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Comme le révèlent plusieurs avant-projets que notre rédaction a pu consulter, un groupe de travail de l'Institut met actuellement la dernière main à une convention visant à centraliser la chirurgie du pancréas et de l'oesophage dans quelques centres de référence sur la base d'une série de critères.Ces critères suscitent toutefois un mécontentement considérable parmi les chirurgiens et les hôpitaux, qui leur reprochent surtout de ne considérer que le passé sans prendre en compte les éventuels accords de collaboration futurs, mais aussi de placer la barre beaucoup trop haut.Pour être reconnu en tant que centre de référence, un hôpital doit en effet totaliser au moins 20 interventions au cours de l'une des trois années écoulées, et ce aussi bien pour la chirurgie du pancréas que pour celle de l'oesophage. " En ne s'intéressant qu'à la situation passée, on ne laisse aucune chance à la mise en place de nouveaux accords de collaboration pour regrouper ces pathologies, et c'est un tort ", estime Luc Van Looy, directeur médical du groupe hospitalier GZA à Anvers, qui ne ferait pas partie des centres de référence suivant les critères actuellement mis en avant." Dans le cadre de notre accord de collaboration avec le ZNA, nous avons l'intention de centraliser tous les pancréas sur un site et tous les oesophages sur un autre ", explique Luc van Looy. " Il faut nous laisser une chance de démontrer que nous pouvons, ainsi, dispenser des soins de qualité. " Zorgnet Icuro partage ses inquiétudes. " On tient trop peu compte de la manière dont certains hôpitaux atteindront le nombre d'interventions requis dans le futur par le biais des réseaux ", commente Marc Geboers. " Un certain nombre d'établissements ont déjà lancé des collaborations autour de ces pathologies, mais on ne veut leur donner aucune chance ", enchaîne Marc Moens, représentant de l'Absym au sein du groupe de travail.La rédaction a eu l'occasion de discuter avec plusieurs hôpitaux et chirurgiens qui déplorent que cette proposition balaie complètement les investissements consentis pour pouvoir proposer des actes de chirurgie complexe. " J'ai été me spécialiser à l'étranger pendant deux ans ", témoigne un chirurgien. " Dans la mesure où notre hôpital n'atteint pas le volume requis, j'aurai probablement fait cet effort pour rien. " " Le groupe de travail semble vouloir concentrer l'activité dans un nombre de centres le plus faible possible ", ajoute Marc Moens.Il existe un consensus assez général autour de la nécessité de concentrer la prise en charge de ces pathologies. " Des hôpitaux qui réalisent chaque année une ou deux interventions du pancréas, cela ne tient pas la route ", souligne Baudouin Mansvelt, président de l'Union professionnelle des chirurgiens belges. Le seuil de 20 interventions par an va toutefois déboucher sur une très forte concentration : à en croire plusieurs sources au sein du groupe de travail de l'Inami, il ne resterait que six centres en tout et pour tout à l'échelon de la Belgique pour la chirurgie du pancréas et cinq pour celle de l'oesophage.Cet état de fait risque d'être problématique surtout en Wallonie. Aucun des grands hôpitaux hennuyers ne répondrait en effet aux critères de reconnaissance des centres de référence, ce qui suscite la crainte qu'un certain nombre de patients renoncent à se faire soigner. " En moyenne, les patients atteints d'un cancer du pancréas sont âgés de plus de 70 ans et ni eux ni leurs proches ne sont généralement en mesure de faire la navette vers Liège ou Bruxelles ", observe Baudouin Mansvelt. " J'ai bien peur qu'avec cette proposition, un groupe de patients renoncera au traitement. "Marc Moens souligne que l'opposition à cette concentration poussée est extrêmement marquée, d'autant que les normes de volume mises en avant ne correspondent ni aux recommandations du KCE ni aux conclusions de recherches internationales récentes.Dans son rapport consacré à la chirurgie oncologique complexe, le KCE proposait en effet des seuils d'activité annuels inférieurs - dix interventions pour le pancréas et 12 pour l'oesophage. Personne ne sait d'où viennent les chiffres pratiquement deux fois plus élevés qui sont aujourd'hui avancés par l'Inami et qui sont donc logiquement accueillis avec une certaine méfiance." Nous ne sommes pas opposés à la centralisation, tant qu'elle repose sur des bases scientifiques légitimes ", résume un chirurgien. Une étude à grande échelle réalisée aux États-Unis sur plus de 200.000 patients est parvenue à la conclusion que le taux de mortalité se tasse au fil du temps, que le volume d'activité soit faible, moyen ou élevé. Une étude réalisée en 2007 par le docteur Topal de l'UZ Leuven recommande un seuil minimal de dix interventions par an pour la chirurgie du pancréas. De nombreux chirurgiens et hôpitaux craignent que cette convention soit le premier pas vers la concentration d'un nombre croissant de pathologies dans les centres universitaires.Le rapport du KCE n'opérait en outre aucune distinction entre différentes opérations du pancréas dans le cadre de pathologies malignes, alors que la proposition de convention parle d'une intervention bien spécifique, l'opération de Whipple. " Personne ne comprend très bien pourquoi on met soudain tout dans le même panier ", commente Marc Moens. " On regroupe des maladies bénignes et malignes, alors qu'il est question d'opérations passablement différentes ", confirme Luk Haeck, secrétaire général de l'association des chirurgiens.L'Inami souligne en réponse à ces critiques qu'il n'est question, à ce stade, que d'avant-projets qui doivent encore être discutés. Le groupe de travail se réunira une nouvelle fois début novembre, l'objectif étant de boucler la convention d'ici la fin de l'année.Jef Poortmans