Dr Anja Reuter
Dr Anja Reuter
médecin MSF spécialiste de la tuberculose résistante aux médicaments
Opinion

21/06/18 à 11:34 - Mise à jour à 13:43

Une nouvelle révolution en Afrique du Sud dans les traitements antituberculeux : au revoir les médicaments injectables !

L'Afrique du Sud est le premier pays dans le monde à prendre cette mesure audacieuse qui élargit l'accès à un nouveau médicament efficace. Celui-ci rend non seulement le traitement contre la tuberculose résistante aux médicaments plus tolérable mais réduit également l'impact dévastateur des effets secondaires causés par les agents injectables.

Une nouvelle révolution en Afrique du Sud dans les traitements antituberculeux : au revoir les médicaments injectables !

© © Sydelle Willow Smith/MSF

Un traitement plus efficace et moins toxique

Le traitement standard pour soigner la tuberculose multi-résistante aux médicaments est actuellement efficace seulement 50% du temps et comprend des antibiotiques injectables douloureux, reconnus pour causer des effets secondaires toxiques dont une insuffisance rénale et une perte auditive. L'expérience avec la bédaquiline pour soigner la tuberculose résistante aux médicaments - principalement en Afrique du Sud - démontre des résultats cliniques améliorés chez les personnes vivant avec une forme de tuberculose multi-résistante aux médicaments. La preuve initiale montre qu'elle peut être utilisée de manière sûre et efficace à la place du médicament injectable toxique.

Il ne fait aucun doute que nous devrions offrir aux gens les meilleures options pour un traitement plus efficace et moins toxique, mais les progrès dans ce domaine ont été lents dans la plupart des pays. L'Afrique du Sud a pris une mesure positive pour veiller à ce que les personnes avec une forme de tuberculose résistante ne se voient pas refuser l'accès à ce médicament. Avec la bédaquiline, les personnes souffrant de tuberculose ont trois fois moins de risques de mourir.

Améliorer l'accès à ce médicament

Les installations de santé doivent être soutenues pour développer la capacité d'utiliser la bédaquiline et d'autres nouveaux médicaments, et les fabricants doivent réduire les prix qu'ils imposent en Afrique du Sud et ailleurs dans le monde. L'annonce audacieuse de la bédaquiline arrive à un moment critique. Chaque année dans le monde, plus d'un demi-millier de personnes sont affectées par une forme de tuberculose multi-résistante aux médicaments, mais extrêmement peu d'entre elles ont accès à des médicaments antituberculeux plus récents, comme la bédaquiline, alors qu'elles auraient pu en bénéficier.

D'autres pays, ainsi que les formulateurs des consignes de l'Organisation Mondiale de la Santé à propos de l'usage des médicaments contre les formes de tuberculose résistantes, pourraient et devraient suivre l'exemple progressif de l'Afrique du Sud et s'engager à remplacer les médicaments injectables et étendre l'accès de ces nouveaux médicaments efficaces de façon globale, dont la bédaquiline.

Alors que les pays se réunissent à New York en septembre prochain lors de la première réunion de haut niveau des Nations Unies sur la tuberculose, il est essentiel que l'Afrique du Sud envoie la plus haute délégation possible, y compris le président, le vice-président et le ministre de la Santé, pour encourager les autres délégués à prendre des mesures décisives sur les formes de tuberculose résistantes aux médicaments et fixer des objectifs clairs et des engagements financiers pour faire face à l'épidémie plus générale de tuberculose.