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L'enquête télé, autoproclamée " explosive ", commence à Liège. Une mère introduit une demande de consultation par mail en orthopédie pour sa petite fille de 18 mois, présentant un problème de marche. Elle s'étonne de recevoir en réponse une proposition de double tarif (49 euros) pour obtenir un rendez-vous dans les 3 mois, au lieu de 8. Et la voix-off du journaliste de préciser que si la petite n'avait pas eu ses soins, elle aurait pu rester handicapée...L'hôpital en question, le CHR de la Citadelle, ne se dit pas favorable. Mais les gestionnaires n'ont pas le choix pour conserver les médecins les plus pointus, explique face caméra le Dr Jean-Louis Pépin, directeur médical. Il y a une pénurie de spécialistes qui favorise ainsi une partie de la patientèle qui a de l'argent. Après diffusion de l'émission, le conseil d'administration a d'ailleurs cédé à la pression médiatique et suspendu cette dérogation accordée à... 2 médecins (non conventionnés) sur 500. L'hôpital et la charité Plutôt que de rechercher le fondement des abus, de relativiser les déviances à la mesure d'une profession dénombrant plus de 40.000 membres, le programme télé alterne manifestations de consternation de patients grugés et instants volés en consultation. Reconnaissons-là un mérite à l'émission, elle a su trouver des maîtres de l'éloquence.À l'instar de cet ophtalmologue qui, face à un septuagénaire atteint d'une légère cataracte, le pousse à subir une opération en chambre individuelle avec ce subtil plaidoyer : " Moi, je ne sais pas travailler pour rien. Si vous voulez une chambre à deux lits, il faut aller au CPAS, ou se faire opérer par un assistant à Erasme (...) Vous allez au Comme chez soi, vous n'allez pas vous attendre à avoir les prix du McDonald's. " Alors que pour la cataracte, le patient n'utilise pas le lit, souligne malicieusement le reportage.Quelques figures plus morales émailleront tout de même ces 90 minutes d'infotainment. Le Dr Philippe Olivier, directeur médical du CHC de Liège, qualifiera ainsi de faute déontologique le refus par un médecin d'opérer en chambre double, qui rappelons-le reste légal à condition de référer à un autre spécialiste.La responsable contrôle du CHC de Liège, Sabrina Lava, aura également le chic de la formule, signalant la présence de médecins " qu'on pourrait qualifier malades du fric ". Prenant toutefois soins de préciser que ces déviants sont " très peu nombreux ".Citons encore le directeur général du Chirec, Bruno Lefébure, défendant le principe des rétrocessions (de suppléments) d'honoraires. Car cela permet aussi d'offrir l'appareillage et l'infrastructure aux patients en chambre commune. " Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est de la médecine Robin des Bois mais la qualité est la même pour tout le monde ", épingle-t-il. " Porter plainte est nécessaire " Prise en défaut dans le reportage au sujet de la déclaration d'admission hospitalière, assurant qu'elle était émise systématiquement, Maggie De Block a tenu à condamner ces pratiques devant les parlementaires fédéraux. " Je répète qu'il est inacceptable que des médecins demandent un double honoraire ou refusent de traiter un patient qui ne prend pas de chambre individuelle. Chaque citoyen a droit à des soins de même qualité. Ce sont des fautes déontologiques graves ", a insisté la ministre de la Santé publique.Avant d'inviter les victimes à se manifester. " Je comprends l'émotion des patients face à de telles situations et leur difficulté à porter plainte contre l'hôpital qui les soigne. Mais il est nécessaire qu'ils le fassent, soit via le médiateur de l'hôpital ou auprès de l'Ordre des médecins ou de leur mutualité ".