On se croirait sur la lune...

17/08/17 à 15:00 - Mise à jour à 15:05

Sentant sa fin approcher, le beau-père du Dr Mestdagh, pharmacien à Heule, réunit ses enfants pour leur expliquer qu'il avait versé une somme d'argent importante à la mission jésuite de Madhya Pradesh. Ses descendants s'engagèrent solennellement à poursuivre son oeuvre caritative... et pour Jaak et Rika Mestdagh, ce fut le début d'une relation passionnelle avec le sous-continent indien.

On se croirait sur la lune...

© Rika Dubois

Jaak Mestdagh (74 ans) est généraliste à Mariakerke, dans la banlieue gantoise - ou du moins il l'était jusqu'au 1er juillet de cette année, date à laquelle il a mis un point final à une carrière bien remplie ("parce que de nos jours, on est obligé de tout faire par ordinateur ", précise-t-il). Longtemps fasciné par l'Afrique, il a fini par prendre ses distances vis-à-vis du Continent Noir et de ses dangers après un séjour au Kivu en plein conflit armé... et c'est alors que l'intrigante "confession" de son beau-père l'a décidé à s'envoler pour l'Inde, histoire de découvrir par lui-même à quoi le pharmacien avait consacré sa fortune.

Sa fille Caroline hésitant à poursuivre ses études de médecine, il lui promit en 1990 de l'emmener là-bas avec lui si elle persévérait et réussissait ses examens, ce qui fut fait. Suivirent 35 voyages en Inde et une nouvelle passion. Caroline est aujourd'hui ophtalmologue, "sans doute parce que son bénévolat en Inde l'a mise en contact avec tant d'enfants aveugles ", commente le Dr Mestdagh. Elle travaille à l'hôpital d'Ypres.

Le virus de l'Inde

"Lui-même bien familiarisé avec le sous-continent indien, l'urologue Johan Mattelaer nous a mis en contact avec le Dr Sujit Mandal, un réfugié originaire du Bangladesh qui s'est spécialisé en néonatalogie à Louvain ", explique Jaak Mestdagh. " En juillet 1990, je me suis embarqué avec ma fille pour Calcutta, où travaillait le Dr Mandal. De là, nous avons ensuite rallié l'État du Bihar et la mission du jésuite Wim Messiaen, où nous avons été accueillis avec tous les honneurs et une fête grandiose. C'est alors que la mousson a commencé. Sur le chemin du retour, je me suis dit que je ne voulais plus jamais remettre les pieds en Inde... mais je n'étais pas rentré depuis un mois que l'envie d'y retourner me taraudait déjà."

Son épouse Rika est encore plus mordue que lui. À l'automne 1990, ils s'envolent pour la première fois ensemble pour leur terre promise. Le coup de foudre est immédiat. " L'Inde a vraiment tout : nature, culture, richesse et pauvreté, la cohabitation de toutes les croyances, une population chaleureuse qui a gardé l'art de sourire... entre-temps, j'y ai fait 35 séjours, tous soigneusement consignés dans un journal. Mon épouse y est allée plus d'une cinquantaine de fois, je crois qu'elle a perdu le compte. Elle qui est passionnée de photographie n'aurait pas pu rêver plus bel endroit pour s'y adonner ! "

On se croirait sur la lune...

© Rika Dubois

Jamais seul

À l'heure où vous lirez ces lignes, Jaak et Rika Mestdagh seront à nouveau en Inde pour leur sixième séjour dans la région du Ladakh, au nord du pays, qui est devenue l'une de leurs destinations favorites. Quelquefois surnommé le Petit Tibet en référence à ses liens ethniques et culturels avec le Tibet au sens large, le Ladakh est une région peu peuplée dont les principales agglomérations, le chef-lieu Leh et la petite ville de Kargil, comptent respectivement 15.000 et 10.000 habitants à peine. Il s'agit de l'une des zones les plus rudes mais aussi les plus fascinantes de l'Inde, qui se prête idéalement aux grandes randonnées sur fond de sommets enneigés.

