Les hôpitaux acculés

19/04/18 à 23:30 - Mise à jour à 14:59

La mutualité socialiste, rôle flamand, a donné conseil à ses membres de ne pas payer les frais d'administration ou les coûts de facturation complémentaires (frais de dossier) que les hôpitaux ou les laboratoires facturent aux patients. On parle de 2.700 factures " douteuses " pour un montant de 275.000 euros... Mais le problème du refinancement des hôpitaux par des voies " parallèles " est une question complexe. Réaction salutaire ou démagogie? Trois hôpitaux francophones (CHR Namur. Chirec et Cliniques Saint-Luc) répondent.

Les hôpitaux acculés

" Pendant des années, les pansements actifs étaient remboursés, puis ils ont fait partie du Budget des moyens financiers (BMF). Plus récemment, on a supprimé cette ligne du BMF, cela reste à charge des hôpitaux, sauf en ambulatoire. " © Belga Image

Les frais de dossier demandés par certains hôpitaux flamands concernent le plus souvent de faibles montants. Cela va de quelques euros à 25 euros.

La mutualité socialiste a toutefois récupéré de plus hauts montants pour ses membres. Il s'agit de suppléments d'honoraires indus selon elle. Un patient a ainsi reçu une facture de 6.000 euros de suppléments d'honoraires pour une prise en charge aux soins intensifs.

Confusion ? Les MS font savoir que les laboratoires cliniques sont souvent "créatifs" au sujet de la différence entre les médecins conventionnés et déconventionnés - ainsi pour certains tests relevant pourtant de forfaits pour lesquels un supplément est quand même demandé. L'organisme assureur se plaint d'un manque de transparence. La mutuelle conseille à ses membres, en cas de doute, de faire analyser la facture par ses services et de ne pas payer. Ces frais ne peuvent, selon les MS, pas être facturés, en vertu de la loi-Inami.

Le Nieuwsblad qui sort l'information a posé la question à Paul D'Otreppe, président de l'Association belge des directeurs d'hôpitaux. Celui-ci précise n'avoir pas connaissance de telles pratiques mais reconnaît " que ce n'est pas normal ".

Au Chirec, " uniquement des suppléments d'honoraires "

Bruno Lefébure, directeur général administratif et financier du Chirec, souligne qu'il ne s'amuse pas avec des frais administratifs. " Nous ne faisons que des suppléments d'honoraires. On me parle des labos de biologie. On est entré dans une communication démagogique. C'est de la désinformation complète de la population. Le secteur est en difficulté financière. Faire des économies en rabotant toute une série de choses, en n'indexant pas les honoraires médicaux, c'est intenable pour les institutions hospitalières. 'On veut être absolument dans le peloton de tête des soins de santé européens. Et les hôpitaux sont mal gérés.' Voilà ce qu'on entend. C'est un dogme, totalement faux. Regardez les études internationales. La Belgique est dans le top qualité dans l'UE, pas plus chère que l'Allemagne et la France à qualité comparable. Si on dit qu'il faut facturer le prix de certains pays à bas coûts alors on prend le risque d'avoir la qualité de service de ces pays à bas coût. Si l'Etat paie une Lada et que l'hôpital offre une BMW, le patient paie la différence avec des frais et des suppléments. "

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Il vaut mieux un hôpital avec une bonne médecine et peu transparent qu'un hôpital hyper-transparent mais avec des soins de qualité médiocre.

Pour Lefébure, le point crucial, c'est le personnel qu'on ne peut pas remplacer par des robots, contrairement à ce que certains espèrent, " Un jour, vous verrez que le personnel soignant en Belgique sera moins nombreux qu'en France ou qu'en Allemagne, que les médecins seront moins nombreux. Or on continue à taper sur le secteur. Il va vous dire merde et cela va casser. Je crois que ces hôpitaux qu'on dénonce tentent de trouver des bouts de ficelle. Un moment donné, il faut faire un choix de société. C'est le vrai débat. Des études comme celle du Pr Portella (ndlr : sa dernière étude sur la Belgique comparée à d'autres pays européens, lire Jdm n°2534 du 23 mars 2018) le démontrent. La Belgique ne dérape pas au niveau des coûts. "

" On cherche des poux aux hôpitaux "

M. Lefébure se plaint qu'on cherche des poux aux hôpitaux. "Regardez comme ces hôpitaux et ces médecins sont méchants ! Voilà ce qu'on entend. Si on continue comme ça, ça va péter en Belgique ! Il faut fermer sa gueule. Si vous voulez des subsides pour vos bâtiments, alors ne titillez pas trop les politiques. Moi mon hôpital est terminé, donc je me lâche. Cela devient de la démagogie. On parle de 3 ou 5 euros ! Cet argent ce n'est pas utilisé pour distribuer des dividendes. Les hôpitaux sont des asbl donc c'est pour se refinancer. Mais j'admets que les suppléments d'honoraires sont plus clairs toutefois que des frais administratifs. "

Au CHR de Namur, Pascal Mertens, le CEO, a relu dans le Nieuwsblad les reproches de Paul Callewaert. Le CHR de Namur partage le constat de M. Lefébure sur la manière dont les choses sont présentées très en défaveur des hôpitaux, ceux-ci étant toujours plus sous-financés... Cependant, " aucun hôpital ne souhaite entrer dans l'illégalité. Les frais de dossiers, cela n'existe pas. Je n'ai jamais entendu une chose pareille. Les hôpitaux néerlandophones ne fonctionnent pas toujours de la même manière. On est plus dans la logique industrielle en Flandre. "

" Ce que nous faisons, par contre, c'est facturer une petite amende si le patient ne se présente pas un rendezvous sans prévenir au moins 24 heures à l'avance. Les patients du CHR sont toutefois avertis notamment sur notre site internet de cette possibilité. Nous avons par ailleurs mis en place un système de rappel de rendezvous par texto. L'amende varie de 15 euros à Namur à 8 euros à Auvelais. Nous avons dû nous y résoudre car parfois six patients sur les dix annoncés ne se présentaient pas à la consultation. "

Suppléments: indispensables

Quant aux suppléments, c'est tout à fait normal. " Sans les suppléments, les hôpitaux fermeraient leur porte. La marge moyenne est de 1 %. Sinon, notre marge d'exploitation est dans le rouge. Il n'est pas acceptable que les patients, en fonction du type de chambres, soient soignés différemment. Par contre, prélever des suppléments, cela doit être transparent contrairement à des frais insidieusement ajoutés à la facture. 5-10 euros à chaque fois, cela fait vite une somme considérable. "

Par définition, estime Pascal Mertens, le patient doit savoir à quelle sauce il est mangé. Mais, souligne-t-il, " il vaut mieux un hôpital avec une bonne médecine et peu transparent qu'un hôpital hypertransparent mais avec des soins de qualité médiocre. "

Dans nos éditions papier : la réaction des Cliniques Saint-Luc.