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jdM: Vous êtes depuis quelques années Président de Médecins du Monde (MDM), c'est un peu le même combat que celui de mai 68 qui continue ?Michel Roland: Il y a de plus en plus d'inégalités sociales. Nous nous étions pas trompés à ce sujet non plus. Elles augmentent partout et ces inégalités sociales conditionnent les inégalités de santé. L'accès aux soins est de plus en plus difficile, on restreint les droits. Ce n'est plus un droit absolu inconditionné pour lequel on s'est battu.MDM ouvre parfois des antennes de rescousse. On est un peu comme des rustines d'un système qui dysfonctionne. Ce que nous faisons durant nos consultations, c'est normalement le système de soins qui devrait le faire. S'il y avait une véritable couverture de santé universelle, une des revendications de l'ONE, de l'Unicef, et même de l'Union Européenne, cela n'arriverait pas, mais l'accès aux soins diminue partout.Garantir la couverture de santé universelle c'est mettre en application un des principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme : on a le droit à la santé, aux soins. Si c'est universel, c'est inconditionnel au niveau de la qualité et tout le monde y aurait droit. C'est un droit humain , qui selon des études économiques, coûterait même moins cher que le système qu'on a actuellement. Soigner tout le monde dès le stade précoce coûterait finalement moins cher qu'attendre l'accident critique.Pour un médecin ou un soignant, ces enjeux sont très évidents. Nous avons une parole très forte aussi. L'équité était le principe de la sécurité sociale d'après-guerre, à chacun selon ses besoins et ses moyens. Et parallèlement, il y avait la création des assurances individuelles.Je suis pour une société plus humaine, plus solidaire. Actuellement, au niveau de la santé, on va vers une voie plus néolibérale, mais je suis certain qu'il y aura un retour de balancier quand on se rendra compte des conséquences très concrètes sur la santé des gens. Jusqu'où va-t-on aller ? idem pour la migration, je ne dis pas qu'il faut ouvrir toutes grandes les frontières et dire que tout le monde peut venir, mais tant qu'on continue de cette façon, la situation ne va pas s'arranger... C'était déjà cela en 68 avec les objecteurs de conscience qui partaient faire de l'humanitaire et de la coopération. Ils dénonçaient une exploitation dans le Sud. Elle continue aujourd'hui sous d'autres formes.