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Les pharmaciens ont lancé leur dossier patient partagé auquel participent d'ores et déjà 1.800 officines. Le but est d'améliorer la compliance et d'éviter les accidents. Mais le concept n'est pas disponible pour le corps médical à cause, paraît-il, de l'opposition historique des syndicats médicaux (lire ci-contre). Les mutuelles, pour des raisons techniques, ont été obligées de postposer la mise en place du tiers payant obligatoire prévue au 1er juillet. Les dossiers médicaux informatisés sont bien au chaud dans les logiciels des médecins traitants. Bien que dûment (?) homologués, ces packages ne sont pas compatibles avec les dossiers patients hospitaliers. Sans oublier d'autres soignants - infirmiers, kinés, psychologues - , dont les informations brassées sont loin d'être anodines. Sans compter des initiatives privées comme Progenda, ou purement locales. Médecins et pharmaciens ont lancé de leurs côté Recip-e, une asbl en phase de test dont on attend qu'elle renforce justement, pour le bien du patient, la concertation médico-pharmaceutique par l'envoi prochain des prescriptions électroniques parfaitement lisibles par le pharmacien en ambulatoire. Le concept promet d'intégrer dossier pharmaceutique et médical et MyCarenet (statut d'assurabilité). La plateforme eHealth du controversé mais compétent Frank Robben est accusée de tous les maux mais personne ne peut s'en passer comme super-serveur : ni le Réseau Santé wallon ni le Réseau Santé bruxellois qu'on a laissé se développer au nom d'une logique régionaliste. Si l'échange électronique de données de santé est inévitable, il fait encore peur à certains. Car personne n'a répondu à ces deux questions lancinantes. Premièrement : à qui appartiennent ces données : aux patients ? aux payeurs ? aux médecins ? à l'Etat ? Deuxièmement : à quoi serviront-elles : à éviter les accidents thérapeutiques ? à mesurer les effets des traitements ? à sélectionner les risques ? à concevoir des produits d'assurance et faire du marketing ? Plutôt dans le brouillard, les patients ne se pressent pas, on les comprend, pour accorder les autorisations d'utilisation. Or tant qu'un seuil critique de malades n'est pas atteint, autant remiser au placard les espoirs de mettre en place une politique de santé digne de ce nom. Dans cette affaire, il est donc essentiel de circonscrire des objectifs clairs et d'établir une confiance totale entre les acteurs.