Xavier Brenez
Xavier Brenez
Directeur général de l'Union nationale des mutualités libres
Opinion

15/03/17 à 09:17 - Mise à jour à 09:18

Le rôle de coach-santé, une révolution pour la profession de pharmacien

Glissement paradigmatique au sein de la première ligne en Flandre, réforme de l'" Arrêté 78 " qui redessine le partage des compétences en soins de santé... : le secteur de la santé est en pleine évolution. Parmi toutes ces réformes, la mutation du rôle du pharmacien attire aussi l'attention. Il ressort d'une récente enquête du journal " Le Pharmacien " que les pharmaciens sont de plus en plus nombreux à souhaiter tenir le rôle de "coach-santé ". Une tendance présente aussi dans les pays voisins.

Le rôle de coach-santé, une révolution pour la profession de pharmacien

© © Monkey Business Images Ltd

Ce souhait a reçu un bon accueil auprès de la ministre Maggie De Block. Elle a conclu avec les pharmaciens un "cadre pluriannuel" qui définit les lignes directrices de leur nouveau rôle. Des soins pharmaceutiques de qualité et personnalisés, un rôle de "coaching" en matière de consommation des médicaments, le renvoi des patients avec des problèmes de santé vers les soins adaptés, la prévention et le dépistage précoce des maladies (chroniques) : voilà quelques points forts du pacte pour lesquels le pharmacien possède tous les atouts en main. Il est en effet considéré comme l'un des prestataires de soins les plus accessibles, à la fois expert en médicaments et personne de confiance du patient. L'objectif est notamment d'organiser davantage en officine des entretiens d'accompagnement pour encourager le bon usage des médicaments. De nombreux progrès restent en effet encore à produire dans ce domaine.

Les Mutualités Libres se réjouissent d'une telle évolution vers des soins transversaux et intégrés, mais un immense fossé sépare encore la théorie de la pratique. Par exemple, la collaboration entre les différents prestataires de soins est au coeur de cette évolution. Pas seulement entre les pharmaciens eux-mêmes mais entre les différents groupes professionnels. Et c'est justement là que le bât blesse actuellement. Ces dernières semaines, beaucoup d'encre a coulé sur l'alignement des tâches entre médecin et pharmacien. Pensez par exemple au tout récent débat sur les autotests en pharmacie, pour lesquels les reproches d'exercice illégal de la médecine et de corporatisme ont fusé. Alors que la multidisciplinarité et la concertation sont essentielles pour un meilleur accompagnement du patient.

Le déploiement de nouveaux services dans les pharmacies peut aussi soulever de nombreuses questions pratiques. Disposent-elles de l'infrastructure nécessaire pour mener un entretien confidentiel avec le consommateur? Les pharmaciens sont-ils suffisamment formés et encadrés pour garantir des échanges de qualité ? Leur motivation et leur engagement sont-ils suffisants pour s'investir pleinement dans cette nouvelle façon de travailler ? Les leçons tirées du passé nous enseignent que le changement est voué à l'échec s'il ne s'appuie pas sur un engagement solide.

Cet accord signifie unerévolution pour la profession des pharmaciens. C'est une première étape vers la reconnaissance de leur rôle de prestataire de soins de la première ligne, ce que la profession réclame depuis longtemps. C'est aussi un changement qui s'inscrit dans la nouvelle vision des soins de santé. Il est temps à présent de passer de la théorie à la pratique et de changer de mentalité, loin de l'image du pharmacien considéré comme un commerçant motivé par l'appât du gain, s'estimant victime de la politique actuelle en matière de médicaments. Nous devons démontrer, chiffres à l'appui, que les investissements dans cette nouvelle vision portent aussi leurs fruits : un patient qui prend sa santé en main, avec l'aide des pharmaciens et des autres prestataire de soins. C'est de cette façon que nous atteindrons notre objectif à long terme : un patient bien accompagné et en bonne santé !