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Nous avons profité de la venue de représentants d'établissements de soins français, pour visiter ce lieu de vie pouvant accueillir 128 personnes, en compagnie de Raphaël Kremer, Directeur général du département des établissements de soins médicaux du CPAS de Bruxelles, et Florence Flamme, neuropsychologue et référente démence à la maison Vésale. Située en plein centre de Bruxelles, la MRS a investi les anciens bâtiments des " Fondations réunies ", rue des Alexiens. Les " unités de vie " sont réparties sur 7 des huit étages que comporte le bâtiment restauré dans un souci de performance énergétique mais aussi d'ouverture. On évalue à 44 % la proportion des personnes présentant une désorientation spatiale et/ou temporelle (échelle de Katz) à différents niveaux de sévérité, au sein des établissements pour seniors du CPAS de la Ville de Bruxelles. Conscients de cette réalité, les acteurs du projet se sont inspirés de divers exemples, en Belgique et à l'étranger - dont la maison Carpe Diem, au Canada - pour tenter d'offrir un accompagnement le moins stressant et le plus ouvert possible aux habitants. On notera qu'on ne parle plus de résidents, ici, mais bien d'habitants. " C'est important pour nous d'insister sur l'aspect 'comme chez soi' de notre approche ", explique Raphaël Kremer, alors que nous admirons la vue depuis la terrasse du huitième étage jouxtant la cafétéria, donnant sur l'arrière des Ursulines, une autre maison de repos dépendant du CPAS de la ville. " De même, les membres du personnel ne portent plus de blouse blanche, exception faite des stagiaires, mais des polos de couleurs différentes ", ajoute-t-il. Des groupes de travail ont été constitués en amont de projet, rassemblant de futurs membres du personnel ainsi que divers professionnels selon le thème du groupe, afin de mettre en commun un maximum de suggestions et d'expériences. " Je faisais pour ma part partie du groupe travaillant autour de l'alimentation ", explique Florence Flamme. Chacune des unités de vie possède sa propre cuisine, et les résidents, qui sont libres de s'y déplacer, peuvent un tant soit peu mettre la main à la pâte. " On a également mené une réflexion autour de la texturisation des repas ", explique Florence Flamme, " en restant soucieux de proposer des goûts plus variés ". Les repas sont régénérés sur place au sein de la cuisine, avec l'aide des infirmiers et aides-soignants. Autre élément important : le respect du rythme de chaque habitant. Ainsi, le petit déjeuner peut-il se prendre entre 7h30 et 10h30. " Cela a demandé pas mal de mises au point, notamment au niveau du personnel - dont une partie a choisi de s'investir dans le projet de la maison sur base volontaire - mais aussi des syndicats ", explique Raphaël Kremer. En effet, les fonctions de chacun des membres du personnel sont plus souples, plus poreuses, un infirmier pouvant se retrouver occupé à réchauffer un repas avec un habitant, ou à le conduire quelque part. " Ce n'est pas toujours simple pour la logistique ", commente en souriant une infirmière croisée lors de notre visite, tandis qu'une des habitantes vient lui glisser un commentaire à l'oreille tout en lui prenant la main. Compte tenu de ces contraintes, il a par exemple été demandé au personnel d'adapter ses horaires au rythme des patients. Même le personnel administratif doit assurer un soir par semaine, et le personnel paramédical est présent le week-end. Même s'ils ne disposent pas encore d'éléments de mesure objectifs, Florence Flamme et Raphaël Kremer constatent une amélioration de la courbe du poids des habitants. " Il faudra néanmoins objectiver tout cela ", ajoute la neuropsychologue qui souligne également une diminution de l'agressivité constatée quelquefois chez certaines personnes. " On le voit à la diminution de la consommation de médicaments " également. Ici, on n'utilise pas la contention : le mobilier a été adapté, et on a pu constater une diminution des chutes... Les habitants de Vésale sont libres de se déplacer comme ils le souhaitent, pouvant s'installer dans le bureau des infirmières, par exemple, tout à fait ouvert... se promenant librement dans la maison au sein de laquelle divers repères sont installés pour stimuler la mémoire procédurale mais aussi les sens comme l'odorat, qui reste très actif, même en cas de démence sévère. Ainsi, chaque étage dispose-t-il de repères sensoriels distincts : au sortir de l'ascenseur, on est accueilli par une musique, une odeur, des repères visuels et sensoriels propres. " On essaie de stimuler les personnes ", explique Florence Flamme, alors que nous débouchons sur un étage embaumant les fleurs de figuier... " On essaie autant que possible de rencontrer la famille des habitants avant leur arrivée ", explique Florence Flamme. Autre point important : une fois qu'il a choisi sa chambre, l'habitant y reste, et ce quelle que soit l'évolution de son affection. En passant du jardin d'hiver à travers un petit salon, nous arrivons à " l'espace Stib ", un concept inspiré d'un thérapeute italien, qui propose une sorte de " thérapie du voyage ", car un désir fréquent chez les habitants est de sortir. " On essaie d'en parler avec eux, cet espace permet de prendre un peu de recul ", explique-t-elle. Quant au prix d'hébergement, il est de 74 euros par jour pour une chambre individuelle. Pas donné pour une maison dépendant du CPAS... Après comparaison faite sur le site d'Infor-Home, il s'avère qu'en 2016, 36 % des maisons de repos, à Bruxelles, appliquaient un prix similaire. Cela dit, " 60 % des habitants ne dépendent pas du CPAS ", souligne Raphaël Kremer. Le prix relativement élevé expliquerait-il qu'il reste encore une trentaine de places disponibles ? Pourtant, comme le remarque Ahmed El Ktibi, le nouveau président du CPAS de Bruxelles : " Cette réalisation est à l'image de ce que doit offrir un service public comme le CPAS en matière de MR/MRS : une infrastructure et un encadrement modernes mais au bénéfice de tous ".