Remédiation fonctionnelle dans le trouble bipolaire : de quoi s'agit-il ?

04/04/17 à 12:03 - Mise à jour à 12:42

La plus grande menace chez les patients présentant un trouble bipolaire est la rechute. Ainsi, le problème persistant de la mauvaise observance des traitements donne du fil à retordre aux thérapeutes. A l'hôpital psychiatrique de Duffel (service universitaire, UZA), les patients bipolaires peuvent dès lors intégrer un programme d'aide via la remédiation fonctionnelle.

Remédiation fonctionnelle dans le trouble bipolaire : de quoi s'agit-il ?

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La remédiation est une pratique complémentaire, un entraînement qui vise à restaurer les compétences. La remédiation fonctionnelle implique donc un entraînement des compétences pour mieux fonctionner en famille, au travail, en société... et ainsi prévenir les rechutes. Le travail porte dès lors sur la perception de la maladie et sur l'autogestion (self management).

" Notre programme, initialement développé contre la psychose, a été adapté au trouble bipolaire, dans lequel la cognition est reconnue comme un élément essentiel participant à l'amélioration du fonctionnement. En effet, il semble y avoir un écart important entre la récupération sur le plan symptomatique et la récupération fonctionnelle. Ainsi, alors que les résultats de la remédiation cognitive dans la schizophrénie sont très bons, dans le trouble bipolaire, son succès est plus mitigé. Nous avons dès lors opté pour la remédiation fonctionnelle qui met davantage l'accent sur les stratégies cognitives compensatoires dans la vie quotidienne. Et comme nous sommes un service académique, les liens sont permanents entre le programme de développement de remédiation fonctionnelles et les recherches relatives à ses effets", explique le psychologue Lieve Beheydt, aussi de la part du prof. dr. Bernard Sabbe et du psychologue Jonne Oldenburg.

Comprendre la maladie

On l'ignore trop souvent : les troubles cognitifs empêchent les personnes ayant un trouble bipolaire de comprendre leur maladie. " Une personne très maniaque n'est pas consciente qu'elle est malade. Les difficultés plus subtiles que les patients éprouvent dans l'interprétation des intentions et des attentes, également pendant les périodes d'euthymie, sont moins observées et étudiées. Les patients bipolaires font souvent des erreurs de jugement, en viennent trop rapidement aux conclusions, accordent trop de valeur à leurs propres croyances... Souvent, ces patients éprouvent des difficultés à raisonner : ils ne réalisent pas à quel point ils sont empêtrés dans leur pensée. Nous leur apprenons à s'en rendre compte. "

Zoom arrière

Dans le trouble bipolaire, il est important de pouvoir prendre du recul par rapport aux symptômes présents à un moment donné, et de considérer l'ensemble de la vie du patient. Celui qui présente un état de manie légère ne cherchera pas d'aide en phase hypomaniaque, mais bien dans la phase de dépression qui suit. Prescrire des antidépresseurs à ce moment-là - sans regarder de manière plus globale - risque alors de provoquer la phase maniaque. " Les symptômes que les patients bipolaires présentent sont souvent d'abord diagnostiqués comme une dépression majeure unipolaire, un état de panique ou d'anxiété, voire comme un burnout, une fois qu'ils ont épuisé l'énergie passée dans les projets ou tâches. De même, un patient qui souffre de trouble bipolaire de type 1 en phase psychotique, peut être diagnostiqué comme souffrant de trouble psychotique, sans que l'on ne remarque qu'il s'agit du décours d'une manie. C'est ce qui se produit lorsque seuls les symptômes présents à un moment précis sont pris en compte ; mais si l'on porte un regard plus global, la composante de l'humeur qui s'avère décisive devient évidente. Et cela aussi, le patient doit l'apprendre. "

De l'entraînement

Le programme de formation complet dure trois mois ; il commence après une crise. Habituellement, une évaluation approfondie est réalisée en résidentiel durant 10 jours et la formation est dispensée en ambulatoire.

" Après avoir réalisé un certain nombre de tests dans différentes disciplines, un plan de traitement est établi, et le patient entame l'entraînement. Le programme travaille à la fois sur la cognition de base, mais surtout sur la métacognition, qui consiste à penser sur ses propres pensées. Nous formons les patients à reconnaître leurs schémas de pensée et leur donnons des stratégies pour réguler leurs émotions et mieux connaître leur maladie. Nous les encourageons à suivre la formation complète au moins une fois pour qu'ils apprennent à comprendre le fonctionnement de leur maladie et comment elle peut être calmée. "

L'auto-évaluation

Pour permettre au patient de se gérer lui-même, la formation inculque l'utilisation des méthodes de prévention telles que le graphique d'évolution de la maladie (Life Chart), et aide à établir un plan de prévention des rechutes.

Dans la méthode " Life Chart ", le patient doit chaque jour donner un score à ses symptômes, et les relier aux événements vécus ce jour-là. Par exemple : " Si ma mère a appelé, le score va diminuer, mais cela ne veut rien dire ; mais si je ne parviens pas à dormir durant quatre jours d'affilée, le score que je donnerai va augmenter, et je sais que je vais être en hypomanie. " L'effet des traitements fait également partie de la surveillance.

Une fois que le patient connaît son score normal, le score maximal de manie ou d'hypomanie, ainsi que le score maximal de dépression, il apprend alors à savoir si les premiers symptômes sont légers, modérés ou sévères et comment il peut les moduler : c'est comme un plan qui détermine le moment d'agir. Par exemple : " Si je suis resté un peu trop sur Facebook, il suffit d'aller dormir à temps et reprendre mon rythme social ; si je travaille constamment sur un projet, il est important que mon partenaire me le signale, et je dois en discuter avec mon psychologue ou un psychiatre ; et quand je ne dors pas durant trois jours consécutifs, mon partenaire peut appeler un thérapeute à mon insu car je ne suis plus apte à réagir. " Ces limites doivent être définies individuellement, mais en concertation avec l'entourage et les thérapeutes. En outre, en plus du psychiatre, un psychologue et le généraliste peuvent être impliqués. Tout le monde, y compris le conjoint, reçoit ce " plan " non seulement pour intervenir si nécessaire, mais aussi pour savoir combien de temps ils doivent laisser au patient pour réagir. Car le but n'est pas de prendre pleinement le contrôle de sa vie.

Importance des stabilisateurs de l'humeur

" Dans le trouble bipolaire, le risque de rechute devrait également être une priorité pour les médecins généralistes. Il est recommandé de prescrire des stabilisateurs de l'humeur à long terme, voire à vie. Et c'est précisément ces traitements qu'arrêtent en premier lieu les patients bipolaires. Il faut être très perspicace pour le voir. " L'avenir, tant dans les troubles bipolaires que dans de nombreuses maladies chroniques, comme le diabète, repose sur l'autogestion.