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L'histoire démarre en décembre 1981, avec une première agression commise sur un médecin bruxellois. Pour les médecin de la capitale, l'année 1982 a dû être assez traumatisante. En effet, on dénombrera cette année-là pas moins de huit autres attaques contre des médecins. La police soupçonne qu'une même personne soit l'auteur de toutes ces agressions. Trois balles Juste avant la Noël 1982, le 24 décembre, l'assassin fut le dernier patient à se présenter à la consultation du Dr Henry Taca. Le journal du Médecin du 13 janvier décrit les événements comme suit : " Sans rien dire, l'homme sort un pistolet, c'est un 22 long, il tire trois fois, trois balles qui font mouche, la main du Dr Taca est touchée, un poumon perforé et une balle se loge à proximité de la troisième cervicale. Le tout a duré quelques secondes. Rien n'a été volé, l'homme s'enfuit, la nuit de Noël l'englobe, passant anonyme parmi d'autres. " Outre une relation des faits, la rédaction du jdM publie dans cette même édition, trois portraits-robots de l'assassin. Ces portraits ont été établis par la police judiciaire mais n'avaient pas encore été diffusés. La police supposait alors - erronément, comme cela se vérifiera plus tard - que l'auteur des fait était un délégué médical. Ce qui explique que les portraits-robots n'avaient jusqu'alors été diffusés qu'auprès des entreprises pharmaceutiques. La rédaction réussit à convaincre la police que le journal du Médecin était le média idéal pour atteindre les médecins. La police lui donna alors l'autorisation de diffuser les portraits. Le Bon Coin L'initiative portera rapidement ses fruits. Le 14 janvier, le malfaiteur s'apprête à commettre un nouveau forfait en se présentant chez le Dr Timmerman. Mais l'épouse du Dr Timmerman a lu le journal du Médecin, ce qui lui permettra d'identifier l'individu recherché, et d'appeler la police qui parvient enfin à arrêter l'assassin. L'arrestation sera mouvementée, si l'on en croit le jdM du 21 janvier qui relate ainsi les faits: "Folle cavale dans Bruxelles, coups de feu, prise d'otages, et épilogue tragique avenue Van Volxem au café Le Bon Coin. Affolé, surexcité et bouclé dans un piège sans issue, le tireur fou abat un homme qui refusait de céder aux menaces. " L'homme décède presqu'immédiatement. " La confusion est totale, l'individu est maîtrisé, roué de coups, la police doit le sauver du lynchage. C'est fini. L'assassin ne frappera plus. " Solidarité Le journal du Médecin avait également mis sur pied une action de solidarité financière avec le Dr Taca, grièvement blessé. Le journal du Médecin du 13 janvier décrivait le Dr Taca comme ceci : " A 67 ans, il pratiquait toujours, et la médecine générale pour lui, c'était une vocation, un sacerdoce. Une médecine par ailleurs très sociale et tant pis si ses patients ne pouvaient régler les honoraires, il ne leur accordait pas moins de temps. Cela explique, en plus, qu'il ne pouvait économiquement se permettre d'arrêter à son âge et comptait travailler quelques années encore selon cette philosophie qu'il s'était tracée depuis toujours. "Dans l'édition du 11 février, nous pouvons lire que la mobilisation a porté ses fruits, plus de 100.000 francs belges (2.500 euros) ayant été récoltés. La somme sera remise " en toute simplicité à madame Taca au nom de tous les lecteurs du Journal. " Le 18 février, paraît un mot de remerciement de la part de Mme Taca. Quant à son mari, il restera deux mois entre la vie et la mort, pour finalement décéder, le 22 février 1983. Le bilan de ces événements était lourd : deux morts. Sans la publication des portraits-robots, peut-être l'eût-il été encore davantage...