Pour un retour footballistique gagnant

30/03/17 à 11:36 - Mise à jour à 11:36

Le congrès Brucosport permet d'avoir une vision globale de l'évolution de la médecine sportive. Cette fois, c'est l'accompagnement des footballeurs qui était au centre des présentations. Petit aperçu des sujets abordés.

Pour un retour footballistique gagnant

© © Anton J. Geisser

La commotion cérébrale chez le footballeur est actuellement au coeur des discussions. Le Pr Claus Reinsberger (Université de Paderborn) évalue à 2 à 4 % le pourcentage de blessures sportives liées aux commotions cérébrales. Ce chiffre est potentiellement sous-estimé, quand on sait que les symptômes sont parfois négligés par le joueur, du fait de leur gravité relative, voire passés sous silence, de peur d'être écarté de la compétition. Pourtant, la commotion cérébrale reste un trouble spontanément résolutif qui, dans 80 à 90% des cas, connaît une issue positive après 7 à 10 jours.

Cette lésion survient plus aux femmes qu'aux hommes, pour des raisons de différences anatomiques entre autres, mais aussi à cause d'un flux sanguin plus important et de l'influence des hormones. Sans compter que les femmes font plus vite état d'un problème que les hommes. C'est ce que nous a appris Elke van den Steen, doctoresse des Red Flames.

Quand la pause s'impose

Il faut éviter un deuxième choc quand les symptômes n'ont pas encore disparu. À ce titre, il est important pour le médecin de l'équipe de diagnostiquer la commotion pendant le match. Un deuxième choc augmente en effet le risque d'oedème cérébral ou de lésion musculo-squelettique.

Les symptômes classiques de la commotion sont le mal de tête, le vertige, la confusion, la perte de mémoire et les difficultés de concentration. Grâce à la règle des 3 minutes, le médecin sportif peut aujourd'hui faire arrêter le match pour prendre le temps de contrôler le joueur. En cas de présomption ou de diagnostic de commotion cérébrale, celui-ci doit s'abstenir de jouer le lendemain et ne peut reprendre le sport que progressivement.

Les blessures à la tête et les commotions surviennent aussi chez les enfants qui pratiquent le football, comme le rappellent le médecin de revalidation Luc Vanden Bossche, de l'UZ Gent. La moitié des joueurs environ font état de maux de crâne après avoir fait une tête. Une majorité d'entre eux développent ensuite des troubles cognitifs, de concentration et de mémoire. Un problème qui impacte évidemment les résultats scolaires des enfants en pleine croissance, explique le Dr Vanden Bossche.

Des centres sportifs à la rescousse

L'après-midi a surtout été consacrée à l'ancien médecin du club de Chelsea, Eva Carneiro, qui a plaidé pour une travail d'équipe efficace, une communication fluide au sein des clubs de haut niveau. Elle a aussi rappelé l'importance de la technologie, qui peut aider les médecins à prendre les bonnes décisions cliniques sur le terrain. Nous nous pencherons plus en détail sur le parcours de cette grande dame dans une future édition du jdM.

Ensuite, une série d'orateurs se sont succédé pour aborder le traitement spécifique des lésions liées au football, avec une attention toute particulière pour la chirurgie. Le chirurgien orthopédiste Scott Gillogly a ainsi abordé les lésions cartilagineuses dont souffrent 36% des athlètes de haut niveau, à un moment ou un autre de leur carrière. La chirurgie permet de traiter ces blessures et de remettre la plupart des joueurs en selle. L'osteochondral autograft transfer system (OATS) constitue, en outre, une option thérapeutique à privilégier chez les jeunes joueurs souffrant de lésions légères des cartilages. En cas de blessure plus conséquente, on conseille l'implantation de chondrocytes autologues (ACI) ou, à nouveau, l'OATS. L'ACI permet de meilleurs résultats cliniques à long terme, mais nécessite plus de temps avant que le joueur ne puisse se remettre au sport.

De nos jours, le chirurgien orthopédiste dispose d'un arsenal toujours plus large d'options chirurgicales pour traiter les blessures à la cheville. Ce n'était pas le cas dans le passé. Le chirurgien Pieter D'Hooghe conseille de surcroît de revalider spécifiquement par rapport au sport pratiqué, voire par rapport au patient. De plus, le médecin peut toujours s'adresser aux centre sportifs périphériques qui mettent à dispositions des technologies comme les mesures de points de pression, lorsqu'ils doivent prendre une décision concernant le retour ou non d'un joueur sur le terrain.

Revalidation spécifique

Une deuxième chute, après une lésion initiale des tendons est probable dans 12 à 34% des cas. De plus, un quart des joueurs se reblessent dans la première semaine qui suit leur rétablissement, qui plus est au même endroit que la première fois. Le Pr Eric Witvrouw (UGent)se demande donc, à raison, si le traitement conservateur de ces lésions se déroule de la bonne manière. Il constate que les blessures aux tendons ne découlent pas d'un surétirement, mais apparaissent plutôt à la jonction entre le tendon du muscle et le tissu environnant. C'est pourquoi la revalidation doit porter sur le stretching dynamique, afin d'obtenir un ancrage plus élastique du tendon, devenu trop raide du fait de la lésion.

Ensuite, il importe d'entraîner les bons muscles. Ce n'est pas parce que 85% des lésions aux tendons arrivent dans le biceps que seul ce dernier doit être renforcé. Ce muscle compense en effet souvent le muscle semi-tendineux et est donc davantage sensible aux blessures. L'entraînement spécifique de ce dernier est donc au moins aussi important. Et de toute façon, il est impossible d'éviter tout risque de " surblessure ", même avec le meilleur programme d'entraînement.