Les déesses vivantes du Népal

06/07/17 à 22:10 - Mise à jour à 22:05

Si les fillettes occidentales rêvent souvent d'être princesses, les petites Népalaises aspirent toutes à être élues Kumari ! Cette véritable divinité vivante, incarnation de la déesse Durga, est choisie sur la base des horoscopes parmi les petites filles de 3 à 5 ans appartenant à la caste shakya de l'ethnie népalaise des Newar.

Les déesses vivantes du Népal

Selon les Népalais, apercevoir la Kumari ne fût-ce qu'un instant est une garantie d'avoir une vie heureuse. © © Karine Arnoldi

L'élue doit aussi présenter un certain nombre de particularités physiques ; on attend notamment d'elle qu'elle ait la forme générale d'un figuier banian et des cils comme ceux d'une vache. Plusieurs petites villes de la vallée de Katmandou ont chacune leur propre Kumari, mais celle de la capitale est évidemment la plus célèbre et la plus importante.

Entre contraintes et pouvoir

L'existence d'une Kumari est jalonnée de limitations et de contraintes ; tenue à un régime strict, la déesse vivante n'a par exemple pas le droit de consommer des oeufs de poule (seuls ceux des oies lui sont autorisés) ni de pleurer, rire ou parler en public. Elle doit toujours être vêtue de rouge et ses pieds ne peuvent jamais fouler le sol, sauf dans sa propre résidence.

Sa vie consiste à dispenser quotidiennement ses bénédictions aux fidèles en l'échange d'offrandes qui peuvent prendre la forme d'argent, d'aliments ou même parfois de jouets. Personne n'a le droit de lui donner des ordres ou même de la corriger, ce qui complique évidemment beaucoup son éducation scolaire. À l'époque où le Népal était encore une monarchie, l'importance de la Kumari était telle que le souverain en personne recevait chaque année sa bénédiction... et si d'aventure elle décidait de la lui refuser, c'était le signe certain que son règne touchait à sa fin !

Le festival de Dashain

Chaque année, 108 chèvres et buffles sont sacrifiés à Katmandou en l'honneur de la déesse Kali à l'occasion du festival de Dashain, la plus importante des fêtes hindoues. La Kumari doit alors apporter la preuve de son courage en se promenant entre les carcasses. Ce festival de plusieurs jours est par ailleurs le seul moment de l'année où elle est autorisée à quitter sa résidence pour être transportée dans les rues de la ville dans son palanquin doré. Comme les Népalais sont convaincus que ceux qui ont la chance de l'apercevoir ne fûtce qu'un instant auront une vie heureuse, on imagine sans peine l'anarchie que sa sortie provoque dans les rues de la capitale !

La Kumari n'a qu'un temps...

Dans la pratique, les fillettes conservent généralement leur statut de déesse jusqu'à leurs premières règles, quoiqu'elles puissent en principe se le voir retirer dès qu'elles perdent la moindre goutte de sang (y compris, par exemple, à la suite d'une blessure). Se réadapter ensuite à la vie ordinaire n'est pas une mince affaire pour ces jeunes femmes habituées à être servies, qui ne savent rien ou presque de la circulation, des contacts sociaux ou même du port de chaussures et qui ont souvent un sérieux retard scolaire à rattraper. Il est aussi fréquent qu'elles restent célibataires, car on a longtemps cru qu'épouser une ancienne Kumari exposait le conjoint à une mort certaine.

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