Dr Christian Delcour
Opinion

14/03/18 à 09:33 - Mise à jour à 09:39

Mammographie : ne pas dire n'importe quoi

Je souhaite informer sereinement sur la problématique du dépistage du cancer du sein par mammographie dont on vient de parler et écrire dans tous les sens et n'importe quoi.

Mammographie : ne pas dire n'importe quoi

"Pour avoir un impact sur la santé publique il faut que plus de 75% de la population cible (femmes asymptomatiques de 50 à 69 ans) soit examinée." © AFP

Je souhaite informer sereinement sur la problématique du dépistage du cancer du sein par mammographie dont on vient de parler et écrire dans tous les sens et n'importe quoi.

Le dépistage par définition ne s'adresse qu'aux femmes qui n'ont aucun symptôme.

Il y a de nombreuses années, un dépistage a été organisé en Belgique (auquel Onkelinx et Fonck ont été impliquées) sous le terme de mammotest.

Celui-ci consiste à réaliser une fois tous les deux ans un examen mammographique chez les dames de 50 à 69 ans.

Participation très faible

Ce dépistage est entièrement pris en charge par l'Inami .Ces examens sont lus par un radiologue certifié puis envoyé (en Wallonie) au CCREF (Centre communautaire de référence pour le dépistage des cancers) où un groupe de radiologues deuxième lecteurs agréés relisent les examens.

Ce type de dépistage correspond au dépistage qui est réalisé dans de nombreux pays

Au Grand-Duché le site du gouvernement l'explique très clairement (http://www.sante.public.lu/fr/maladies/zone-corps/poitrine/cancer-sein-DOSSIER/index.html)

Le vrai problème réside dans le fait d'une participation très faible en Wallonie à ce type de dépistage.

Or pour avoir un impact sur la santé publique il faut que plus de 75% de la population cible (femmes asymptomatiques de 50 à 69 ans) soit examinée.

Quel est ce pourcentage en Wallonie : inférieur à 15%, c'est là le vrai problème

Il faut absolument informer et mobiliser la population pour se faire dépister systématiquement.

En Flandre la participation est bien plus importante (mais encore loin des 75%).

On ne peut entrer dans un débat communautaire quand il s'agit de santé publique

Le nouveau mode de remboursement des examens de mammographie n'empêche en rien le dépistage , il s'agit de désinformation totale.

La cancer du sein touche une femme sur 9, dont la majorité seront guéries après traitement (9.000 cas par an). Donc 8 femmes sur 9 n'auront rien !

Dans certains centres, une mammographie est réalisée chaque année chez des femmes asymptomatiques. Il n'est en rien prouvé qu'une fréquence annuelle est meilleure que la bisannuelle du programme de dépistage. Par ailleurs dans ce dépistage individuel il n'y a pas de double lecture par un radiologue agréé pour ce faire, ni aucune centralisation des résultats et une pratique de l'échographie systématique. Ceci a un coût non justifiable pour la société.

La situation actuelle permet donc qu'un cabinet privé fasse du " dépistage " annuel en coûtant (au bénéfice financier de qui...) beaucoup plus du double d'un programme national de dépistage-mammotest.

Les dépistages de masse ont des défauts mais restent jusqu'à présent la meilleure solution.

Femmes à haut risque

L'enjeu est de pouvoir un jour proposer un dépistage uniquement aux femmes qui ont un risque particulier de développer un cancer du sein dont les facteurs favorisants sont multiples et encore mal connus : obésité, tabac, sédentarité, traitements hormonaux, seins denses, âge, mutation génétique, facteurs familiaux...

La nouvelle nomenclature a introduit pour cela la notion de femmes à hauts risques.

Pour les risques intermédiaires il n'y a aucune recommandations scientifiques et le mammotest est une solution efficace de santé publique

Une femme qui a des symptômes , quel que soit son âge, ira consulter un gynécologue qui l'examinera et l'enverra faire un examen d'imagerie approprié qui est toujours remboursé dans cette nouvelle nomenclature.

Mais on ne peut justifier scientifiquement et encore moins économiquement d'avoir un recours systématique annuel à la mammographie plus échographie chez des femmes qui n'ont aucun symptôme.

Il est dommage que la Société belge de radiologie n'ait pas été interrogée.

Enfin il est assez paradoxal de voir le battage médiatique fait autour de ce sujet qui touche 9.000 cas par an (dont une grande partie vont heureusement guérir) et l'absence de réaction face à la problématique de l'AVC qui touchent 19.000 belges par an.