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Près de la moitié des patients français se méfient des vaccins. Idem aux Etat-Unis où le président Trump verse dans l'anti-vaccination, même si à titre personnel il ne refuserait pas la bénéfique piqûre. Plus grave : de plus en plus de médecins sont rétifs ou peu motivés à lutter contre la méfiance qui grandit dans la population à l'égard d'un "médicament" dont, pourtant, la balance bénéfice/risque est extrêmement positive. Complotisme, technophobie, tous pourris, mouvements alternatifs, écologie radicale, accidents vaccinaux montés en épingle, activistes de tout poil qui sévissent sur internet, références scientifiques parfois tronquées : le climat toxique autour d'un des plus nobles progrès de la médecine, la vaccination, doit être pris très au sérieux. D'autant que guette le retour de plusieurs maladies infectieuses et des épidémies d'antan qu'on croyait oubliées.Mais le combat sera rude tant nous sommes ici, parmi les mouvances anti-vaccins, dans la croyance. Les réfractaires, souvent nimbés d'ésotérisme et déjà adeptes de médecines parallèles limites ou à l'écoute de gourous comme l'anthroposophe Rudolf Steiner, sont réticents aux arguments rationnels. Ainsi, la récente épidémie de rougeole en Allemagne prend sa source dans ces milieux alternatifs berlinois puis a essaimé en France dans les "écoles Steiner". Du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2016, soit en neuf ans, plus de 24.000 cas de rougeole y ont ainsi été déclarés*.La pandémie A(H1N1) a cristallisé les thèses complotistes les plus folles qui, parlant de "grippe Sanofi", expliquaient que le but véritable du vaccin était de nous implanter des puces électroniques destinées à contrôler notre esprit. Dans notre pays, le problème est pris au sérieux mais plus l'Etat s'implique, plus il est accusé d'être vendu, notamment aux firmes pharmaceutiques. Aucune institution, ni l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé, ni même l'OMS, n'est épargnée par les accusations de conflit d'intérêt.Contre les anti-vaccins, c'est en fin de compte un véritable combat idéologique qu'il faut mener. Mais entre la raison et l'émotion, le plus fort n'est pas celui qu'on croit.Nicolas de Pape*Santé publique France. Chiffres révélés mardi dernier.