Dr Jonathan Brauner
Dr Jonathan Brauner
co-président du MoDeS (Cartel)
Opinion

13/12/18 à 00:00 - Mise à jour à 10/12/18 à 10:17

En santé publique, 2019 sera ou ne sera pas ?

A l'heure d'une nouvelle crise gouvernementale, il est légitime de se projeter sur 2019 et son lot de prévisions et surprises éventuelles. Un des événements majeurs sera les élections fédérales. Il est prématuré de spéculer sur les coalitions qui se dégageront pour gouverner l'état en assumant de manière plus effective la 6ème réforme de l'état avec entre autres ces compétences émiettées des soins de santé.

En santé publique, 2019 sera ou ne sera pas ?

Il est probable, après tant d'engagement politique annoncé en faveur d'une re-fédéralisation des soins de santé, qu'une 7ème réforme de l'état voit le jour. A moins que ces effets d'annonce ne soient qu'un leurre de période pré-électorale. D'autres partis prennent le pari de " plus de régionalisation " en poursuivant ce qui a été gratté pour en donner plus de cohérence. Le centre de gravité de la gestion fédérale des soins déterminera ses valeurs. L'avenir de cette gestion demeure un mystère où des rumeurs ne cessent d'alimenter des fantasmes.

Le ton a durci ces derniers mois sur les problématiques liées à l'offre médicale. La pire des idées a vu le jour en combinant un examen d'entrée associé à un concours en cours de cursus. La logique derrière cette proposition se limite à des chiffres dont la validité est douteuse et émane d'un débat communautaire irrationnel sur fond de scission de la sécurité sociale. On ne tient pas compte de l'humain dans cette approche qui ne peut pas être prolifique pour l'avenir des soins de santé.

Pénuries

Des pénuries dans de nombreuses spécialités et en médecine générale sont décriées régulièrement. Ne pas le reconnaître s'apparente à de l'obscurantisme et est dangereux pour la population tant elle menace l'accessibilité. Cela ne s'inscrit par ailleurs pas dans un projet intelligent d'organisation des soins de santé.

Le recours massif à une main d'oeuvre européenne ou extra-européenne pour combler des déficits divers et variés met en évidence de nombreux défauts du système. Ceci est d'autant plus incompréhensible car nous assistons à une réelle discrimination des étudiants qui ont fait leurs études en Belgique. Une solution à visage humain et rationnelle doit être trouvée et inscrite dans le prochain accord du gouvernement. Une approche pertinente serait d'enfin évaluer les besoins par une méthodologie propre à chaque spécialité. Les tâches et compétences devront être néanmoins définies pour toute une série de groupes qui se chevauchent, par exemple les pédiatres et les médecins généralistes. Le dossier des quotas Inami perdure depuis plus de 20 ans. On continue de spéculer sur les chiffres en expliquant que les autres ont tort alors que les pénuries génèrent régulièrement des situations délicates pour la continuité des soins.

La définition des contours des réseaux hospitaliers est une inconnue post-élection qui va persister grâce au timing proposé par le gouvernement. Ceci laisse de la marge pour négocier mais peut se révéler être un levier percutant pour le politique dans un but électoral. Le monde politique belge étant ce qu'il est, des tractations pourraient se faire au bénéfice de certains tandis que les autres seront pénalisés. La place du médecin dans ce chantier doit être clairement définie. La question de la gestion des honoraires est déjà sur la table. Il y a néanmoins une opportunité de verser d'avantage dans une forme plus solidaire de redistribution des honoraires. Cela ne sous-entend pas que tout le monde doit gagner la même chose mais qu'il faut amenuiser les différences de rémunérations pour compenser l'asymétrie de nomenclature due à des années de lobbying au sein de l'INAMI.

Qualité de la vie

L'occasion est aussi d'intégrer le concept de qualité de vie. Il est heureux que le gouvernement lance des chantiers concernant le " burn out " des professionnels de la santé. Il serait plus audacieux de se poser les questions du pourquoi on en arrive à en constater de plus en plus. Si l'on s'intéresse aux conséquences sans s'attaquer aux causes, on n'ira pas de l'avant. Le rythme soutenu de nos pratiques n'ira pas en s'améliorant tant que la question de l'offre médicale ou l'organisation des soins ne trouve pas de solution à court terme. L'approche doit être matricielle tant les composantes sont nombreuses pour un épanouissement professionnel des médecins. 2019 verra de nouvelles élections, il s'agit d'une opportunité pour aborder ces thématiques. Encore faut-il que le politique soit réceptif et mieux encore, ait le courage d'aborder les problèmes en s'attaquant aux causes et pas aux conséquences. Espérons que ce ne soit pas un voeu pieux en cette fin d'année...