Dr Roland Lemye
Dr Roland Lemye
Past-president Absym
Opinion

06/06/17 à 01:00 - Mise à jour à 13:31

La fin des accords ? (6 et fin) : comment sauver le système

Le Dr Roland Lemye termine son voyage historique au coeur du système des accords médico-muts. Après s'être demandé s'il y avait une alternative aux accords médico-muts, il revient sur la manière pour le moins cavalière avec laquelle on a lancé dans l'arène l'AADM (Alliance des médecins, émanation de Domus Medica) et balise un certain nombre de solutions pour sauver notre système social.

Nos adversaires ont réussi à balkaniser la représentation médicale en particulier pour affaiblir l'Absym au profit d'amis politiques ou de gens inexpérimentés.

Cette situation ne peut pas durer. Lors de l'arrivée de l'AADM, il fût reconnu comme syndicat médical répondant aux critères de représentativité. C'était manifestement faux et, il fallait être de mauvaise foi pour les reconnaître ; ce qu'ont fait les juristes de l'INAMI sous l'impulsion sans doute du Dr De Ridder, ami de Domus Medica.

Cette manoeuvre introduisant une balkanisation, un affaiblissement des syndicats traditionnels en particulier l'ABSyM et affaiblissait ainsi le banc médical.

La loi stipule que pour être syndicat représentatif, il faut avoir un montant minimum de cotisations (encore faut-il qu'elles soient destinées à la défense professionnelle), un minimum de membres (jusque-là, tout va bien) mais aussi siéger dans deux région du pays (il n'est donc pas nécessaire de représenter les deux communautés et la communauté francophone est aussi lésée). Enfin, il faut assurer la défense aussi bien des médecins spécialistes que des médecins généralistes ; ce qui n'est manifestement pas le cas !

L'arrivé de Domus Medica était de la part de l'INAMI une tricherie mettant en cause la parité N/S du banc médical à la Médico-Mut.

Cette arrivée remettait aussi en cause la division des tâches, la Formation médicale continue étant réservée aux sociétés scientifiques et aux universités, l'organisation des gardes aux associations de MG et la défense professionnelle aux syndicats.

On peut concevoir les choses autrement à condition que cela fasse partie d'un consensus.

Toujours est-il que l'AADM apparaît quelques semaines avant les élections ne permettant d'autres actions qu'en référé avec peu de chance de succès du fait du préjudice important que cela leur aurait causé alors que le fond n'était pas réglé.

Les prochaines élections se profilent à l'horizon. Les choses doivent être réglées soit avec AADM, soit avec l'arrêté contenant les critères. Une lettre répétée à Mme De Block est restée sans réponse. C'est volontairement que le problème a été créé - pourquoi leur promoteurs feraient, ne fut-ce que semblant, de vouloir arranger les choses.

Vous comprendrez qu'il est plus que temps de sauver la situation. Il n'existe pas d'endroit au monde où le corps médical soit aussi divisé. Est-il concevable qu'une organisation médicale de médecins généralistes soit l'ennemi d'une organisation médicale de médecins spécialistes et aille jusqu'à demander à nos adversaires politiques de venir régler nos problèmes sans se rendre compte qu'ils viendront surtout occuper la place.

Refaire l'unité du corps social

Est-il possible que les MG puissent s'entendre préférentiellement avec les autres prestataires de soins (kinés, infirmières, psychologues, balayeurs - Oh pardon ! techniciens de surface) plutôt qu'avec leurs collègues spécialistes. Leur statut ne sera pas celui de spécialiste en MG mais celui d'acteur de soins primaires au même titre que les autres acteurs. Après cela, ils joueront les "Calimeros".

Une seule voie possible : refaire l'unité du corps médical. Il ne s'agit pas de tous penser la même chose, on peut départementaliser et ce faisant rendre l'association plus efficace. Mais, de grâce, pour faire face aux mutuelles, unissons-nous, quitte à intérioriser un nécessaire débat.

