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Mais la situation est sans doute bien pire, car la plupart des études publiées sur l'état septique ont été menées dans des unités de soins intensifs dans les pays à revenu élevé. "Le monde doit intensifier d'urgence ses efforts pour améliorer les données sur l'état septique afin que l'ensemble des pays puissent détecter et traiter cette terrible maladie à temps ", déclare le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS. "Cela signifie qu'il faut renforcer les systèmes d'information sanitaire et garantir l'accès à des outils de diagnostic rapides et à des soins de qualité, y compris des médicaments et des vaccins sûrs et abordables."Le rapport précise aussi que "près de la moitié des 49 millions de cas d'état septique concerne chaque année des enfants, ce qui entraîne 2,9 millions de décès, dont la plupart pourraient être évités par un diagnostic précoce et une prise en charge clinique appropriée"." Il faut évidemment distinguer les états développés dotés d'une infrastructure médicale moderne et le reste du monde. Dans nos contrées, ce sont plutôt les patients âgés qui sont concernés. Tous les plus de 65 ans qui sont majoritairement impactés ", explique Jean-Louis Vincent, professeur de médecine intensive à l'Université Libre de Bruxelles et organisateur-fondateur du plus grand symposium international de médecine intensive, qui se déroule actuellement virtuellement à partir de Bruxelles en rassemblant plus de 5.000 participants. "L'état septique n'est pas une maladie, mais un tableau clinique qui fait suite à une réponse excessive à une infection bactérienne ou virale. Cela peut être une pneumonie, une péritonite, une infection à méningocoque."S'il n'est pas pris en charge rapidement, il peut entraîner le choc septique, une défaillance multiviscérale et la mort. Les patients gravement atteints de la Covid-19 et d'autres maladies infectieuses sont exposés à un risque plus élevé de développer un état septique et d'en mourir. Les survivants de l'état septique ne sont pas hors de danger ; en effet, seule la moitié se rétablira complètement, tandis que les autres décéderont dans un délai d'un an ou souffriront d'un handicap permanent."Les patients aigus atteints du Covid-19 sont typiquement dans ce cas. Le virus lui-même est peu agressif envers les organes, mais peut entraîner cette tempête cytokinique maintenant célèbre. Notre souci, à nous intensivistes, c'est que nous ne disposons pas de médicaments aptes à combattre correctement la maladie. Nous donnons des corticoïdes parce qu'il est démontré que cela a un certain effet, mais c'est tout ce dont nous disposons. Le remdesivir, comme vous le savez, s'est montré décevant. Le choc septique, c'est comme une bataille où notre armée de défense a perdu la tête. Acculée, elle tire sur tout ce qui bouge, ami comme ennemi. Et nous n'avons aucun traitement qui permette de "reprogrammer" le système immunitaire. Bien entendu, dans un hôpital moderne, nous pouvons venir compenser la défaillance des organes: respirateur, rein artificiel, système circulatoire (Ecmo). Mais nous ne pouvons pas guérir au sens strict."Les infections obstétricales, notamment les complications liées à un avortement ou une infection suite à une césarienne, sont la troisième cause de mortalité maternelle. Pour 1.000 femmes qui accouchent, 11 femmes souffrent d'un dysfonctionnement organique grave lié à l'infection ou décèdent. Le rapport constate également que la moitié (49%) des patients souffrant d'état septique dans les unités de soins intensifs ont contracté l'infection à l'hôpital. On estime que 27% des personnes atteintes de l'affection dans les hôpitaux et 42% des personnes en soins intensifs décéderont.Alors même que la Commission européenne et l'IMI ont dépensé des dizaines de milliards pour trouver de nouveaux antibiotiques efficaces contre les multirésistants, les bactéries hyperrésistantes continue à faire florès." Le problème ne fait que s'aggraver ", explique Keiji Fukuda, représentant spécial du directeur de l'OMS sur cette question de la résistance antimicrobienne. " Nous sommes en train de perdre notre capacité à traiter les infections: non seulement le nombre de morts menace d'augmenter, mais toute notre capacité à traiter les patients est menacée. Cela menace aussi notre capacité à produire suffisamment de nourriture ", puisque l'agriculture et l'élevage sont aussi très largement touchés.Une récente étude britannique a estimé que le développement de ces superbactéries hyperrésistantes pourrait être à l'origine de quelque dix millions de morts par an dans le monde d'ici à 2050, soit autant que le nombre annuel de victimes des différentes formes de cancer.Actuellement, on estime que la résistance aux antimicrobiens est responsable de 700.000 morts dans le monde, dont 23.000 aux États-Unis.Le danger vient d'une surutilisation ou d'une mauvaise utilisation des médicaments antimicrobiens - les antibiotiques étant les principaux - un phénomène observé dans le monde entier. Chez les humains comme dans l'agriculture et l'élevage, où les antibiotiques sont souvent massivement utilisés, non seulement pour soigner les animaux mais aussi pour favoriser leur croissance. Bien qu'anticipé dès les années cinquante par le découvreur de la pénicilline Alexander Fleming, la résistance antimicrobienne a atteint des niveaux de plus en plus inquiétants ces dernières années, facilitée par l'absence d'antibiotiques nouveaux. "Cela fait au moins vingt ans que nous n'avons pas vu de développement de nouvelles classes d'antibiotiques ", constate le responsable de l'OMS." Nous sommes en train de perdre notre capacité à traiter les infections, et pas seulement des infections ésotériques mais des infections de tous les jours ", souligne le Dr Fukuda, citant notamment les infections de la peau, du sang, ou de la voie urinaire. Parmi les infections les plus difficiles à soigner figurent la tuberculose - quelque 480.000 personnes développent une forme de la maladie résistante aux antibiotiques chaque année, selon l'Onu - les infections nosocomiales contractées à l'hôpital et certaines maladies sexuellement transmissibles, comme la gonorrhée.Frédéric Soumois