Dr Jean Creplet
Opinion

09/10/18 à 16:04 - Mise à jour à 16:10

MUDIA, à quand l'art de guérir... autrement ?

Imaginez un musée dont les visiteurs sortent en rêvant d'y revenir. Il s'appelle MUDIA. Allez le voir à Redu, le village du livre ( Lienhttp://www.mudia.be//Lien). La devise de son fondateur : " faire autrement que les autres ".

MUDIA, à quand l'art de guérir... autrement ?

© BELGA

Tous les parents connaissent les réactions des enfants à l'annonce d'une visite de musée. " Oh non, encore debout des heures devant des peintures pour les grands ! " Beaucoup d'adultes aussi ne fréquentent pas les musées. Y entraîner une famille enthousiaste et la voir sortir plus enthousiaste encore, quelle gageure ! Tel est pourtant le défi du MUDIA. La recette ? Présenter les oeuvres sous des angles d'attaque divers et variés de manière à permettre à chaque visiteur de s'y accrocher selon son tempérament et ses dispositions. Vous pouvez suivre la méthode classique, scruter les oeuvres et lire des explications (ici particulièrement claires et concises), répondre à des quiz, toucher les personnages d'une reproduction électronique de la " Tentation de St-Antoine " pour les voir s'animer avec des bruits bizarres, exercer votre mémoire visuelle ou deviner les prix fantasques du marché de l'art... Oui, au MUDIA , tout cela et bien d'autres surprises font la joie des petits et des grands, profanes ou experts. Et avant la sortie, belle synthèse de la fin du Moyen-Age à nos jours, une fillette accompagnée de deux personnages de Jérôme Bosch navigue sur les courants successifs du " fleuve de l'art ".

Quel rapport entre le MUDIA et la médecine ? L'art de mettre de la bonne humeur et de la détente dans des lieux sérieux. Pourquoi ne pas appliquer " l'art autrement " à l'art de guérir ? Les associations de clowns allant distraire les enfants dans des services de cancérologie concrétisent déjà l'idée. Qu'on ne s'y méprenne pas, l'attractivité du MUDIA ne se fait pas au détriment des connaissances du travail, des conceptions et de la vie des artistes, au contraire, elle élargit le public susceptible de s'y intéresser pour les approfondir. De même en médecine, détendre l'atmosphère autour des malades et de leurs familles améliore la communication avec les soignants et les médecins non sans effets bénéfiques sur la compliance et la qualité des soins.

Mais comment faire en pratique ? Au MUDIA, l'objectif de " rendre l'art didactique et attractif ", a exigé la collaboration de nombreux métiers pointus : architectes, informaticiens, scénographes, développeurs de dispositifs interactifs entre objets et humains, rédacteurs, traducteurs, historiens de l'art et de nombreux artisans. On m'objectera que je rêve, que les hôpitaux ne disposent d'aucun budget pour payer de telles futilités. En outre, des grincheux diront que les malades n'ont rien à voir avec les visiteurs de musées, qu'ils vont à l'hôpital contraints et forcés par leurs maux. Mais puisqu'ils doivent y aller, pourquoi ne pas essayer de rendre leur séjour le plus agréable possible ?

L'art de guérir autrement ? Voici quelques pistes.

L'accueil du malade, la présentation imagée de tous les professionnels amenés à s'occuper effectivement de lui, la description du circuit des examens, l'organisation des contacts avec les médecins traitants, l'explication des techniques et des traitements de manière " didactique et attractive ". Même les annonces difficiles devraient faire l'objet d'une attention esthétique indissociable de l'éthique. La sortie pourrait être tellement plus soignée qu'aujourd'hui, avec des résumés clairs des actions à entreprendre, sans jargon.

" L'art de guérir autrement ? " Distraire autant que possible des côtés sombres de la maladie pour mieux se concentrer sur les moyens de la combattre. Rien n'oblige la médecine la plus rigoureuse et scientifique à être ennuyeuse.

Dr Jean Creplet

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