Le berceau du Bonheur National Brut

14/07/17 à 00:00 - Mise à jour à 11:13

Aujourd'hui endocrinologue à l'AZ Zeno à Knokke, Lucas Emsens a choisi in illo tempore de remplacer son service militaire par deux années d'aide au développement au Zimbabwe... où il a immédiatement contracté le virus des expéditions loin des sentiers battus ! Plus tard, son goût du voyage l'a mené au Népal mais aussi au Bhoutan, petit pays enclavé au coeur de l'Himalaya.

Le berceau du Bonheur National Brut

© Lucas Emsens

Son premier séjour dans la région de l'Himalaya - au Népal, plus précisément - remonte à 2010. " C'est entièrement la " faute " de Jacques Lampaert, un collègue gériatre de Sijsele, qui ne cessait de nous parler de ses randonnées népalaises ", raconte le médecin en riant. Cinq ans plus tard, il s'envole avec son épouse et des amis pour les montagnes inhospitalières du Bhoutan. " C'est le pays qui a inventé la notion de Bonheur National Brut comme alternative au PNB... et il est difficile de ne pas s'en rendre compte ! "

" Voyager, pour moi, c'est prendre la route avec un guide et un chauffeur autochtones, la couleur locale des haltes chez des gens ordinaires, les nuitées en toute simplicité, la cuisine traditionnelle, les rencontres humaines... C'est vraiment pour cela que je le fais et c'est aussi notre plus grosse dépense : pas question de gaspiller mon argent en belles voitures et autres luxes ! "

La maison royale et le bouddhisme

Le Bhoutan a longtemps été l'un des pays les plus fermés au monde, et les touristes n'y sont bienvenus que depuis quelques années. " Il repose sur deux grands piliers : d'une part l'omniprésente maison royale - le portrait du précédent souverain et de ses quatre épouses, quatre soeurs, est vraiment partout - et d'autre part le bouddhisme qui imprègne profondément la vie quotidienne. Royauté et religion sont intimement liées. Chaque province possède ainsi son dzong, un imposant complexe à l'architecture caractéristique qui abrite à la fois la religion et l'État, l'administration officielle et le monastère. Le pays n'est pour ainsi dire pas urbanisé : Thimphou, la capitale, est la seule ville digne de ce nom. Classé par l'OCDE parmi les régions les plus pauvres du monde, le Bhoutan a inventé en réaction la notion de Bonheur National Brut... et on ressent clairement cette philosophie lorsqu'on apprend à mieux connaître la population locale. "

Ce BNB repose sur quatre piliers : le développement socio-économique durable, la promotion des valeurs culturelles, la conservation du milieu naturel et la bonne gouvernance des entreprises. Des principes étonnamment modernes pour un pays si attaché à ses traditions... " Le Bhoutan est un pays très fermé et très homogène, mais ses habitants sont manifestement heureux ainsi ", commente le médecin. La taxe de séjour réclamée à tous les touristes est réinvestie dans l'enseignement, les soins de santé et l'infrastructure.

Le berceau du Bonheur National Brut

© Lucas Emsens

Mulets malotrus, habitants charmants

Le Bhoutan s'efforce actuellement d'améliorer son infrastructure routière et d'ouvrir à la circulation les régions encore peu accessibles. Pour maximiser ses contacts avec la population locale, Lucas Emsens privilégie toutefois autant que faire se peut les chemins peu fréquentés où il arrive encore de temps en temps de rencontrer un mulet. " Si d'aventure vous les croisez, gare ! Veillez à toujours vous réserver le côté du flanc de la montagne pour éviter qu'ils ne vous poussent purement et simplement dans le vide, car ils ne connaissent pas la politesse ! "

Heureusement, la goujaterie des bêtes de somme est amplement compensée par la gentillesse des Bhoutanais eux-mêmes. " Nous avons fait nos plus belles rencontres au cours de randonnées qui nous ont menés dans de minuscules villages et parfois jusque dans des maisons particulières. Les petites pensions où nous avons passé la nuit aussi nous ont toujours réservé un accueil extrêmement chaleureux : nos hôtes faisaient vraiment tout ce qui était en leur pouvoir pour nous gâter et sortaient ce qu'ils avaient de meilleur pour nous préparer un somptueux repas ! Leur cuisine est d'ailleurs délicieuse, du moins quand on a l'habitude des plats bien pimentés. Ils étaient aussi très curieux de tout savoir de nous : d'où nous venions, ce que nous faisions dans la vie, comment allaient nos enfants... Ces échanges, dans un anglais approximatif ou au besoin à grand renfort de gestes, nous ont aussi fait prendre conscience combien la population locale est coupée du monde extérieur. Certains Bhoutanais ne savent absolument pas où est l'Europe ou combien de jours de voyage il faut pour y arriver, alors même qu'il s'avère parfois au cours de la conversation qu'ils ont un fils ou une fille qui fait ses études à Londres ! Cette façon de voyager permet vraiment d'entrer en contact avec les gens et représente un formidable enrichissement, elle force à retirer ses oeillères et à remettre en question toutes ses références. Ces rencontres sont de celles qui se gravent dans l'âme, et c'est finalement bien le but..."

Le berceau du Bonheur National Brut

© Lucas Emsens

Au fil des ruelles

Si les principaux temples et autres attractions touristiques figurent évidemment au programme du voyage, Lucas Emsens et ses comparses ne boudent pas pour autant les petits festivals ou événements locaux auxquels ils sont les seuls Européens à assister. " Ils s'accompagnent systématiquement de démonstrations de tir à l'arc, le sport national du Bhoutan. Nous prenons aussi plaisir à flâner dans les marchés locaux et les ruelles détournées où les femmes s'affairent à coudre, à tisser ou à piler du riz pendant que les hommes cuisent des poteries dans un feu de paille ou mettent à sécher les feuilles de papier artisanal et que les enfants apprennent leurs leçons assis dans un coin. Ils vont manifestement tous à l'école... et à en juger par les sourires qui illuminent leurs visages, ils sont heureux ! "

Le pays est aussi très différent du Népal, souligne encore le médecin. " Alors que l'arrivée à Katmandou est une plongée immédiate dans le bruit et l'animation de la grande ville, ce n'est jamais le cas au Bhoutan, où le calme et la tranquillité règnent partout en maîtres. Les Népalais sont aussi plus proches de leurs voisins Indiens, tandis que le Bhoutan fait plutôt penser à la Mongolie ou à la Mandchourie. L'Himalaya est loin d'être une région homogène ! Quoi qu'il en soit, le Bhoutan est une expérience inoubliable... et je me sens vraiment privilégié d'avoir pu m'y rendre, car ce n'est pas donné à tout le monde. "

Chaque province possède son dzong, un imposant complexe à l'architecture caractéristique qui abrite à la fois la religion et l'État, l'administration officielle et le monastère.

Chaque province possède son dzong, un imposant complexe à l'architecture caractéristique qui abrite à la fois la religion et l'État, l'administration officielle et le monastère. © Lucas Emsens

Notre voyageur au Bhoutan

Lucas Emsens

Lucas Emsens © DR

Autrefois spécialiste en médecine interne générale, gériatrie et endocrinologie pour les sites de Knokke et de Blankenberge de l'AZ Zeno, le Dr Lucas Emsens (64) se concentre aujourd'hui uniquement sur la médecine interne générale et l'endocrinologie

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