Briganti (Cium) : " Le prochain gouvernement devra choisir entre sauver le système de soins de santé ou l'enterrer "

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Commentant la sortie de Maggie De Block sur les numéros Inami, Giovanni Briganti, président du Cium (Comité interuniversitaire des étudiants en médecine) demande qu'on mette en place des quotas en phase avec les besoins réels en médecins ETP et ce, par sous-spécialité. Il appelle également au dialogue entre entités fédérées et gouvernement fédéral. La pire solution selon lui serait un concours d'entrée avec places limitées.

Le journal du Médecin : J'ai été assez étonné par la sortie de Maggie De Block. Bien sûr, la campagne électorale a démarré, c'est clair...

Giovanni Briganti : Je ne suis pas du tout surpris car il fallait qu'elle répète cette petite histoire du contingentement qui a très bien fonctionné en Flandre. Ce n'est donc pas totalement une surprise. Les instances francophones sont " outrées " mais ce problème persiste depuis 20 ans. Tout cela fait suite à l'arrêté royal de juillet 2017. A cette occasion, Mme De Block avait dit " s'il n'y a pas de filtre efficace à l'entrée, alors je mettrai fin à l'accord ". Ce qui est normal puisqu'on ne peut pas indéfiniment rajouter des numéros Inami. C'est cela la complexité du dossier. Donc on se retrouve dans le cas de figure suivant : le numéro Inami est la résultante d'une série de check-points dont l'examen d'entrée. Puis il faut réussir, bien sûr, ses études de médecine ; trois : espérer que le filtre à l'entrée fonctionne chaque année. Sur le point que ce filtre n'est pas efficace, elle a raison : on ne peut pas savoir à l'avance. C'est très malin de sa part. Elle a mis la Wallonie-Bruxelles à genoux en lui imposant un filtre. La FWB a accepté le filtre. Elle annonce maintenant que les étudiants sont en danger suite au mauvais fonctionnement du filtre. Ensuite, elle promet de sauver les étudiants qu'elle vient de menacer. Un coup de maître. Un cirque intelligent mis en place par le gouvernement fédéral. Car la Wallonie et Bruxelles diplôment trop de médecins mais par rapport à quoi ? Par rapport aux standards édictés par le gouvernement lui-même mais considérés par le conseil d'Etat en 2016 comme non conformes aux besoins réels en santé publique !

Donc, nous ne formons pas trop de médecins ?

Non ! Nous n'allons remplacer que 46% des médecins qui partent à la pension en 2020. Moins d'un médecin sur trois sera remplacé selon les calculs du Cium. Là où je donne raison à Mme De Block, c'est qu'effectivement nous avons trop de MG par rapport au nombre de spécialistes. Mais elle ne l'exprime jamais en équivalent temps plein mais en nombre de médecins. Or les pourcentages sont relatifs.

En ETP, vous pensez que notre déficit de MG serait moindre par rapport à la Flandre ?

La Flandre en a plus car elle a standardisé ses sous-quotas de MG depuis des années. Ceci dit, la Flandre aura quand même trop de spécialistes d'ici 2025. Ce sera le cas en Flandre en chirurgie et en gynécologie. En gynécologie, on estime qu'un médecin sur deux ne trouvera plus de boulot en raison de la pléthore qui y règne. En Flandre, les choses ne vont donc pas mieux.

Si même on convainquait Mme De Block (et la Flandre) de diplômer davantage de médecins, les universités ont-elles la capacité de les former ? Mme De Block parle de 500 par an maximum...

A mon avis, il faut dépasser le cadre idéologique. Pour moi, ce qu'il faut faire c'est avoir, une bonne fois pour toute, un cadastre dynamique du nombre de spécialités en ETP publié chaque année. Alors qu'il reste dans le l'ombre pour le moment. Deux : il faut définir quelles sont les tâches et les responsabilités d'un médecin dans le système de soins de santé. Trois : quelles compétences du médecin peuvent être transférées vers d'autres spécialités et aussi entre spécialités ? Il est nécessaire de savoir par habitant selon les zones de combien de numéros Inami on a besoin. Or depuis des années, on parle de sélection avant de poser la question : " Avons-nous besoin ou pas et de quelle quantité de médecins ? " On le voit dans les hôpitaux. Les médecins sont débordés. Les assistants font du boulot de secrétariat. Tout n'est pas blanc ou noir. Ces tâches administratives ne doivent pas être faites par des médecins. La question des sous-quotas par spécialité est cruciale également : pédiatrie, psychiatrie, médecine interne. La question cruciale pour le prochain gouvernement est la suivante : Voulons-nous sauver le système de santé ou l'enterrer ?

Ne manque-t-il pas de concertation ?

Bien sûr. Il n'y a pas que Madame De Block. De l'autre côté aussi, nous avons des parties en présence qui ne savent pas négocier.

Ce sera un enjeu du confédéralisme, ne pensez-vous pas ? L'idée que si on scindait les soins de santé, chacun aurait ses propres quotas et les vaches seraient bien gardées...

Cela me fait peur. Car avec les chiffres de certains partis politiques, nous arriverions à une précarisation de la profession médicale. Car si on laisse 4.000 jeunes médecins arriver sur le marché du travail, nous ne pouvons pas payer tous ces assistants. Cela renverrait au cas de l'Italie où 10.000 médecins arrivent en dernière année mais seulement 1/3 peut bénéficier d'une bourse pour se spécialiser ! En Italie, il n'y a pas réellement d'échec pendant les études universitaires (un peu comme le décret Paysage) et on peut continuer ses études ad vitam en quelque sorte. La moitié des médecins arrivent en dernière année. La solution en Belgique est sans doute celle que je prône depuis pas mal de temps : un bachelier commun en soins de santé et donner trois ans aux étudiants pour " maturer " en sciences de la santé et puis choisir une filière médicale. Peut-être avec un cadastre à jour, pourrait-on fonctionner sans sélection en misant sur la " sélection naturelle " au sein de ce bachelier.

Puisque l'examen d'entrée francophone ne donne pas satisfaction, devrait-on revenir à une forme de concours qui soit en adéquation avec les quotas Inami ?

Il faut faire quelque chose par rapport à cet examen d'entrée. Dans le cadre actuel, les étudiants qui passent avec un système " non efficace ", ils n'obtiennent pas forcément le diplôme. Il faut dans les deux prochaines années retirer de toute logique politique le sort des étudiants des deux prochaines cohortes. Le prochain gouvernement devra trancher le problème de l'arrêté-royal de juillet 2017. Reste-t-il en place ? Redéfinit-on les quotas ? Sinon pour sauver les étudiants, il faut mettre en place en effet la pire solution, à savoir un concours en première avec places limitées.

Reste à savoir quand on aura un prochain gouvernement... On ne l'aura pas au mois de juin...

C'est la raison pour laquelle je " râlais " en novembre 2018. Car les étudiants admis en 1er BAC en 2018 vivent toujours dans l'incertitude. C'est une urgence. Les politiques francophones en sont conscients...