Des organes humanisés programmés pour le don: une perspective crédible ?

13/07/17 à 23:00 - Mise à jour à 16:10

Si le don d'organe dans notre pays - comme dans d'autres - relève d'une disposition légalement imposée de facto, l'offre ne suit pas la demande, d'où la recherche permanente d'alternatives. Des organes animaux de taille comparable à ceux des humains pourraient potentiellement faire l'affaire, mais des risques y sont associés. Ne pourrait-on pas alors faire produire de l'humain par l'animal ?

Des organes humanisés programmés pour le don: une perspective crédible ?

© /MAXPPP

Même si elle est en augmentation, la part des dons d'organes reste largement déficitaire au regard de la demande. En France par exemple, pour plus de 21.000 patients en attente d'une greffe en 2015, un peu plus de 5.700 ont vu cette attente satisfaite, soit à peine plus du quart. Ce sont les reins, foie et coeur qui viennent largement en tête des organes transplantés, représentant à eux trois plus de 92 % des greffes effectuées. Poumon, coeur-poumon, intestin et pancréas se partagent les pour cent restant, en raison d'une demande plus faible et de plus grandes difficultés techniques d'assurer une conservation d'abord, une greffe réussie ensuite.

Le pancréas

Organe unique, le pancréas est difficile à maintenir en l'état, même dans le court terme, ce qui impose un délai court entre le prélèvement et la greffe, estimé à 12 heures maximum. C'est pour les diabétiques de type 1 à glycémie instable que la greffe est la plus indiquée, souvent associée à celle d'un rein, chez les candidats les plus jeunes, en tout cas.

Dans un pays comme la France dont la population est six fois supérieure à la nôtre, une centaine de pancréas seulement seraient transplantés chaque année. Plutôt avec bonheur, puisque les Ÿ des greffés ne sont toujours plus astreints à des injections d'insuline un an après l'intervention.

L'obtention d'un organe disponible au don reste tout de même problématique même si le délai est passé de deux ans à un seul depuis que des dispositions légales opposables font de tout citoyen un donneur potentiel. Une alternative de plus en plus envisagée aujourd'hui est l'injection chez le receveur des seuls îlots Bêta de Langerhans, la fraction pancréatique réellement requise pour le traitement des diabétiques. Encore faut-il pouvoir en disposer.

Le recours à l'animal

" Faute de grive, on mange des merles " affirme le diction qui, transposé au domaine de la greffe, pourrait être paraphrasé en " faute d'organe humain disponible, on en prend un chez l'animal ". L'idée est très ancienne et a donné lieu à un grand nombre de recherches, d'ailleurs toujours en cours. Certains animaux d'élevage - le porc et le mouton en particulier - disposent d'organes dont la fonction et la taille s'apparentent à ce qu'elles sont chez l'humain. Le problème est que ces espèces ont des pathologies - notamment d'origine virale - qui leur sont propres et dont leur génome peut avoir conservé la trace. Le risque existe par conséquent d'en faire involontairement profiter un receveur greffé dont l'organisme n'est pas prêt à s'en défendre.

La recherche fondamentale peut toutefois ne pas s'en soucier dans le court terme et un travail récemment publié1 témoigne qu'elle reste particulièrement active.

Rat et souris : un partout

L'idée de départ est simple : faire produire par le représentant d'une espèce un organe - le pancréas, précisément - prévu pour une autre. Pour y arriver, les chercheurs ont injecté des cellules souches pluripotentes de souris dans un blastocyste2 de rat. Pour l'occasion ce dernier était délété du gène Pdx1, indispensable à la formation du pancréas. Les cellules souches ont progressivement envahi tous les organes du rat en formation et ont constitué de façon exclusive le pancréas, dotant par conséquent l'animal formé d'un organe à 100 % issu de cellules de souris, si on excepte une partie de ce qui revient à la formation des vaisseaux et du tissu de soutien. Trop petit, l'organe n'a pas suffi à répondre aux besoins métaboliques du greffé, mais a apporté la preuve que la genèse interspécifique était possible. L'opération a donc été répétée, mais dans l'autre sens cette fois, permettant à un rat lui aussi délété de Pdx1 de produire un pancréas de souris. Celui-ci a alors été prélevé et greffé à une souris préalablement rendue diabétique. Et la greffe a fonctionné, rétablissant une glycémie normale chez la receveuse. Pour l'occasion, les seuls îlots de Langerhans ont été injectés afin de réduire le risque de rejet, une partie du tissu (vaisseaux et soutien) étant, comme on l'a signalé, hétérospécifique.

Une immunosuppression a été opérée pendant les 5 premiers jours seulement, les animaux greffés retrouvant une fonction pancréatique apparemment normale jusqu'au terme de l'essai, soit 370 jours plus tard.

L'avenir ?

Une telle expérience apporte la preuve qu'une espèce peut supporter la genèse d'un pancréas d'une autre espèce, placé sous le contrôle génomique de celle-ci.

Potentiellement, l'opération pourrait être répétée au bénéfice d'autres espèces. Et pourquoi pas la nôtre ? Peut-être ; à part qu'il existe aujourd'hui un interdit majeur : on ne peut pas mélanger des cellules humaines et animales. Interdiction, donc, de permettre à un porc ou un mouton de produire un organe presque entièrement humain. Jusqu'à la levée de l'interdit ?

C'est l'avenir qui nous l'apprendra.

Bibliographie :

1. T Yamaguchi, H Sato, M Kato-Itoh et al. Interspecies organogenesis generates autologous functional islets. Nature, 2017 ; 542 : 191-196

2. Embryon de 3 à 4 jours

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