Médicaments bon marché : Lettre ouverte de l'Absym

17/03/17 à 13:09 - Mise à jour à 13:31

Source: Le Journal Du Médecin

Dans une lettre ouverte aux plus hautes autorités de l'Inami - Jo De Cock et Ri De Ridder, respectivement en leur qualité de président de la commission nationale médico-mutualiste et directeur général du Service des soins de santé -, les Drs Marc Moens et Luc Herry (Absym) estiment que l'objectif de 60% de quota de prescriptions de médicaments bon marché est impossible à atteindre.

Médicaments bon marché : Lettre ouverte de l'Absym

Medical & Healthcare © © Zoonar/Oleksandr Eck

Monsieur le Président,

Cher confrère,

L'Absym a pu prendre connaissance avec intérêt de la publication des profils de prescription "bon marché" élaborés par l'Inami, de l'exigence d'un pourcentage à atteindre et des sanctions de monitoring.

Après analyse du profil réalisé par vos services pour la période de décembre 2015 à mai 2016, nous relevons quelques erreurs qui pondèrent évidemment les résultats.

Pour rappel, le pourcentage des 60% à atteindre est valable depuis le 1/1/2017 et n'entre donc pas en compte pour la période considérée.

Il ressort de cette publication que le profil ne tient pas compte des produits originaux dont le prix est baissé au niveau du prix du générique, médicaments pour lesquels le système du remboursement de référence est d'application. Ce qui change déjà très fortement le résultat.

L'étude semble tenir compte des prix au moment où l'étude est réalisée et non au moment de la période considérée. La mouvance des prix est extraordinaire et le statut d'un médicament se modifie très régulièrement. Il est difficile de suivre ces évolutions, surtout en ce qui concerne les traitements chroniques.

Mais le plus important est évidemment l'objectif des 60% à atteindre sur l'ensemble des médicaments remboursés. Cette mission est impossible.

Prenons l'exemple concret d'un profil : Docteur X prescrit 53.838 DDD dans les 20 molécules les plus courantes, et seulement 26.328 sont des "bon marché"' soit 48,9%. Si le docteur X avait prescrit 100% de "bon marché", là où c'est possible, il aurait prescrit 31.606 DDD (au lieu de 26.328 DDD) soit 58,70%. Donc impossible d'atteindre les 60%.

Pour l'acide acétylsalicylique qui était un médicament "bon marché" au moment de la période considérée mais qui n'était pas considéré comme "bon marché", la prescription de Docteur X est de 10.593 DDD soit déjà 19 ,67% qui sorte d'office du profil. A cela, on peut ajouter la lévothyroxine sodique qui est aussi un produit "bon marché" mais pas considéré comme tel, il en prescrit 3.178 DDD soit 5.9%. Donc avec ces 2 molécules seulement, Docteur X a déjà prescrit plus de 25% de médicaments non "bon marché".

La logique et l'honnêteté voudraient que ces médicaments tellement peu onéreux, de même les médicaments non substituables (p.ex. Coruno®, Burinex®) n'entrent pas dans le résultat du profil.

Finalement, l'Absym est d'avis que pour encourager les médecins à prescrire correctement en tenant compte des "bon marché" les règles devraient être adaptées comme suit :

Les médecins généralistes doivent prescrire X% de médicaments "bon marché" dans les molécules où ce type de médicament "bon marché" existe déjà.

Parvenir à prescrire davantage bon marché devient progressivement une impossibilité, les courbes des prescriptions s'approchant déjà de manière asymptotique du réalisable, sauf en utilisant des biefs que la morale scientifique réprouverait.

En savoir plus sur: