...

Est-ce que toutes les personnes infectées par le coronavirus produisent des anticorps et si oui développent-elles une immunité à long terme contre le SARS-CoV-2 et conservent-elles des anticorps protecteurs de longue durée une fois l'infection résolue ?Hantés par cette question depuis le début de la pandémie, les scientifiques espéraient que les anticorps contre le nouveau virus pourraient durer au moins aussi longtemps que ceux qui sont liés à d'autres virus similaires, comme le SARS ou le MERS, et qui, eux, restent visibles pendant un an au maximum. Deux études chinoises préliminaires laissent penser que ce n'est pas le cas. La première (1) a été menée auprès de quatre groupes : 1470 patients atteints de coronavirus et hospitalisés, 19 555 membres de la population générale, 1 616 patients hospitalisés pour des raisons autres que la Covid-19, et plus de 3 832 prestataires de soins de santé, sans diagnostic de Covid-19 mais qui, selon les chercheurs, ont "inévitablement" été exposés au virus à ses débuts, ce qui signifie qu'ils auraient dû développer des anticorps. Les tests ont eu lieu entre le 29 février 2020 et le 29 avril 2020.Les auteurs constatent que la prévalence des anticorps IgG neutralisants était de 89,8% chez les patients Covid-19, 4,0% chez les prestataires de soins, 4,6% chez les travailleurs généraux, et 1,0% chez les autres patients. Selon eux, le fait que 10% des patients infectés eux n'avaient déjà plus aucune trace d'anticorps dans le sang quelques semaines seulement après la première manifestation des symptômes, associé au manque d'anticorps chez les professionnels de la santé, suggère qu'"après une infection par le SARS-CoV-2, il est peu probable que les gens produisent des anticorps protecteurs de longue durée contre ce virus." La deuxième étude (2) a comparé les réponses immunitaires de 37 patients infectés mais asymptomatiques à celles d'un nombre équivalent de patients présentant des symptômes sévères. Tous provenaient de la région de Wanzhou. Les scientifiques ont constaté que, dans les deux à trois mois après l'infection, les anticorps sont tombés à des niveaux inférieurs au seuil d'un diagnostic séropositif chez 40% des personnes asymptomatiques, contre seulement 13% des gravement malades. C'est donc auprès des patients asymptomatiques que les traces d'anticorps disparaissent le plus rapidement.Ces résultats représentent une sérieuse mise en garde contre l'idée de "certificats d'immunité" pour les personnes qui survivent à une infection par le SARS-CoV-2. Toutefois, aussi interpellant soient-ils, ils ne signifient pas nécessairement que ces personnes peuvent être infectées une deuxième fois. Une autre étude (3) révèle que même de faibles niveaux d'anticorps neutralisants peuvent encore être protecteurs, tout comme le sont les cellules T et B du système immunitaire.Afin de mieux comprendre ce qu'il en est réellement de l'immunité contre le nouveau coronavirus, ces travaux en appellent d'autres portant sur un plus grand nombre de personnes.(références :(1) medRxiv, 16 juin 2020, doi : 10.1101/2020.06.13.20130252,(2) Nature Medicine, 18 juin 2020, doi : 10.1038/s41591-020-0965-6, et(3) Nature, 18 juin 2020, doi :10.1038/s41586-020-2456-9)