Réseaux hospitaliers: gare au détricotage

24/08/17 à 23:00 - Mise à jour à 23:25

25 réseaux locorégionaux d'hôpitaux devraient voir le jour, dont 7 en Wallonie. D'ici début 2018, Maggie De Block veut connaître quels réseaux seront créés. Une logique d'économie - ou d'efficience - qui va parfois au détriment de réseaux préétablis, ce qui est le cas, notamment, dans la région de Charleroi.

Réseaux hospitaliers: gare au détricotage

Début de l'été, la Fédération des associations de médecins généralistes de Charleroi (FAGC) a organisé une concertation sur le thème des réseaux de soins. Étaient présents les directeurs médicaux des trois hôpitaux de la région (le CHU de Charleroi, le Grand hôpital de Charleroi, ainsi que la Clinique Notre-Dame de Grâce à Gosselies), mais aussi la première ligne, en ce compris des représentants des pharmaciens, kinésithérapeutes, dentistes et infirmiers. L'objet de la rencontre : l'intention de certains hôpitaux de créer un réseau de soins avec des hôpitaux situés hors du bassin de soins de Charleroi.

" Sur Charleroi, il y a deux grands centres hospitaliers, l'un étant rattaché à l'ULB, l'autre à l'UCL. Il y a également l'hôpital de Gosselies qui est quelque peu excentré ", détaille le nouveau président de la FAGC, le Dr Didier Sauvage, accompagné de deux vice-présidents, les Docteurs Pierre Bets et Patrick Jadoulle ainsi que le président du Service Intégré des Soins à Domicile de Charleroi (SISDC), le Docteur Michel Jacquet. " Les deux premières infrastructures regroupent quasiment tous les services, si ce n'est les services de pointe dédiés aux pathologies exceptionnelles qui restent dans le giron universitaire à juste titre. Nous trouvions logique, dans un principe de rationalisation, de regrouper ces centres hospitaliers avec toute la première ligne, et j'insiste - médecins généralistes, pharmaciens, kinés, dentistes, et infirmiers - pour que le bassin de soins que constitue Charleroi ne s'évapore pas. "

" Ce serait faire un pas en arrière "

Les craintes des prestataires de la première ligne se situent au niveau du patient: ils mettent en évidence que le bassin de soins carolo comporte 450.000 patients, soit un nombre suffisant pour créer un réseau de soins local qui préserverait une accessibilité optimale à quasi tous les services pour la population de la région et faciliterait voire garantirait une communication entre la première et la deuxième ligne déjà bien fonctionnelle à ce jour.

Il y a un risque selon le Dr Sauvage. " Nous avons appris que le CHU, à tendance ULB, est en connexion avec Tivoli (La Louvière) et Ambroise Paré (Mons), de la même obédience. Pour caricaturer, cela voudrait dire qu'un patient pourrait faire sa mise au point cardio à Charleroi, que la chirurgie cardiaque pourrait avoir lieu à Tivoli et la rééducation post-op serait faite à Ambroise Paré. Ce serait faire un pas en arrière, alors qu'aujourd'hui, tout existe chez nous, avec des synergies existantes entre les hôpitaux quelles que soient leurs appartenances universitaires."

Un réseau déjà préexistant

Au cours de ces dernières années, la capacité de l'union inter-hospitalière a permis de mettre en oeuvre des unités de soins d'intérêt public. " Il y a 15 ans que cela fonctionne et cela marche bien. Il ne faut pas détricoter un réseau qui est déjà préétabli ", note le président de la FAGC. " À titre d'exemple, signalons : le CRAMU, l'IRM, le PET-Scan, la Société de Médecine, l'institut de pathologie et de génétique (IPG) et l'ACTH pour la transmission informatique. Tout cela main dans la main avec les centres hospitaliers de notre région. Ce serait stupide, à mes yeux, et inintéressant pour le patient d'être confronté à des déplacements dont il pourrait se passer. Maintenant, la fusion des services entre les hôpitaux est un autre débat. La majorité des spécialistes est pour une cohabitation avec les médecins de l'autre côté du boulevard. Des synergies existent déjà, par exemple avec les services d'oncologie, de radiothérapie. "

Des connexions, des affinités se sont donc créées entre la première et la deuxième ligne à Charleroi. " Les médecins spécialistes organisent des formations, des dodécagroupes et des Glems avec les médecins locaux. Cela se passe bien. Nous avons un mode de communication via GSM, par internet, qui est facile, on connait la tête de son interlocuteur. Mais si demain, nous devons nous réunir avec des spécialistes que nous n'avons jamais croisé de notre vie, cela rendrait la collaboration entre prestataires de soins plus compliquée. "

Des réseaux neutres et locaux

Enfin, la mise en place d'un réseau étendu hors de Charleroi minimiserait de plus le travail réalisé par la FAGC dans le bassin local. " Il faut déjà se battre pour avoir une bonne communication avec les services proches. Ce n'est pas évident, car chacun a son individualité. Maintenant, si on doit nouer ces contacts, qui existent déjà dans la région, avec des spécialistes montois, ce sera plus difficile. "

C'est pourquoi la FAGC estime que les hôpitaux et notamment les médecins, ne doivent pas se laisser influencer par des critères politiques, universitaires ou philosophiques. " Nous demandons aux pouvoirs politiques une attention particulière à la qualité de soins et à la qualité de vie de la population ainsi qu'à une communication optimale entre les différents niveaux de soins. "