Violences à Dave ? " Le Dr Misson veut détruire, pas construire "

20/09/18 à 23:30 - Mise à jour à 24/09/18 à 10:02

Suite aux accusations de la part du psychiatre Arnaud Misson, de violence systématique sur les patients dont le Centre neuro-psychiatrique Saint-Martin de Dave serait responsable (lire Jdm n°2551), la direction et la direction médicale de l'hôpital ont tenu à nous recevoir. Elles nous ont fait visiter une part substantielle de son site sur les hauteurs de Namur. Pour Benoît Folens, directeur général, le Dr Misson " mène un combat personnel dont le sens reste énigmatique. Il veut détruire l'institution et non la construire ". S'il continue ses actions diffamatoires, des actions en justice seront entamées. " Ça suffit ! "

Violences à Dave ? " Le Dr Misson veut détruire, pas construire "

Le jdM a été reçu par le Dr Zahi Zaarour, président du conseil médical (à gauche), le Dr Serge Mertens, médecin chef (au centre) et Benoît Folens, directeur général. © D.R.

"Nous avons l'habitude de recevoir des journalistes ", me glisse Benoît Folens, en cette journée ensoleillée alors qu'en cherchant mon chemin, j'ai déjà croisé plusieurs patients psychiatriques qui déambulent librement sur le site dont l'un m'a servi de guide. " Nous avons par exemple accueilli une équipe de la RTBF en immersion totale pendant 15 jours. Les deux journalistes avaient les clés de l'ensemble de l'établissement. " Sous-entendu : une politique de violence systématique n'aurait guère pu leur échapper...

L'institut gère d'ailleurs les patients les plus difficiles : défense sociale, mesure de protection, double-diagnostics et, malgré une ouverture à la mixité, plus d'hommes que de femmes. " Une population majoritairement masculine qui étant donné la testostérone ", souligne Zahi Zaarour, président du conseil médical, " est plus compliquée à gérer. "

" Tout membre du personnel, lors de son engagement et pendant son parcours professionnel au sein de notre établissement, a la possibilité de suivre une formation sur la sensibilisation à la santé mentale ", reprend M. Folens. " Près de 100 membres du personnel différents suivent chaque année un parcours de formation sur la gestion de l'agressivité ainsi qu'une formation visant à l'amélioration de la qualité d'intervention non violente du personnel quand une situation difficile se présente afin d'éviter des blessures aussi bien chez le personnel que chez le patient. "

Des collaborations au-dessus de tout soupçon

Parmi les protocoles auxquels participe l'institution figure le groupe de travail double-diagnostic. " Nous avons obtenu un budget fédéral pour la prise en charge des patients double-diagnostics du Réseau Santé Namur grâce aux partenaires du réseau. Si nous malmenions nos patients, jamais ces moyens ne nous auraient été attribués ", précise Zahi Zarrour. " Ce projet est renouvelé depuis quelques années, notamment sur base d'un rapport d'activité du réseau ! "

Nous quittons le bureau de la direction générale pour une visite de différents sites. C'est bien sûr Oasis (photo) qui est le plus impressionnant puisque des patients particulièrement atteints et enfermés y arrivent par ambulance " par un sas séparé ", précise le Dr Mertens, histoire de ne pas créer un attroupement de curieux de la part des patients psychiatriques déjà là depuis un certain temps. " Vous observerez que nous ne pratiquons pas de contentions physiques ! Cela veut dire que nous acceptons l'expression de certains symptômes qui nous permettent de travailler sur un plan thérapeutique. " Tout au plus, lors des visites, le patient doit-il placer ses jambes dans deux interstices pratiquées dans le lit. En cas de crise soudaine, le médecin ou le soignant ont le temps de fuir...

