Un trajet de réintégration au travail ? Chiche !

16/06/17 à 06:00 - Mise à jour à 09:06

Source: Le Journal Du Médecin

Manoël le Polain, généraliste impliqué dans la souffrance au travail et dans le burnout en particulier, donne son sentiment sur le trajet de réinsertion après une longue maladie, qui pourra dès le 20 juin prochain être initié par un médecin généraliste et non plus seulement par le médecin conseil de la mutuelle. Un concept que le Dr le Polain a découvert tout récemment, et qu'il trouve pertinent.

Un trajet de réintégration au travail ? Chiche !

© belga

JdM : Comment l'organiser concrètement et surtout, comment le financer ?

Dr le Polain : Nous constatons pas mal de certificats de longue durée pour burnout ces derniers temps, c'est un fait incontestable. Je prends personnellement l'initiative de prendre contact avec des médecins du travail et des médecins conseils pour essayer de faire des remises au travail à mitemps. Elles sont assez bien acceptées par les médecins conseils. Pas toujours, par contre, par les médecins du travail qui nous disent : "Ah non docteur, il faut être sérieux ! Chez nous, on travaille à temps plein ou pas du tout !".

Quid d'une triangulation des trois médecins (traitant, conseil, du travail)?

Selon moi, c'est une excellente idée. Ça vaudrait la peine de nous faire travailler ensemble. Le problème, c'est que je ne sais pas comment.

Avec les moyens modernes (internet, e-mails...), cela ne devrait pas être si compliqué que cela...

En effet ! Nous gagnerions beaucoup de temps en travaillant par courriel et en mettant les médecins conseil, ainsi que les médecins du travail, en copie. La réponse favorable de l'un et/ou de l'autre nous permettrait d'avancer le plus rapidement possible dans la réinsertion.

La souffrance psychologique étant (avec les problèmes lombalgiques) la première cause des éloignements du travail de longue durée, trouvez-vous par ailleurs réaliste et raisonnable la remise au travail progressive (on parle d'un jour par semaine puis de deux jours puis à plein temps ; progressivement)?

Je ne suis pas familier avec les reprises d'un jour/semaine. En général, nous travaillons d'emblée avec des reprises à 50%. Cette après-midi (NDLR : lundi dernier), j'ai à nouveau fait cela pour une enseignante dans une école primaire. Vous devez savoir que dans le certificat de MEDCONSULT, il y a d'office une case à cocher par le médecin traitant : "reprise à mi-temps". Ils ont, de ce fait, déjà intégré dans leurs certificats-types cette hypothèse de reprise à temps partiel. Je n'ai donc pas dû la rajouter par écrit.

N'avez-vous jamais le sentiment que certains de vos confrères médecins traitants (bien que les chiffres ne l'attestent pas) aient la main un peu lourde en signant de longs certificats d'absence dans le cadre de la souffrance au travail ?

Ce que j'ai remarqué, c'est que certains médecins généralistes ont la main lourde sur la durée du certificat, tout en ne mettant pas en place des mesures d'accompagnement : consultations chez le psychologue cognitivo-comportementaliste, le coach ou le sophrologue, voire le psychiatre. Finalement, des patients restent un an en incapacité de travail et rien ne change dans leur manière de vivre. Donc, ces personnes conservent leur problème. Il faut en effet agir par rapport à ces médecins qui se contentent du certificat sans faire bouger la problématique de leurs patients : C'est un peu léger voire, si j'ose le dire, inadmissible.

Quid de toute la panoplie législative sur la réinsertion au travail ?

J'y suis très attentif, bien que ce soit nouveau pour moi. L'Inami a mis beaucoup d'argent pour les trajets de soins en néphrologie ou en diabétologie mais un "trajet de soins" pour la réintégration, voilà quelque chose de très pertinent. Il serait utile d'étudier la faisabilité d'un tel projet avec des experts : Qu'en pensent l'Inami et les mutuelles ?

A partir du moment où c'est ouvert aux MG, cela vous intéresse ?

Sans aucun doute. J'en serais partisan. Je pense en effet qu'il faut cette triangulation dont nous parlions tout à l'heure : un ensemble de personnes responsables de la santé du patient ; le médecin traitant, le médecin conseil et le médecin du travail unis au service de ce dernier.

Par rapport aux médecins-conseils justement, vous en pensez quoi ? Ils sont de plus en plus collaboratifs ?

Je dirais cela. Surtout pour des certificats de longue durée comprenant de la souffrance au travail. La médecine du travail, a contrario, peut être amenée à freiner le retour d'un patient qu'elle jugerait encore trop fragile, surtout dans le cadre des burnout.

Quel conseil donneriez-vous à vos confrères médecins traitants ? Faut-il écarter certaines personnes devenues provisoirement inaptes ?

Il faut bien sûr les écarter mais avec une stratégie d'encadrement. Chaque médecin devrait travailler en réseau avec d'autres soignants, tout en restant en contact étroit avec ces derniers. La collaboration multidisciplinaire est le fondement de base d'une prise en charge réussie et garantira une reprise du travail la plus optimale possible.

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