Outre ces facteurs de stress environnementaux, la santé mentale s'explique également par des facteurs de vulnérabilités et de résilience (biologiques, psychologiques ou contextuels). Aujourd'hui, 22% des Belges sont (plutôt) insatisfaits de leurs contacts sociaux, 20% présentent des symptômes de troubles anxieux et 18% de dépression[1]. Une mauvaise santé mentale de la population a aussi un impact significatif sur l'économie, avec un coût direct et indirect (en ce compris les coûts pour le système de santé, la Sécurité sociale et le marché du travail) équivalent à 5% du produit intérieur brut (PIB) de la Belgique[2]. Malgré ces chiffres alarmants, nous manquons de recherches systématiques pour placer la santé mentale au premier plan de l'agenda politique et pour soutenir des politiques fondées sur des données scientifiques probantes. Les négociations en cours pour former les nouveaux gouvernements constituent une occasion unique de lancer des politiques coordonnées à tous les niveaux de gouvernance.

Une approche globale de la santé mentale et du bien-être devrait être une priorité pour tous les futurs exécutifs belges

Une approche globale de la santé mentale et du bien-être (par exemple, celle appelée " bien-être dans toutes les politiques " ou " well-being in all policies "[3]) devrait être une priorité pour tous les futurs exécutifs belges. Cela implique d'adopter une approche transversale dans laquelle, au sein de chaque niveau de pouvoir (fédéral, Régions, Communautés), les institutions compétentes pour la santé sont fortement connectées à celles compétentes pour l'éducation, l'emploi, l'environnement ou encore le logement. Cela signifie également une approche transversale entre les niveaux de pouvoir afin de coordonner leurs actions, telle que la coordination interministérielle (CIM) pour la santé qui s'est avérée bénéfique pendant la pandémie de covid-19.

Une approche de " bien-être dans toutes les politiques " signifie également que le bien-être et la santé mentale doivent être abordés à tous les niveaux du tissu social en incluant des interventions communautaires visant à accroître le sentiment d'appartenance. Une solution consiste à (ré)organiser les espaces urbains. Par exemple, la création et l'ouverture d'espaces verts joue un double rôle en aidant à lutter contre les conséquences négatives du changement climatique, ainsi qu'en favorisant les contacts sociaux entre les citoyens au sein de leur communauté.

Il existe certaines conditions pour s'assurer que ces politiques soient pertinentes et efficaces. Celles-ci doivent être fondées sur des données scientifiques probantes, étayées par des recherches qualitatives et quantitatives, prenant en compte une perspective interdisciplinaire impliquant à la fois les parties prenantes et les usagers. Ces derniers bénéficiant de leur expertise personnelle.

Cela pourrait être réalisé, par exemple, en développant de nouvelles initiatives de promotion du bien-être et de la santé mentale, des nouveaux traitements et interventions, des outils de e-santé et en améliorant les connaissances générales de la population en matière de santé mentale. L'une des priorités est de disposer d'un nombre varié d'indicateurs complémentaires pouvant être collectés à une fréquence régulière afin de monitorer l'évolution de la santé mentale et du bien-être de la population, d'identifier les problèmes émergents et d'agir de manière plus ciblée et rapide.

Afin d'implémenter une approche de " bien-être dans toutes les politiques ", nous avons également besoin d'une task force " Santé mentale et bien-être "

Nous proposons de créer un Centre belge d'expertise sur le bien-être et la santé mentale dans lequel les chercheurs de toutes les universités et institutions publiques de recherche belges, les décideurs politiques, les usagers et d'autres parties prenantes concernées (organisations professionnelles, organismes assureurs, etc.) pourront travailler en étroite collaboration. Cette infrastructure pourrait dresser un inventaire des recherches et des données disponibles en santé mentale, soutenir la collaboration et la complémentarité entre les différentes initiatives de recherche, ainsi qu'encourager l'application des principes FAIR (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable) pour la gestion et le partage des données de recherche. Cela permettra également d'identifier les lacunes existantes en matière de recherche et de données, par exemple concernant certains groupes de la population en situation de forte vulnérabilité, et ainsi développer des interventions ciblées sur des populations spécifiques dans le besoin.

Afin d'implémenter une approche de " bien-être dans toutes les politiques ", nous avons également besoin d'une task force " Santé mentale et bien-être " afin de coordonner les différentes initiatives politiques organisées dans les différents niveaux de pouvoir. L'une des priorités devrait être la mise en oeuvre de politiques et d'interventions de prévention primaire en santé mentale pour l'ensemble de la population. Elle pourrait avoir lieu dans différents contextes tels que l'école, le milieu de travail ou dans les communautés locales. Cette task forcepourrait également soutenir l'implémentation de pratiques basées sur des données scientifiques probantes. Malgré les défis actuels de notre société, il est important d'envisager un avenir dans lequel nous pourrons atteindre un niveau élevé de bien-être et de santé mentale pour l'ensemble de la population belge.

