Le Dr Greta Stevens est pédiatre spécialisée en lactation. Elle travaille à Anvers au Paola Kinderziekenhuis en pédiatrie générale. Elle est aussi consultante en pédiatrie (lactation) à l' UZ Brussel depuis environ 15 ans et à la Clinique travel depuis plus ou moins sept ans. Dans ce service, elle s'occupe des enfants qui partent en vacances mais aussi des allochtones qui retournent en Afrique. Sa motivation pour être volontaire de terrain pour Médecins sans vacances, elle est née il y a longtemps. Mais avec des enfants en bas âge c'était difficile. En 2016, elle a fait sa première mission à Nyantende dans le sud-Kivu

Greta Stevens : " J'ai toujours été un peu idéaliste et très active. J'ai vu qu'ils cherchaient des pédiatres et je me suis présentée. Ma première mission, c'était en novembre 2016 à Nyantende dans le Sud Kivu, près de Bukavu. Ensuite, j'en ai fait une seconde à Monvu toujours au sud-Kivu, l'année passée en mai 2018. Ma troisième mission devait être réalisée en février 2019 mais elle a été annulée à cause des élections. Et donc, la prochaine sera toujours en RDC en octobre prochain, si tout va bien. Ce sont à chaque fois des missions de deux semaines où l'on part en équipe de deux, une infirmière et moi-même ", explique la pédiatre.

Chaque année, deux équipes se rendent dans le même hôpital. Médecins sans vacances essayent d'envoyer des équipes identiques, pour avoir une certaine continuité dans le projet et dans les liens créés. " Ma première mission clôturait le projet donc nous n'y sommes pas retournées par après. Pour ma deuxième mission, l'équipe initiale ne pouvait pas y aller alors nous nous y sommes rendues et nous avons reçu les rapports de débriefing de l'équipe précédente, à savoir : comment s'est déroulé leur projet, les problèmes rencontrés, etc.

" Médecins Sans Vacances collabore sur le terrain avec 37 hôpitaux partenaires dans cinq pays africains : le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Environ 140 missions sont organisées chaque année, avec des équipes multidisciplinaires de (para)médicaux belges et/ou d'experts.

Sa pierre à l'édifice

A l'UZ Brussel, la médecin pédiatre s'occupe en particulier d'alimentation et plus spécialement de l'allaitement. " l'allaitement m'intéresse énormément et j'ai beaucoup d'expérience à ce sujet. J'essaie de leur apporter ma connaissance et mon expérience en tant que pédiatre. " Elle y voit un tout autre travail que chez nous. " Là-bas, les médecins suivent une formation en médecine de base pendant six ans, ensuite quatre mois de stage et puis, ils travaillent dans un hôpital où ils doivent tout faire. Ce sont de petits hôpitaux, et ils sont trois ou quatre à s'occuper de tout : la chirurgie, la gynécologie, la pédiatrie et les césariennes. En tant que spécialiste, je donne des petits cours de réanimation avec les sages-femmes, par exemple, et j'attire l'attention sur l'alimentation qui est souvent oubliée. "

Des conditions extrêmes

Les conditions de travail sont assez extrêmes. " Dans l'hôpital où nous travaillions, il n'y avait pas toujours d'électricité. Le matériel et les labos étaient limités. Il était compliqué d'obtenir une radiographie car le matériel était cassé. C'est difficile de s'imaginer de travailler dans de telles conditions chez nous, sans de bons labos ni service de radiologie. " L'hygiène est aussi est un des gros soucis. " Pour faire le lait à base de poudre, par exemple, il est essentiel d'avoir une bonne hygiène et ce n'est pas toujours évident. De plus, la distribution de lait "thérapeutique" en poudre manque énormément pour les bébés ayant des problèmes de malnutrition. Ces situations demandent un grand pouvoir d'adaptation. "

De bons souvenirs

" Ça fait plaisir d'aider les gens et c'est gratifiant de voir les enfants aller mieux. C'est une grande communauté, une famille contente de travailler avec nous dans une ambiance amicale. " La pédiatre conclut en rajoutant : " On ne va pas sauver les gens, mais on essaie d'améliorer petit à petit leur façon de travailler. Et puis, c'est bien d'être en équipe, d'être deux avec une infirmière, pour pouvoir se confier et partager nos impressions. "

Une journée en mission

" On ne travaille pas tout seul. Le matin à huit heures nous nous réunissons. Nous parlons de ce qui s'est passé la nuit avec le médecin de garde, nous discutons des patients, et nous faisons le tour de salle ensemble avec le médecin et l'infirmière qui s'occupent de la pédiatrie. Nous examinons les enfants, on discute ensemble car ils connaissent bien la pathologie locale. Nous parlons aussi des protocoles des fièvres, de traitements des douleurs, d'alimentation ; on regarde les courbes pour la malnutrition, si l'enfant a bien mangé ou s'il a mangé tout simplement car parfois les parents n'ont pas les moyens de nourrir leur enfant, ni de leur acheter les médicaments prescrits. On vérifie s'il a vomi, s'il a encore de la diarrhée. Nous faisons ensemble une bonne observation du patient et on discute du traitement. "

Après cette routine, les volontaires font un dernier passage en maternité pour voir les nouveau-nés. " On examine ceux qui posent problèmes et ceux qui ne mangent pas bien. On parle de l'allaitement. Parfois, il faut aider à tirer le lait chez la maman, et s'il y a un prématuré, on va le soigner. "

L'après-midi quant à elle est consacrée aux formations. " Nous donnons des formations plus spécifiques aux médecins et aux infirmières, on regarde, par exemple, comment ils font les intraveineuses, ou comment on peut les aider à améliorer leurs gestes et protocoles. Quelques fois, nous donnons des cours plus importants où l'on parle des protocoles. Le groupe de travail de pédiatrie précédent a travaillé sur les protocoles de l'OMS, donc nous les avons adaptés sur le terrain. "