" Questions à la Une " sur la première chaîne de la RTBF, qui ne devrait pas d'ailleurs être pérenne dans la prochaine grille des programmes, a pour habitude d'être plutôt clivante. Ce mercredi, Questions à la Une réouvre le bal avec un reportage sur les implants mammaires, sujet autour duquel circulent beaucoup de fake-news.

Le reportage est intitulé : " Implants mammaires : une bombe dans le corps ? ". Le pitch explique : " De plus en plus de femmes souffrant de maladies font un lien avec leur implant mammaire. Des médecins et des scientifiques les soutiennent et affirment qu'elles disent vrai. Que le silicone des implants se répand dans le corps et provoquent des dommages dans le corps sans même qu'il y ait rupture de la paroi de l'implant. Les implants seraient en fait de véritables bombes dans le corps des femmes. Toutes les femmes seraient exposées à de graves dangers pour leur santé. Mais les associations de chirurgie plastique refusent de reconnaître l'existence de telles maladies. "

La fréquence des interventions en la matière est telle que le reconnaître serait une catastrophe pour le secteur, ajoute l'annonce du reportage. " Le débat scientifique sur la question est intense. Beaucoup de victimes portent plainte contre leur médecin. " Le reportage annonce enquêter également sur les implants texturés. Le reportage mettra également le doigt sur un " dysfonctionnement majeur " des autorités européennes au niveau du label de qualité " CE ". Censés vérifier l'absence de nocivité des produits, ces labels " sont attribués pour des raisons commerciales ", affirme la productrice.

Dispenser une information correcte

La RBSPS avait accepté de participer au reportage pour éclairer la lanterne des investigateurs et dispenser " une information correcte et scientifiquement prouvée ". Questions à la Une a été ainsi reçue pendant une heure par la Société royale. Le sujet qui passera ce mercredi n'est pourtant, dans son traitement, pas du goût des chirurgiens plastiques. Les Drs Jean Van Geertruyden, président de la RBSPS, Moustapha Hamdi, Past President et Gaëtan Willemart, Past President, qui n'ont pas vu la totalité de l'émission mais bien son pitch ont voulu être proactifs.

Ils estiment que " la manière dont l'émission est annoncée, suggère que les responsables du programme, plutôt que de contribuer à un compte-rendu objectif et serein fondé sur des preuves scientifiques, ont opté pour un reportage sensationnel. Dans l'annonce préalable, les autorités et les associations professionnelles de chirurgiens plasticiens sont immédiatement soupçonnées d'avoir délibérément détourné les yeux et nié les risques ".

" Rien n'est plus faux ! ", tranche la RBSPS. Qui se sent alertée par l'argument selon lequel les implants " seraient en fait de véritables bombes dans le corps des femmes... et sur le fait que les autorités et les associations de chirurgie plastique refusent de reconnaître l'existence d'une telle maladie ".

Une autre théorie, répandue sur la toile et dans certains journaux, soutient que le silicone serait un adjuvant responsable du syndrome ASIA (Autoimmune Syndrome Induced by Adjuvants) soit " une stimulation du système immunitaire responsable de maux divers tels que fatigue, difficulté de concentration, troubles du sommeil, inflammation musculaire et articulaire, maladies auto-immunes ", au même titre que l'aluminium comme adjuvant dans les vaccins.

Maladie auto-immune : une longue histoire

La Société belge de chirurgie plastique rappelle que l'idée que les implants soient responsables de maladies auto-immunes, est une longue histoire. " Les premiers implants en silicone ont été placés en 1962. En 1992, par principe de précaution, la suspicion de ce lien de causalité a mené l'interdiction de leur usage aux États-Unis puis en France avant que des études à large échelle ne démontrent le contraire. En 2001, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (ou Afssaps) puis en 2005, la food and drug Administration (FDA), sont rassurées et reviennent sur leur décision : les implants en silicone sont à nouveau autorisés. "

La communauté scientifique des chirurgiens plasticiens, dont la RBSPS, affirment être très prudentes sur cette question. " Mais à ce jour, aucun lien évident n'a été clairement établi entre les implants et les symptômes rapportés ". Et de rappeler que " les silicones sont largement utilisés dans d'autres dispositifs médicaux, des cosmétiques, des ustensiles alimentaires, des tétines de bébés. La théorie ASIA a été récemment totalement démontée. "

Le reportage de Questions à la Une abordera également la question des implants mammaires texturés. Interdits en France, Australie et Etats-Unis, ces implants continueraient d'être vendus en Belgique.