Signataires :

Johan Bilsen (VUB), groupe de recherche " Mental Health and Wellbeing

Ann DeSmet (ULB, UAntwerpen), Présidente Fédération belge des Psychologues (BFP-FBP)

Alexis Dewaele (UGent), PSYNC-consortium "Working Together for Mental Health"

Raffaella Di Schiena (ULiège), Research Unit for For a Life-Course Perspective on Health & Education

Sarah Galdiolo (UMONS), Distress Lab

Inez Germeys (KULeuven), Center for Contextual Psychiatry, Leuven Brain Institute

Olivier Luminet (UCLouvain, ULB, FRS-FNRS), co-président du groupe permanent "santé mentale" au Conseil Supérieur de la Santé

Pierre Smith (Sciensano and UCLouvain), membre de la Belgian Association of Public Health (BAPH)

Kris Van den Broeck (UAntwerpen), Family Medicine and Population Health (FAMPOP).

Avec le soutien des doyen.nes de facultés :

Ann Buysse (UGent, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education)

Dirk Devroey (VUB, Faculté de Médecine et de Pharmacie)

Justine Gaugue (UMONS, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education)

Isabelle Hansez (ULiège, Faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l'Education)

Dirk Hermans (KU Leuven, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education)

Christophe Leys (ULB, Faculté de Psychologie, Sciences de l'Education et Logopédie)

Pierre Van Damme (UAntwerpen, Faculté de Médecine et des Sciences de la Santé)

Emmanuelle Zech (UCLouvain, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education).

Avec le soutien des associations professionnelles :

Kirsten Catthoor, présidente Vlaamse Vereniging voor Psychiatrie (VVP)

Lotte De Schrijver, Directrice recherche et politique, Vlaamse Vereniging van Klinisch Psychologen (VVKP)

Eva De Winter, présidente Vereniging van organisatie-, consumenten- en arbeidspsychologie (VOCAP)

Régine Kolinsky, présidente Belgian Association for Psychological Sciences (BAPS)

Patrick Lanckweerdt, président Vlaamse Vereniging voor Schoolpsychologie (VVSP)

Juan Tecco, president Société Royale de Médecine Mentale de Belgique (SRMMB)

Quentin Vassart, président Union Professionnelle des Psychologues Cliniciens Francophones (UPPCF).

[1] www.sciensano.be/en/projects/belgian-health-and-well-being-cohort

[2] www.oecd-ilibrary.org/social-issues-migration-health/health-at-a-glance-europe-2018_health_glance_eur-2018-en

[3] https://eurohealthnet.eu/publication/joint-statement-a-mental-health-in-all-policies-approach-as-key-component-of-any-comprehensive-initiative-on-mental-health/

