Michel Mahaux
Michel Mahaux
Economiste, ancien directeur général adjoint de santhea
Opinion

11/10/17 à 06:00 - Mise à jour à 12:18

Rationner ou réformer ?

Lorsqu'il y a quelques semaines, l'Inami a décidé de sanctionner les institutions qui exploitent des IRM non programmées, de nombreuses voix se sont élevées pour crier au scandale et dénoncer une politique de restriction de l'accès aux techniques médicales.

Rationner ou réformer ?

© © Lighthouse\UIG

Plusieurs arguments, souvent valables ont été avancés pour justifier l'exploitation d'IRM supplémentaires à celles prévues dans la programmation. En particulier le fait que les machines prévues dans la programmation ne permettent pas de répondre aux besoins dans un délai raisonnable.

Je m'étonne que personne n'ait saisi cette occasion pour aussi dénoncer l'absurdité de notre système de rémunération des prestations médicales, paramédicales et infirmières presqu'exclusivement à l'acte.

En effet, dans le débat sur le nombre d'IRM, n'est-ce pas le lien automatique entre un examen de résonance magnétique et la tarification d'une prestation médicale coûteuse qui est à l'origine d'une stricte programmation des appareils dans un souci d'économie ?

Evidemment plus important que les considérations de santé publique qui auraient sans doute voulu qu'on augmente le nombre de machines admises, voire qu'on libéralise l'usage des IRM !

Personnellement, j'ai toujours eu beaucoup de difficulté à admettre une ligne politique qui, sous prétexte de limiter la croissance du budget des soins de santé préfère organiser le rationnement de certains soins ou de l'accès à certaines techniques médicales plutôt que de s'attaquer aux vrais problèmes qui engendrent une croissance budgétaire excessive.

Même si j'ai beaucoup de mal à croire qu'en soins de santé, l'offre engendre la demande et, partant, fait exploser les coûts (ce qui, à ma connaissance n'a jamais été démontré), je peux cependant admettre que dans le contexte actuel de correspondance automatique entre une prestation médicale bien spécifique et une dépense pour la sécurité sociale, à travers une nomenclature des actes médicaux sans lien entre le travail réel du médecin et le prix qui lui est payé, peut engendrer des dépenses inutiles.

Illusions

Il est évident que dans le cas particulier des RMN, un système de rémunération de tous les acteurs, y compris les médecins, sur une base indépendante des actes réalisés, en faisant supporter les arbitrages budgétaires par les opérateurs de terrain plutôt que par le budget de la sécurité sociale aboutirait à un équilibre entre l'offre et les réels besoins et permettrait d'éviter le piteux débat entre d'une part les Autorités de santé qui campent sur le respect d'une programmation insuffisante et d'autre part, les institutions de soins et le corps médical qui justifient l'exploitation d'appareils non programmés par l'impérieuse nécessité de rencontrer les besoins de la population!

Mais je ne me fais pas d'illusion, ceux dont les intérêts sont liés au maintien d'une rémunération à l'acte, vont continuer à affirmer qu'il s'agit du système le plus apte à garantir la qualité de la médecine...Même si tous les pays qui nous entourent l'ont abandonné depuis plus ou moins longtemps.

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