A ce sujet, le jdM a récemment entendu les réserves du Dr Jose Budo (" Il faut avertir dûment les patientes ", 21/02/19) sur ce type d'implants, craignant une suppuration dans le corps des femmes. La RBSPS avait répondu ce qu'elle souligne à nouveau ce mardi : " Ce problème du rare lymphome anaplasique à grandes cellules associé à un implant mammaire (LAGC-AIM) est connu. Les plasticiens de la RBSPS ont déjà fait quatre communiqués de presse à ce sujet ces dernières années. Nous collaborons étroitement avec l'Agence fédérale des médicaments et produits de santé (AFMPS). Ce LAGC-AIM est principalement associé aux implants macrotexturés de la marque Allergan® mais son origine exacte n'est pas encore bien élucidée. La distribution de ces implants a été stoppée dans le monde entier, dont la Belgique. Seule la France a pris la solution radicale d'interdire tous les implants texturés. "

La Belgique continue de proposer des implants d'autres marques en raison des avantages esthétiques qu'ils offrent par rapport aux implants lisses. 600 cas de LAGC-AIM sont rapportés dans le monde sur 20 millions d'implants posés, 12 cas en Belgique au total (sur 10.000 cas de cancers du sein par an), calcule la RBSPS.

Durée de vie limitée des implants

Enfin, Questions à la Une soulignera le fait que " le silicone des implants se répand dans le corps et provoque des dommages considérables à l'organisme ". Il s'agit ici de pratiques dangereuses utilisées en Russie et en Amérique latine, consistant à injecter directement du silicone liquide dans le visage ou les fesses, notamment à l'attention des transsexuels, explique Gaëtan Willemart . " Ce n'est évidemment pas un acte sûr et validé nous. Mais certaines de ces patientes sont arrivées et ont été traitées chez nous. Par contre, les implants mammaires de dernière génération contiennent un silicone cohésif, lui-même isolé dans une enveloppe multicouche. Comme tout implant médical, la durée de vie d'une prothèse mammaire est limitée, de l'ordre moyen de 10-15 ans. Une fois celle-ci usée, elle doit bien entendu être remplacée dans un délai raisonnable. "

Les chirurgiens plasticiens, en conclusion, " déplorent ce mode d'investigation à faire pâlir certains tabloïds britanniques, programmée 'à charge', avec un 'appel à témoins' dont le biais est évident. Une telle manière d'informer est indigne d'une chaîne publique qui ne doit pas chercher à faire de l'audience à tout prix, au détriment de nos patientes. On attend plutôt une mise au point qui clarifie une polémique plutôt que de l'entretenir. Après une telle émission, le syndrome ASIA, s'il devait exister, sera renforcé par l'effet nocebo'. "

Références

- Shoenfeld Y., Agmon-Levin N. "ASIA" - Autoimmune/inflammatory syndrome induced by adjuvants. Journal of Autoimmunity. 2011; 36(1), 4-8.

- Janowsky EC, Kupper LL, Hulka BS. Meta-analyses of the relation between silicone breast implants and the risk of connective-tissue diseases. N Engl J Med. 2000; 342(11),781-90.

- Ameratunga R., Langguth D., Hawkes D. Perspective: Scientific and ethical concerns pertaining to animal models of autoimmune/autoinflammatory syndrome induced by adjuvants (ASIA). Autoimmunity Reviews. 2018 ; 17 (5), 435-439.