Outre ces facteurs de stress environnementaux, la santé mentale s'explique également par des facteurs de vulnérabilités et de résilience (biologiques, psychologiques ou contextuels). Aujourd'hui, 22% des Belges sont (plutôt) insatisfaits de leurs contacts sociaux, 20% présentent des symptômes de troubles anxieux et 18% de dépression[1]. Une mauvaise santé mentale de la population a aussi un impact significatif sur l'économie, avec un coût direct et indirect (en ce compris les coûts pour le système de santé, la Sécurité sociale et le marché du travail) équivalent à 5% du produit intérieur brut (PIB) de la Belgique[2]. Malgré ces chiffres alarmants, nous manquons de recherches systématiques pour placer la santé mentale au premier plan de l'agenda politique et pour soutenir des politiques fondées sur des données scientifiques probantes. Les négociations en cours pour former les nouveaux gouvernements constituent une occasion unique de lancer des politiques coordonnées à tous les niveaux de gouvernance. Une approche globale de la santé mentale et du bien-être (par exemple, celle appelée " bien-être dans toutes les politiques " ou " well-being in all policies "[3]) devrait être une priorité pour tous les futurs exécutifs belges. Cela implique d'adopter une approche transversale dans laquelle, au sein de chaque niveau de pouvoir (fédéral, Régions, Communautés), les institutions compétentes pour la santé sont fortement connectées à celles compétentes pour l'éducation, l'emploi, l'environnement ou encore le logement. Cela signifie également une approche transversale entre les niveaux de pouvoir afin de coordonner leurs actions, telle que la coordination interministérielle (CIM) pour la santé qui s'est avérée bénéfique pendant la pandémie de covid-19.Une approche de " bien-être dans toutes les politiques " signifie également que le bien-être et la santé mentale doivent être abordés à tous les niveaux du tissu social en incluant des interventions communautaires visant à accroître le sentiment d'appartenance. Une solution consiste à (ré)organiser les espaces urbains. Par exemple, la création et l'ouverture d'espaces verts joue un double rôle en aidant à lutter contre les conséquences négatives du changement climatique, ainsi qu'en favorisant les contacts sociaux entre les citoyens au sein de leur communauté.Il existe certaines conditions pour s'assurer que ces politiques soient pertinentes et efficaces. Celles-ci doivent être fondées sur des données scientifiques probantes, étayées par des recherches qualitatives et quantitatives, prenant en compte une perspective interdisciplinaire impliquant à la fois les parties prenantes et les usagers. Ces derniers bénéficiant de leur expertise personnelle. Cela pourrait être réalisé, par exemple, en développant de nouvelles initiatives de promotion du bien-être et de la santé mentale, des nouveaux traitements et interventions, des outils de e-santé et en améliorant les connaissances générales de la population en matière de santé mentale. L'une des priorités est de disposer d'un nombre varié d'indicateurs complémentaires pouvant être collectés à une fréquence régulière afin de monitorer l'évolution de la santé mentale et du bien-être de la population, d'identifier les problèmes émergents et d'agir de manière plus ciblée et rapide.Nous proposons de créer un Centre belge d'expertise sur le bien-être et la santé mentale dans lequel les chercheurs de toutes les universités et institutions publiques de recherche belges, les décideurs politiques, les usagers et d'autres parties prenantes concernées (organisations professionnelles, organismes assureurs, etc.) pourront travailler en étroite collaboration. Cette infrastructure pourrait dresser un inventaire des recherches et des données disponibles en santé mentale, soutenir la collaboration et la complémentarité entre les différentes initiatives de recherche, ainsi qu'encourager l'application des principes FAIR (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable) pour la gestion et le partage des données de recherche. Cela permettra également d'identifier les lacunes existantes en matière de recherche et de données, par exemple concernant certains groupes de la population en situation de forte vulnérabilité, et ainsi développer des interventions ciblées sur des populations spécifiques dans le besoin.Afin d'implémenter une approche de " bien-être dans toutes les politiques ", nous avons également besoin d'une task force " Santé mentale et bien-être " afin de coordonner les différentes initiatives politiques organisées dans les différents niveaux de pouvoir. L'une des priorités devrait être la mise en oeuvre de politiques et d'interventions de prévention primaire en santé mentale pour l'ensemble de la population. Elle pourrait avoir lieu dans différents contextes tels que l'école, le milieu de travail ou dans les communautés locales. Cette task forcepourrait également soutenir l'implémentation de pratiques basées sur des données scientifiques probantes. Malgré les défis actuels de notre société, il est important d'envisager un avenir dans lequel nous pourrons atteindre un niveau élevé de bien-être et de santé mentale pour l'ensemble de la population belge.Signataires : Johan Bilsen (VUB), groupe de recherche " Mental Health and Wellbeing Ann DeSmet (ULB, UAntwerpen), Présidente Fédération belge des Psychologues (BFP-FBP)Alexis Dewaele (UGent), PSYNC-consortium "Working Together for Mental Health"Raffaella Di Schiena (ULiège), Research Unit for For a Life-Course Perspective on Health & EducationSarah Galdiolo (UMONS), Distress LabInez Germeys (KULeuven), Center for Contextual Psychiatry, Leuven Brain InstituteOlivier Luminet (UCLouvain, ULB, FRS-FNRS), co-président du groupe permanent "santé mentale" au Conseil Supérieur de la Santé Pierre Smith (Sciensano and UCLouvain), membre de la Belgian Association of Public Health (BAPH)Kris Van den Broeck (UAntwerpen), Family Medicine and Population Health (FAMPOP).Avec le soutien des doyen.nes de facultés : Ann Buysse (UGent, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education)Dirk Devroey (VUB, Faculté de Médecine et de Pharmacie)Justine Gaugue (UMONS, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education)Isabelle Hansez (ULiège, Faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l'Education)Dirk Hermans (KU Leuven, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education)Christophe Leys (ULB, Faculté de Psychologie, Sciences de l'Education et Logopédie)Pierre Van Damme (UAntwerpen, Faculté de Médecine et des Sciences de la Santé)Emmanuelle Zech (UCLouvain, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education).Avec le soutien des associations professionnelles : Kirsten Catthoor, présidente Vlaamse Vereniging voor Psychiatrie (VVP)Lotte De Schrijver, Directrice recherche et politique, Vlaamse Vereniging van Klinisch Psychologen (VVKP)Eva De Winter, présidente Vereniging van organisatie-, consumenten- en arbeidspsychologie (VOCAP)Régine Kolinsky, présidente Belgian Association for Psychological Sciences (BAPS)Patrick Lanckweerdt, président Vlaamse Vereniging voor Schoolpsychologie (VVSP)Juan Tecco, president Société Royale de Médecine Mentale de Belgique (SRMMB)Quentin Vassart, président Union Professionnelle des Psychologues Cliniciens Francophones (UPPCF).