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En juin dernier, une étude publiée dans le Journal of Infectious Diseases démontrait que le virus Covid-19 peut être dégradé en quelques minutes au soleil, sur une surface plane. Elle montrait en outre que le temps de dégradation du virus varie en fonction du temps d'exposition et de la quantité de lumière : une lumière d'été détruit le Covid-19 deux fois plus rapidement qu'une lumière d'hiver. Toutefois, comme l'explique l'épidémiologiste Marius Gilbert, cela n'a pas d'impact sur le risque d'être infecté : " Deux personnes ne sont pas à l'abri sur une plage ensoleillée et bien ventilée. Si deux personnes sont très proches et se parlent, le risque est le même, au soleil comme à l'ombre. Ne croyez pas comme Donald Trump que les UV vont passer à travers notre corps et nous soigner à l'intérieur ", dit-il à la RTBF.Au même moment, une équipe de l'Université du Connecticut terminait son étude destinée à prédire si les conditions météorologiques estivales réduiraient la propagation du virus et justifieraient un relâchement des interventions politiques et la reprise des activités économiques. L'équipe, qui " mouline " notamment les nombres de contaminés, d'hospitalisés et de décédés développe des modèles qui prédisent le potentiel du Covid-19 dans le monde et tout au long de l'année. Pour ces scientifiques, " une grande partie du monde a mis en oeuvre des interventions non pharmaceutiques, y compris la prévention des grands rassemblements, la distanciation sociale volontaire ou forcée, la recherche des contacts et la mise en quarantaine, afin d'éviter que les infections ne submergent les systèmes de soins de santé et aggravent les taux de mortalité. Cependant, ces interventions risquent de causer des dommages économiques substantiels et, par conséquent, les décideurs élaborent des plans pour lever ces restrictions au plus tôt. Par conséquent, de meilleures prévisions des risques de Covid-19 sont nécessaires pour éclairer les décisions qui évaluent les risques à la fois pour la santé humaine et l'économie"." Nous constatons que la lumière UV, en particulier, est associée à une diminution du taux de croissance de la maladie par rapport à d'autres facteurs analysés ". Et en mai, sur la base de ces associations avec les conditions météorologiques, l'équipe prévoit déjà que " le Covid-19 diminuera temporairement pendant l'été, rebondira à l'automne et atteindra son maximum l'hiver prochain." L'article n'est publié que la semaine dernière dans PNAS. Mais l'on peut constater que leur boule de cristal scientifique a plutôt bien fonctionné. Fonctionne-t-elle aussi correctement quand elle nous annonce des heures encore plus sombres vers la fin de l'année ? L'équipe de Cory Merow précise que " l'incertitude reste élevée et de nombreux facteurs autres que le climat, tels que les interventions sociales, influenceront la transmission ". Mais recommande que " le monde doit rester vigilant et que des interventions continues seront probablement nécessaires jusqu'à ce qu'un vaccin devienne disponible ".Explications : en utilisant des données météorologiques à échelle " très précise " et des rapports mondiaux d'infections, l'équipe a développé un modèle qui explique 36% de la variation des taux de croissance maximum du virus en fonction du temps et de la démographie (17%) et des effets spécifiques au pays (19%). La lumière ultra-violette est la variable la plus fortement associée à une croissance plus faible du Covid-19. Les premières analyses des cas ont prédit que des températures élevées réduiraient la transmission estivale. " Cependant, ces analyses s'appuyaient sur les premiers stades de la propagation virale avant que l'épidémie n'atteigne les régions plus chaudes et donc potentiellement confondu le temps atmosphérique avec l'émergence initiale et le flux lié au transport mondial ", soulignent les scientifiques. " Nous avons développé plusieurs prédictions sur la façon dont le temps, directement ou indirectement via des comportements humains modifiés (par exemple, l'agrégation à l'intérieur) ou des effets sur la fonction immunitaire, affecte le taux de croissance du virus sur les impacts du temps sur le Sars-CoV-2, des coronavirus apparentés et des virus impliqués dans d'autres épidémies telles que la grippe. Sur la base de cette recherche, nous avons prédit que la croissance de la pandémie culminerait à des températures basses ou intermédiaires ".Les chercheurs notent que d'autres coronavirus démontrent une faible dépendance à la température, dépendant plutôt de la dynamique sociale ou des déplacements. Une humidité élevée peut également diminuer la persistance virale, limiter la transmission des particules virales expulsées ou diminuer la résistance de l'hôte. La lumière ultraviolette (UV) inactive efficacement de nombreux virus, en particulier les plus gros coronavirus comme le Sars-CoV-1. Les journées ensoleillées peuvent diminuer la transmission à l'extérieur ou favoriser la résistance immunitaire via la production de vitamine D. " Nous évaluons également des variables démographiques, en émettant l'hypothèse d'une transmission plus importante dans les populations plus denses (plus d'interactions entre les personnes) et plus âgées (> 60 ans) qui sont plus susceptibles d'avoir des symptômes graves et d'être testées par rapport aux populations moins symptomatiques de personnes plus jeunes."Au fil du temps, l'équipe de scientifiques vérifie la qualité de son modèle : "Contrairement aux prévisions, la température a eu un effet positif sur le taux de croissance du Covid-19, lorsqu'elle est combinée avec la lumière UV. Comme la plupart des virus, le Sars-CoV-2 fonctionne probablement mieux dans une plage de températures modérée, de sorte que, lorsqu'il est combiné à des facteurs corrélés tels que la lumière UV et l'humidité, notre modèle intègre les aspects positifs de cette relation unimodale. Comme prévu, l'humidité relative a diminué les taux de croissance." L'humidité est en effet souvent un facteur important pour réduire la transmission des particules virales dans l'air, comme cela a été démontré pour le virus de la grippe.Le modèle montre qu'en septembre, la diminution de la durée du jour augmente régulièrement le risque d'épidémie de Covid dans l'hémisphère nord jusqu'à un pic en hiver nordique (décembre-janvier). "Ce pic prédit de Covid-19 en hiver correspond à ce que l'on sait des coronavirus plus généralement. Par exemple, une étude sur plusieurs coronavirus humains dans le sud de la Chine a révélé qu'ils atteignaient également un pic en hiver."Frédéric Soumois https://doi.org/10.1073/pnas.2008590117