"On y trouve des paysages à couper le souffle, avec notamment de magnifiques dunes de sable à 3.400 mètres d'altitude. Au-delà de la limite des arbres, on se croirait sur la lune ", commente Jaak Mestdagh. " L'Inde réserve sans cesse de nouvelles découvertes. Ce sera mon premier voyage dans la vallée du Zanskar. Nous rejoindrons ensuite la vallée de la Nubra par la plus haute voie carrossable, qui emprunte le col de Kardung La, à plus de 5.000 mètres d'altitude. C'est incroyable de se dire que des populations parviennent à y survivre par des températures qui peuvent descendre jusqu'à -20°C !"

"Regardez ces gens : ce sont presque mes enfants ", s'exclame Rika lorsque nous feuilletons ses albums. " Certains ont les yeux bleus et passent pour être les descendants d'Alexandre le Grand, que ses conquêtes ont mené jusqu'ici. C'est un peu triste à dire, mais je connais l'Inde mieux que mon propre pays. Certains disent qu'on n'y est jamais seul... et il est un fait que les contacts humains sont d'une qualité inconnue chez nous, peu importe même que les gens parlent anglais ou non. "

"Beaucoup d'Occidentaux ont peur de partir en Inde, convaincus qu'ils risquent d'y contracter une foule de maladies. Je n'ai pourtant jamais rien attrapé au cours de tous ces voyages, alors que nous ne prenons même pas de pilules contre la malaria ! Et les jésuites qui y passent pratiquement toute leur existence vivent régulièrement jusqu'à 90 ans ou plus", souligne Jaak Mestdagh. "En ce qui concerne la mauvaise réputation du système de soins, je vous dirais que les médecins indiens ont sauvé la vie de mon épouse à deux reprises. La première fois, elle a développé une thrombophlébite septique à la suite d'une chute et on a voulu l'hospitaliser à Gujarat, dans l'ouest du pays, ce qu'elle a refusé. Elle a été extrêmement bien soignée en ambulatoire. La seconde fois, victime d'un décollement de la rétine, elle a été opérée à l'Aravint Eye Hospital de Madurai par le professeur Kim avec ma fille au téléphone. Là aussi, elle a été extrêmement bien soignée ; à ce moment-là, manger n'était pas important."

Le souvenir de ces voyages est matérialisé dans la maison familiale par les nombreux objets ramenés d'Asie qui décorent la salle de séjour, mais aussi par les magnifiques albums de Rika et les minutieux journaux tenus par Jaak, qui occupent toute une chambre à l'étage. Il faut dire que le médecin a l'écriture dans le sang, puisqu'il a autrefois travaillé à la rédaction du magazine de la société de médecine générale de Gand, HVG-Nieuws...

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© Rika Dubois

Le village de Dubwa

Même après tant de séjours, l'Inde n'a pas encore livré tous ses secrets. Rika a en effet découvert dans les papiers de son père des indications qu'un village indien aurait été nommé en son honneur, en gage de reconnaissance pour son soutien financier. "Le hameau de Dubwa (Dubois) se trouve probablement quelque part dans les environs de Kodaikanal, mais malgré tous nos efforts, nous ne sommes pas (encore) parvenus à l'identifier. Mon père a laissé parler son coeur et sa conscience: il voulait faire quelque chose pour les populations défavorisées du pays. Son soutien a permis de créer dans l'état de Madhya Pradesh de très nombreux puits qui approvisionnent en eau potable des centaines si pas des milliers de personnes."

Le 5 août dernier, Rika et Jaak ont fêté leur 50e anniversaire de mariage en tête-à-tête - en Inde, évidemment, et plus précisément au Cachemire.

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© Rika Dubois

Notre voyageur en Inde

Le docteur Jaak Mestdagh (°1943), à gauche sur la photo, a été généraliste solo à Mariakerke (Gand) de 1968 au 1er juillet 2017, date de son départ à la retraite. Il s'est investi dans la formation continue en médecine générale (HAGent West et HVG) de 1983 à 2000 et dans le conseil provincial de l'Ordre de Flandre-Orientale de 1988 à 2000. Il est également médecin-conseiller chez VMOB-Vlaanderen (assurance hospitalisation) depuis 1997 - un poste qu'il occupera encore jusqu'à la fin de cette année.