S. Epidermidis : redoutable mais connu

06/09/18 à 23:30 - Mise à jour à 15:12

Staphylococcus epidermidis est connu du monde médical, notamment ceux qui s'occupent des grands brûlés. Mais des chercheurs de l'Université de Melbourne ont découvert trois variantes de cette bactérie particulièrement multirésistante qui ont provoqué un mini-buzz dans la presse. Péril en la demeure ?

S. Epidermidis : redoutable mais connu

© BELGAIMAGE

"Elle peut être mortelle, mais c'est généralement chez des patients qui sont déjà très malades à l'hôpital... cela peut être assez difficile à éradiquer et les infections peuvent être graves ", a déclaré Ben Howden, directeur de l'Unité de diagnostic microbiologique du Laboratoire de santé publique de l'Institut Doherty de l'université de Melbourne, en début de semaine.

La bactérie (S. epidermidis) est naturellement présente sur la peau. Mais la variété de la bactérie résistante aux antibiotiques infecte le plus souvent les personnes âgées, aux défenses immunitaires affaiblies ou des patients porteurs de dispositifs implantés, tels que des cathéters, des valves cardiaques ou des prothèses articulaires.

Dans la communauté médicale, on n'est pas très au courant de cette étude australienne.

" Ce qui est nouveau dans l'annonce de l'équipe australienne, c'est le côté radicalement multirésistant exacerbé de la souche découverte ", explique un microbiologiste belge qui souhaite conserver l'anonymat. " Chez les grands brûlés en particulier, elle est très présente dans la peau. Mais dire qu'aucun médicament ne peut la traiter ne me paraît pas clair. Nous rencontrons régulièrement des S. Epidermidis mais généralement il y a toujours moyen de les combattre par antibiotiques jusqu'à présent. Ce sont surtout les personnes âgées et certains malades chroniques qui sont en danger. Une personne en bonne santé vit avec cette bactérie. Son système immunitaire le lui permet. En infection ostéo-articulaire, c'est aussi un germe qui revient souvent au niveau des prothèses. Donc on le connaît. "

Pour ce microbiologiste, des problèmes plus sérieux encore se profilent. " Beaucoup de patients viennent de l'étranger où il n'y a aucun contrôle en biothérapie. Ils viennent avec des germes incontrôlables. Pour le moment, on fait face justement à deux patients étrangers de Roumanie et du Maroc qui sont dans ce cas avec des bactéries multirésistantes. On est dans le pétrin... "

Néonatologie

Le Dr Déborah Konopnicki (Saint-Pierre) rappelle que c'est un germe qu'on trouve dans des infections nosocomiales relatives à des prothèses vasculaires et intracardiaques de valves qui est en lui-même moins virulent que les staphylocoques dorés ou les infections suppurantes. " C'est un germe assez indolent. "

80 % de ce type de germes sont résistants à l'oxacilline (Augmentin et antibiotiques classiques) contrairement au S. doré. " S. epidermidis est moins agressif mais s'il s'attaque à une prothèse, il faut la retirer sauf si l'attaque vient de commencer. Ce sont des diagnostics à plus de trois mois après l'intervention avec une infection chronique donc c'est lourd. Si c'est multirésistant, c'est embêtant. "

Après analyse des dernières publications de Ben Howden dans la littérature scientifique, elle remarque que lui et son équipe ont frotté l'environnement - stéthoscope - en néonatologie et ont découvert en effet des S. capitis extrêmement résistants. " Ils rapportent des 'menaces potentielles' mais pas de cas infectés. Cela a été décrit dans d'autres parties du monde. La néonatologie, il est vrai, est à haut risque car tous les bébés ont des cathéters. Il y a obligation de devoir donner de la vancomycine dans ces cas de résistance. "

En résumé, les chercheurs ont publié cinq articles sur le sujet entre 2012 et aujourd'hui qui démontrent qu'on trouve des S epidermidis dans l'environnement. Mais cela reste très rare...