En Europe, les associations médicales sont aussi différentes l'une de l'autre qu'elles le sont en Belgique. On parvient néanmoins à se mettre d'accord et à exprimer des avis mais il faut une volonté pour cela. Il faut que les petits barons acceptent de jouer dans une partie plus grande sans nécessairement être les premiers.

Il faut combler les fossés entre générations. Il faut s'attaquer à tous les problèmes et pas seulement à ceux qui apparaissent importants à certains.

Nous avons besoin de toutes les forces vives. Nous en avons peu surtout parce que nous sommes dispersés. Alors, rassemblons-nous, suscitons l'enthousiasme, discutons entre nous de ce qui nous sépare et trouvons des solutions avant de nous exprimer vers l'extérieur.

Mais, que peut-on encore sauver ?

Sur le plan conceptuel, il existe une grande différence de philosophie entre les organismes assureurs (et dans une moindre mesure, les partis politiques) et nous au sujet de l'accessibilité.

Accessibilité n'est pas gratuité

Les organismes assureurs estiment qu'accessibilité rime avec gratuité. Pour notre part, nous estimons que l'accessibilité est la possibilité de recevoir n'importe quel soin pourvu qu'il soit nécessaire indépendamment de la capacité financière du patient. Accessibilité et gratuité ne sont pas synonymes. Bien au contraire, la gratuité est un obstacle à l'accessibilité, la gratuité entraîne une dévalorisation des services rendus, une surconsommation voir un gaspillage qui entraîne des dépenses inutiles et qui prive donc l'assurance de moyens pour financer des soins plus coûteux mais nécessaires.

L'obligation qui est faite au prestataire d'utiliser le tiers payant (TP) procède de la même vision et ne peut avoir que les mêmes conséquences.

Plus il y aura de dépenses inutiles, moins les soins coûteux même indispensables, seront accessibles. Le rationnement en Belgique, je l'ai dit, est implicite mais pour mieux le masquer, les autorités quelles qu'elles soient, se servent du principe selon lequel ce qui n'est pas accessible à tout le monde ne doit l'être à personne. C'est pourquoi, il n'existe pas de médecine privée en Belgique même si on désigne nominalement ainsi des établissements qui, pourtant, sont astreints aux mêmes règles que les autres si pas à des contraintes supplémentaires.

Ce sont là des voies sans issue qui ne favorisent ni les patients, ni les développements médicaux, ni l'économie. Ceux qui essaient de sortir du moule sont montrés du doigt et subissent toutes les entraves possibles et imaginables.

Des solutions

Comment sortir de l'impasse ?

Il est clair que personne ne veut voir imploser le système de sécurité sociale mais, il est tout aussi clair que les budgets arriveront d'autant moins à couvrir les futurs besoins qu'ils sont soumis à une maîtrise de plus en plus drastique.

Que pouvons-nous proposer ?

Acceptons une quasi gratuité pour assurer les soins (tous les soins) des plus faibles; ceux qui n'ont que de bas revenus et ceux qui ont besoin de beaucoup de soins - environ un tiers de la population - sur base de tarifs sociaux et même de TP.

Pour les revenus moyens, l'accord serait libre mais pour ceux qui l'acceptent, il serait basé sur des tarifs négociés mais davantage en relation avec la valeur de l'acte posé. Cela concernerait un second tiers de la population.

Enfin, pour le tiers de la population à revenus plus élevés, les tarifs seraient libres dans les limités de la déontologie. La base de remboursement serait la même et le supplément couvert par des assurances privées.

Il ne s'agit pas là d'enrichir les médecins mais de faire sortir les soins de santé d'un poste répertorié comme une dépense pour devenir un secteur économique productif comme un autre, de favoriser les progrès de la médecine et d'assurer l'accès à chacun à une médecine de pointe quel que soit son revenu.

Voilà ce que je souhaite. Pour la société, il est temps !

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