...

. "Cette mesure est catastrophique pour nos patients et pour le système de santé. Notre Centre de la douleur est un des plus grands du Pays. Nous suivons de nombreux patients atteints du syndrome de fibromyalgie. Ils représentent plus ou moins 60% de notre patientèle. Les séances de kiné sont primordiales dans le cadre du traitement de ces patients. La littérature internationale et les exposés présentés lors des congrès médicaux montrent que la kiné est le premier traitement à administrer aux patients fibromyalgiques. C'est de l'Evidence Based Médicine. Ces séances permettent aux patients de prendre nettement moins d'antalgiques, de conserver leurs activités professionnelles, de pouvoir bouger... Certains patients ont des handicaps sévères et d'importantes difficultés de mobilisation. En réduisant drastiquement le nombre de séances de kiné, la ministre De Block fait une marche arrière inconcevable", commente le Dr Valérie-Anne De Wilde, coordinatrice du Centre multidisciplinaire de la douleur chronique, médecine physique et réadaptation- algologie du CHU UCL- Namur. Plusieurs médecins ont écrit à la ministre pour lui demander de rétablir le nombre de séances de kinésithérapie. "Nous sommes très inquiets quant aux conséquences de cette mesure infondée, purement économique. Si le cabinet De Block avait consulté des médecins actifs dans le traitement de la fibromyalgie, nous aurions pu l'informer sur le plan scientifique", souligne le Dr Dewilde. Ce centre recrute des patients venant de toute la Wallonie, de Bruxelles et même de France. Il travaille en réseau avec les professionnels locaux. Généralement, l'approche thérapeutique par l'équipe interdisciplinaire est initiée au centre dans une démarche bio-psychosociale de réadaptation2 et est poursuivi au "domicile" du patient. Parfois, le patient revient au centre pour le suivi du traitement réalisé au niveau local. "Nous avons appris fin en novembre, presque en même temps que les patients, la décision de réduire le nombre de séances de kiné", regrette Etienne Masquelier, chef de clinique et chargé d'enseignement à l'UCL, médecin au Centre de la douleur des Cliniques universitaires Saint-Luc et à celui du CHU UCL Namur. "Nous avons été bouleversés par cette décision unilatérale." La catégorie F (une catégorie qui permet aux patients de bénéficier d'un nombre plus important de séances remboursées au meilleur tarif, ndlr) a été créée en 2002. "Cette reconnaissance était importante pour nos patients mais encore insuffisante pour une sous-population de patients fibromyalgiques qui avaient besoin de plus de séances que le quota fixé à l'époque (60 séances + 20, ndlr)." Le Dr Masquelier, qui a été l'ancien coordinateur du seul centre francophone de référence pour le syndrome de fatigue chronique, estime qu'il y a en Flandre, une certaine confusion entre le syndrome de fatigue chronique (SFC) et le syndrome de fibromyalgie. "Or, les prévalences sont très différentes entre les deux syndromes. En outre la littérature, entre autres un rapport du KCE3, concerne surtout le syndrome de fatigue chronique et pas la fibromyalgie. Cette confusion rend les discussions encore plus floues. Au niveau du Conseil technique de kinésithérapie, le travail n'a pas été assez consistant. Il aurait dû être fait en collaboration avec les médecins prescripteurs, entre autres les spécialistes. Il ne faut pas oublier qu'il y a différents sous-groupes de fibromyalgie en terme de handicap : modéré, moyen à sévère, pour ces derniers, c'est quasi de la "non-assistance à personne en danger !" Etienne Masquelier tempère les comparaisons internationales présentées par la ministre afin de réduire le nombre de séances. "En France, lorsque vous êtes atteint de fibromyalgie, vous pouvez avoir de la kiné tous les jours." Il regrette également un manque d'enseignement concernant la fibromyalgie et le SFC dans les Facultés de médecine. "Cette méconnaissance est anormale. Elle explique, partiellement, la décision prise par la ministre." Et de pointer aussi le sentiment de "déni" provoqué par la réduction du nombre de séances. Les patients concernés et les soignants ne se sentent plus reconnus. "Il y a cependant eu, durant des années, un important travail d'information et de sensibilisation auprès des parlementaires fédéraux et régionaux. Ce travail a peut-être été insuffisant au niveau du monde médical et de l'enseignement. On a l'impression qu'on vient de faire tomber un fragile château de cartes."Sources :