Desirée De Poot
Desirée De Poot
Rédactrice en chef Le Pharmacien
Opinion

22/03/17 à 08:00 - Mise à jour à 10:35

Nouveau statut du pharmacien : les choses à faire et à ne pas faire

Le contenu du Cadre Pluriannuel conclu entre Maggie De Block et les organisations représentatives des pharmaciens est connu depuis à peine une semaine, mais on aurait presque l'impression que c'est toute une décennie qui s'est écoulée depuis sa présentation. Que la profession serait amenée à évoluer, on le savait déjà... et, soyons francs, il aurait fallu passer les 40 dernières années dans un bunker pour plaider en faveur d'un statu quo.

Nouveau statut du pharmacien : les choses à faire et à ne pas faire

© BELGAIMAGE

Reste que, si l'on veut imposer aux pharmaciens des exigences supplémentaires en matière de soins pharmaceutiques, il faut aussi les rémunérer pour ce faire. Même dans notre secteur, il n'y a de gratuit que l'air que l'on respire ! Voilà en tout cas une aspiration à laquelle le Cadre Pluriannuel apporte une réponse ; pas de plaintes de ce côté-là, donc. Les pharmaciens réclament aussi de longue date qu'on leur reconnaisse un rôle de prestataires de première ligne aux côtés du médecin de famille. Là aussi, c'est désormais chose faite avec le "pharmacien référent", et on peut espérer que la question sera définitivement réglée avec la publication du nouvel AR78, dans le courant de l'année prochaine. Les protestations contre le numéro payant que devaient former les patients pour connaître le nom et l'adresse du pharmacien de garde également ont été entendues, puisqu'on en revient provisoirement au système antérieur en attendant que le numéro gratuit qui gèrera les gardes aussi bien médicales que pharmaceutiques soit enfin pleinement opérationnel - l'an prochain, si tout va bien.

Les gardes, justement, parlons-en. Si une boîte mail pouvait littéralement exploser, la mienne aurait fait des ravages, tant l'organisation et la rémunération futures des services de garde ont suscité de ressentiment... mais, au risque de trouver demain sur mon bureau une lettre piégée, je vous avoue que je comprends en partie le raisonnement de Maggie De Block. Imaginons en effet que je doive aller voir mon médecin de famille. Le premier rendez-vous disponible est le 3 avril à 9h15 précises. Je peux aussi me présenter à la consultation, qui se tient de 19h à 20h et d'où je ne ressortirai certainement pas avant 21h, puisqu'il y a une dizaine de personnes qui attendent avant moi. Mon officine attitrée, elle, est ouverte de 9h à 18h30. Impossible de m'y rendre dans ce créneau horaire pendant la semaine ; si le médecin me prescrit des médicaments, c'est donc chez le pharmacien de garde que j'irai me les procurer. Est-ce vraiment moi qui dois être sanctionnée pour le fait que les généralistes d'aujourd'hui ne sont plus ceux du siècle passé, qui étaient à la disposition de leurs patients à toute heure de la journée ? Dans le nouveau système, le pharmacien touche un supplément sans que le patient ne soit financièrement pénalisé pour cette situation indépendante de sa volonté... et si quelqu'un vous réveille à 3 h du matin pour une bouteille d'eau déminéralisée, vous pouvez sans complexe lui réclamer un montant supplémentaire à condition de l'avoir clairement affiché. C'est équitable, non ?

Bien sûr, moi aussi je pourrais m'offusquer de la discordance qui persiste entre l'indemnité de garde du pharmacien et celle du médecin et entre le forfait DMG et la rémunération par capitation ou pester contre la disparition progressive de l'honoraire de la DCI... mais on ne peut pas nier non plus qu'un certain nombre de décisions déterminantes ont enfin été prises, et cela, on ne peut que s'en féliciter.

Ce Cadre Pluriannuel ne mérite sans doute pas d'être accueilli par un tonnerre d'applaudissements, mais il n'en reste pas moins un réel pas en avant dans une situation qui semblait, ces derniers temps, désespérément embourbée...

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