" L'architecture hospitalière est à un moment charnière "

18/10/18 à 23:30 - Mise à jour à 14:23

Architecture hospitalière - Olivier Barré, architecte, explique pourquoi, selon lui, l'architecture hospitalière d'aujourd'hui court vers l'obsolescence et a besoin d'une révolution.

" L'architecture hospitalière est à un moment charnière "

Les Cliniques St-Luc version 2025 ne répondent pas aux critères énoncés par Olivier Barré. Pourtant, elles intègrent déjà quelques ingrédients qui remettent le patient au centre des soins avec plus de lumière, plus d'espaces verts et un vrai lien vers la ville. © VK Architects & Engineers

Le 11 octobre dernier se tenait Building for Health 2018, colloque entièrement dédié à l'architecture hospitalière. Olivier Barré se distingue parmi les 12 présentations car il se présente comme étant passionné tant par l'architecture que par la médecine. Et le bilan qu'il dresse des hôpitaux modernes est édifiant : l'hôpital de demain doit ressembler à tout sauf à un hôpital.

Trois constats

Derrière cette phrase digne de René Magritte, l'architecte dresse l'historique de l'hôpital. " La version 1.0 de l'hôpital est sans doute née aux alentours du 11e siècle ", avance Olivier Barré. " Depuis, l'hôpital a évolué en même temps que la médecine. Jusqu'à aujourd'hui, avec cette formidable invention qu'est la machine à soigner que tout le monde connaît. C'est super, mais on bloque un peu. Premier constat : aujourd'hui l'hôpital n'arrive plus à suivre le développement de la médecine. "

Pourquoi ? Parce que l'hôpital n'a plus de leviers à sa disposition pour améliorer ses performances. C'est le deuxième constat. " L'hygiène, la gestion des flux, l'asepsie, ... tous ces leviers ont été levés, même la performance énergétique des bâtiments est prise en compte. On est arrivé au bout d'un raisonnement ", estime l'architecte.

Troisième constat : l'analogie entre la voiture et le patient. Une voiture " malade " repart en meilleure forme du garage que lorsqu'elle y a été admise. Et même en meilleur état qu'avant son accident. Le même raisonnement ne s'applique pas au patient. Prenant l'exemple d'une dame âgée ayant une fracture du col du fémur, Olivier Barré pointe le fait que le patient perd en qualité de vie lors de son séjour hospitalier. Il ne bouge plus, perd ses relations sociales.

Répondre au défi de l'hôpital stagnant

" L'hôpital 1.0 devrait passer à l'hôpital 2.0 ", prône l'architecte. " On doit repenser fondamentalement l'hôpital. Nous avons oublié un levier essentiel dans nos hôpitaux : le levier humain. L'hôpital n'intègre pas l'humain comme notion centrale. L'humain c'est quoi ? C'est l'état psychique du patient. Je m'en fous que le patient se sente bien à l'hôpital, ce qu'il faut, c'est l'impliquer dans son processus de soins. C'est également s'intéresser au bien-être du personnel soignant. Si le monde médical travaille dans un environnement favorable, il pourra être plus au service du patient. Il en va de même pour la famille : il faut pouvoir l'accueillir, lui donner plus de poids. L'image de l'hôpital est également importante : il ne faut pas voir l'hôpital comme une morgue. "

Pour y arriver, c'est un peu cliché, mais essentiel : il faut remettre l'humain au coeur de la cible. Il faut intégrer le patient dans le processus thérapeutique.

Quelles solutions ?

À écouter l'architecte, la formidable machine à soigner ne marche plus. On doit passer à autre chose. Aucun hôpital 2.0 n'existe. Mais c'est quoi, au fond, un hôpital 2.0 ? " C'est revoir fondamentalement le principe de la chambre qui n'a pas bougé depuis 2000 ans. C'est revoir la mobilité dans l'hôpital. Pourquoi le spécialiste vient dans la chambre et pas l'inverse ? C'est une approche archaïque. "

" En gros, il y a une révolution à faire ", conclut Olivier Barré " La formidable machine à soigner, c'est fini. On doit faire autre chose. La maison de la guérison est le nouvel objectif. Le but n'est plus de soigner mais de guérir. La machine, on n'en veut plus. L'hôpital de demain doit ressembler à tout sauf à l'hôpital. "

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