d'exposition qui ne causent aucune réaction chez la majorité des autres personnes, des niveaux de fréquence et d'intensité auxquels la population générale est exposée et largement en-dessous des recommandations internationales". Ils comprennent: maux de tête, picotements, réactions dermatologiques, fatigue, troubles du sommeil, douleurs musculaires, anxiété, troubles digestifs, troubles de la concentration et de la mémoire, vertiges...L'OMS, qui a publié un aide-mémoire sur l'électrosensibilité en 2005, y concluait que "ces symptômes ont une réalité certaine et peuvent être de gravité très variable", mais qu'il n'existe pas de "base scientifique permettant de relier les symptômes de la HSEM (hypersensibilité électromagnétique, NDLR) à une exposition aux CEM (champs électromagnétiques)". Ces conclusions sont toutefois régulièrement controversées, notamment par des scientifiques et des associations qui évoquent d'éventuels conflits d'intérêts au sein de l'OMS, une grande partie des fonds pour une étude sur les champs électromagnétiques provenant de l'industrie, notamment active dans les télécoms.