Les bâtiments sont propres et rénovés, très loin de l'idée qu'on se fait - via le cinéma notamment, pensons à Shutter Island -, d'un hôpital psychiatrique. Les asiles de fou font partie du passé et point d 'Hannibal le Cannibale dans les parages, même si on ne souhaiterait pas rencontrer certains patients la nuit dans la forêt d'à côté. " D'énormes investissements ont pu être réalisés ces dix dernières années, afin de diminuer drastiquement la promiscuité (qui était un réel problème par le passé). Il y a eu un énorme travail de définition des publics cibles, de spécialisation des services, des objectifs d'hospitalisation et du travail en réseau ", précise M. Folens. Le Dr Zarrour continue, fièrement : " Nous avons été choisi par le coordinateur fédéral de la réforme des soins en santé mentale et par le Centre collaborateur de l'OMS pour participer au développement d'un outil qui mesure la façon dont les droits des patients sont respectés dans notre établissement. Pour notre ouverture et notre dynamisme. Le seul en Belgique ! "

" Aucun dossier en suspens "

" Nous ne laissons aucun dossier du personnel en suspens ", reprend le DG. " Dès que la direction est informée de comportements inadéquats, elle prend les mesures nécessaires, jusqu'au licenciement (NDLR : un infirmier en a fait les frais) après concertation avec les équipes, les médecins, les syndicats et la personne concernée. A ce jour, aucune plainte pour faits de maltraitance n'est en cours, ni au niveau interne, ni aux niveaux des autorités de contrôle, ni apparemment au niveau de la justice. Si un mauvais fonctionnement d'un membre du personnel est rapporté à la direction, il y a une procédure disciplinaire et des mesures prises en fonction des éléments du dossier. "

Bien que M. Folens ne voulait pas en parler au départ, nous reviendrons sur les accusations du Dr Misson, principal objectif de notre visite. " Il nous livre un combat personnel, intime qui est une véritable énigme. L'enquête qu'il a diligentée à l'époque n'était pas scientifiquement validée, sans prospective, orientée, sans concertation avec la direction ni les confrères. Ce faisant, il maltraite le personnel, les médecins, la direction et l'institution dans son ensemble. Le personnel se sent visé et est en colère. " Bénéficiant d'un non-lieu de la part du Tribunal correctionnel de Namur, l'hôpital craint qu'on dise qu'il n'y a pas de fumée sans feu. " Nous nous sommes toujours tus pour laisser la justice travailler sereinement. Nous avons toujours encouragé et soutenu la collaboration avec toutes les autorités. Nous avons 2.000 patients/résidents pris en charge chaque année. Il y a toujours un pourcentage d'insatisfaits, comme dans tous les hôpitaux, mais encore plus en psychiatrie. La diffamation porte sur le fait d'essayer de faire croire que des membres du personnel, des médecins et la direction couvrent une maltraitance institutionnelle. C'est une accusation insupportable car elle mène à une disqualification généralisée de l'institution et de tous ses travailleurs. "

Le Dr Mertens me confie que " lorsque nos médecins lui téléphonent dans le cadre d'une relation thérapeutique, pour un patient, le Dr Misson raccroche ! La plupart des cas qu'il cite datent des années 2005. Nous avons plusieurs médecins par unités de soins. De gros changements se sont opérés ces dernières années avec l'engagement de huit nouveaux médecins. Aucun médecin n'accepterait de la 'maltraitance', des comportements inadaptés. Nos médecins travaillent ailleurs qu'au CNP Saint-Martin (Chapelle aux champs, prisons, consultations privées, ...). L'équipe dirigeante est là depuis seulement 2014... "

Facebook

Le directeur général, las de ces accusations portées sur un support inapproprié (Facebook), projette d'autres actions en justice pour que cela cesse alors qu'une plainte au conseil de l'Ordre des médecins (sans possibilité de connaître les suites) a été déposée contre le Dr Misson.

De cette visite où nous avons pu demander l'accès à n'importe quelle unité, et pour avoir visité d'autres institutions psychiatriques, il ne nous apparaît pas que Dave soit pire que les autres. " Le milieu psychiatrique est un environnement particulier et difficile dans lequel la contrainte à l'égard de certains patients est malheureusement nécessaire et nécessite des moyens appropriés ", précise pour terminer Benoît Folens.

Arnaud Misson, idéaliste, paranoïaque, Don Quichotte, atteint d'un besoin d'exister, sincère mais naïf ? Le Dr Zaarour, spécialiste des troubles psychiatriques, refuse de se prononcer, par confraternité...

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