Dr Paul De Munck
Dr Paul De Munck
président du GBO (Cartel)
Opinion

25/06/18 à 01:00 - Mise à jour à 21/06/18 à 14:05

Le GBO-Cartel revendique un arbitrage

Les généralistes de terrain posent des constats coups de poing. À Charleroi, par exemple, ils notent que leurs effectifs se réduisant, ils peinent à absorber les demandes en soins et refusent les nouveaux patients, qui se replient sur les urgences jusqu'à saturation. À Bruxelles, dans un récent " Livre noir de la santé mentale ", ils font observer qu'ils sont le déversoir de toutes les souffrances psychiques, de par le sousfinancement structurel de la première ligne de soins en santé mentale.

Le GBO-Cartel revendique un arbitrage

© VICTOR DE SCHWANBERG/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Ces constats sont désolants, et nous réaffirmons la démarche obstinée du GBO pour y remédier.

Notre système de soins a augmenté ses dépenses, son personnel, sa diversité... dans un modèle mal structuré où les dysfonctionnements sont nombreux et où, trop souvent, la marchandisation organise la réponse à une demande urgente en fonction du supplément tarifaire et pas assez de la nécessité vitale.

L'État n'est pas parvenu à développer une réelle politique de santé. La régulation étatique, qui devrait soutenir l'intérêt général, se réduit malheureusement à une gestion bureaucratique des moyens, avec toutes les dérives bien connues, cadenassant la pratique au quotidien : prescriptions sous contrainte, référence organisée quasi systématique à la médecine spécialisée...

On a bien sûr augmenté l'accessibilité aux soins, en particulier pour les plus démunis. Mais l'inégalité sociale et géographique face aux maladies n'a pas changé. La malbouffe prend une allure de catastrophe, les détresses psychologiques et sociales explosent, la désinsertion sociale des vieux s'aggrave...

Le Pr B. Starfield a démontré qu'un système de soins basé sur une première ligne forte se trouve directement lié à de faibles coûts, un sentiment de satisfaction accru de la population, une meilleure qualité des soins, un usage plus modéré des médicaments, un taux inférieur d'interventions superflues. Or, en Belgique, un patient diabétique sur deux s'ignore. Les patients se sentent mal écoutés. Le budget des médicaments explose. Un MG sur deux est en risque de burn-out. Le terrain des soins primaires est envahi par les lobbies hospitaliers, avec une évidente conjonction d'intérêts économiques entre les directions et l'industrie pharmaceutique. Les hôpitaux lancent des constructions pharaoniques, pendant qu'il y a toujours trop peu pour les infrastructures de soins primaires.

La MG est financièrement défavorisée

Comment expliquer cette piètre adéquation du système aux besoins de la population et d'une partie des prestataires ?

Rien de décisif n'est entrepris pour contrer la pénurie de MG, qui profite à la médecine spécialisée.

L'apprentissage aux soins primaires est condamné à l'indigence : le financement des CUMG et de la SSMG est insuffisant.

La médecine générale est financièrement défavorisée par une médico-mut qui a choisi, pendant de trop longues années, d'investir préférentiellement dans la médecine technique, spécialisée, qu'elle propulse en première ligne et au hit-parade de l'offre de soins. De facto, les missions des MG apparaissent subalternes : soins de dépannage, tâches administratives, médecine de pauvres...

Quels sont les enjeux à l'avenir ?

Il faut trouver un équilibre entre les revendications de chaque ligne par un arbitrage entre la reconnaissance financière des actes intellectuels et celle de la technicité, entre la place organisationnelle des spécialistes et celle des généralistes.

Cet objectif nécessite une refonte totale du fonctionnement de la médico-mut, pour qu'elle devienne un réel outil de politique de santé et non un lieu d'entérinement des positions des groupes professionnels les plus puissants.

Il faut également garantir la plus-value des soins primaires en santé publique, dans les démarches curatives, préventives, palliatives et d'éducation à la santé... en leur donnant une réelle reconnaissance structurelle et financière.

Il faut trouver, comme dans le dossier des postes de garde, un équilibre entre les revendications de la profession, attachée à ses libertés et son autonomie, et les impératifs d'ordre économique et de santé publique de l'État.

Parce que si notre travail de syndicaliste impose de lutter contre les actuels excès de la régulation étatique bureaucratique et purement économique, nous devons aussi réduire les excès de la dérégulation déstructurant le système de santé et diminuant l'efficience même des soins.

L'arbitrage que le GBO revendique doit être pensé et organisé en collaboration avec tous les prestataires de soins. Cet appel a déjà été entendu par nos confrères spécialistes du MoDeS et de l'ASGB, nos partenaires au sein du Cartel.

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