Le manque de soins aux illégaux pose un problème de santé publique

02/03/17 à 09:25 - Mise à jour à 11:22

En Flandre, les organisations humanitaires tirent la sonnette d'alarme : au moins 200.000 patients, illégaux, réfugiés, sans domicile fixe, public précaire, n'ont pas accès aux soins de santé. Ils souffrent de maladies parfois contagieuses, comme la tuberculose, la méningite et la rougeole, et constituent un risque de santé publique. Le recours aux ONG et associations humanitaires finit par entretenir ce système de non-assistance.

Le manque de soins aux illégaux pose un problème de santé publique

© BELGAIMAGE

Ann Peuteman, journaliste à Knack, a enquêté sur ces patients qui, faute de soins médicaux appropriés, ont recours aux ONG. Tel cet homme atteint de tuberculose qui s'est présenté à l'accueil des SDF à Ostende et qui a miraculeusement obtenu une consultation auprès du généraliste de garde. "Sinon il aurait pu contaminer des dizaines de personnes", raconte Tine Wyns, directeur du Centrum voor Algemeen Welzijn. A d'autres moments, ce sont des sans-papiers souffrant de rougeole ou de méningite qui viennent des camps de réfugiés de Calais ou Dunquerque, qui ne reçoivent pas les soins adéquats.

En principe, toute personne vivant sur le sol belge a droit à des soins de santé mais cela ne veut pas dire que tout le monde se fait soigner. Des personnes sans domicile fixe (Roms, sans-abris, réfugiés) ont parfois du mal à se rendre au cabinet médical, pointe Stéphane Heymans, directeur opérationnel de Médecins du monde. Le système de remboursement des frais médicaux des demandeurs d'asile est trop procédurier et ne convient pas à des médecins qui n'en ont pas l'habitude. Les règles diffèrent d'un endroit à l'autre, d'un CPAS à l'autre. Le médecin généraliste n'a pas non plus toujours envie que ces personnes se mêlent à sa patientèle habituelle, car il craint de perdre des clients.

Soins d'urgence

Les demandeurs d'asile déboutés et les illégaux n'ont, eux, droit qu'aux soins d'urgence. En cas d'opération chirurgicale, ils doivent souvent quitter l'hôpital le lendemain de l'intervention. Ils se débrouillent avec leur plâtre en cas de fracture. Certains expulsables craignent de se rendre chez le médecin et d'être repérés par les autorités. Dans les maisons médicales, c'est plus facile, sauf que la médecine générale qu'on y pratique n'est pas toujours de taille à affronter des multipathologies. Certains médecins bricolent en prescrivant pour un ami ou un voisin à des patients qui n'ont pas droit au remboursement de l'assurance-maladie.

On relève aussi des comportements culturels très éloignés, ou des réfugiés qui se présentent en pharmacie pour échanger des médicaments contre de l'argent.

Certains villes comme Ostende ont monté des équipes mobiles de vaccination mais ne l'ébruitent pas de peur d'attirer encore davantage de public vulnérable.

Ces patients se tournent vers des ONG ou des associations de secours catholique. Mais ces solutions de rechange finissent par entretenir le système de santé déficient à leur endroit.

Cela pose un grand problème de santé publique : ces patients doivent être soignés et vaccinés car ils sont contagieux.

Pour le Dr Dirk Lafaut, médecin généraliste doctorant à la VUB, interrogé par Knack"les soins de santé deviennent de plus en plus une faveur et non un droit. Il y a longtemps, la charité en matière de soins de santé était destinée aux petits enfants africains au ventre gonflé, mais à présent elle revient dans nos villes."

Mediprima pour les MG en juin prochain

Alter Echos, dans son numéro du 6 février, fait état du système Mediprima, qui vise à fluidifier les facturations entre CPAS, hôpitaux et Intégration sociale. Marinette Mormont explique que Mediprima "permet la gestion électronique des décisions de prise en charge des aides médicales par les CPAS de l'ouverture du droit par le CPAS à la facturation par le prestataire de soins qui veut se faire rembourser par l'Etat". Le système encode l'ensemble du cycle de décisions d'aide. Seuls les hôpitaux y participent pour le moment. Côté malades, sont concernés les demandeurs d'asile, les 9ter (régularisation médiale) et les personnes en situation irrégulière qui ont droit seulement aux soins d'urgence. Les médecins se font rembourser en 7 jours grâce à ce système mis en place en mai 2014. Il est obligatoire pour les hôpitaux qui sont immédiatement remboursés par la Caami (Caisse auxilliaire d'assurance maladie).

En juin 2017, les médecins généralistes entreront dans le système.

Mediprima aurait toutefois des dommages collatéraux : accélérer l'exclusion de soins par la simplification informatique et réduire les options thérapeutiques et le choix des patients.

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