07/04/17 à 00:30 - Mise à jour à 04/04/17 à 14:05

Il était une fois, l'examen d'entrée et la médiocrité de nos politiques

La semaine dernière, au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a été voté le décret relatif à l'instauration d'un examen d'entrée majorité contre opposition, et ce, malgré que ce projet fût un projet initialement défendu par le MR. Le vote de cet examen d'entrée, c'est surtout l'aboutissement d'un jeu politique malsain vraisemblablement dicté et piloté par la N-VA (et l'OpenVLD) contre le Parti Socialiste, avec la complicité de leurs collaborateurs du MR, le tout gentiment porté en FWB par l'aile droite du CDH, un parti s'auto-définissant comme humaniste.

Il était une fois, l'examen d'entrée et la médiocrité de nos politiques

© BELGA

Par cette passe d'arme entre le fédéral et les entités fédérées, nous vivons avant tout l'instrumentalisation d'un dossier important à des fins politiques. Quel ignorant, à l'heure d'aujourd'hui, pourrait encore croire que le Fédéral a tant fait pression sur Marcourt et la FWB pour obtenir des retombées positives en matière d'accès à l'enseignement et aux soins de santé? Concrètement, quelles pourraient être les conséquences de cet examen d'entrée pour nos jeunes et pour la population ?

Premièrement, il semble important de rappeler que l'examen d'entrée est, de loin, le système de sélection le plus contesté et contestable. Une importante littérature scientifique existe sur le sujet et a démontré dans maintes et maintes études qu'il était impossible, à l'entrée, de prédire qui allait réussir ou non ses études. Pire, un examen d'entrée qui place un haut niveau de connaissances scientifiques comme indispensable pour l'entrée à l'Université est connu pour favoriser les individus les plus déficients sur le plan humain... N'importe quel universitaire est censé s'en rappeler, la réussite à l'Université, c'est avant tout la capacité de s'adapter à un nouvel environnement et de développer des stratégies de réussite pour espérer progresser tout au long d'un cursus qui verra comme aboutissement final l'obtention d'un diplôme et, dans le cas de la médecine, d'un emploi. Dès lors, en présupposant que les politiques dotés d'un diplôme de l'enseignement supérieur n'aient pas été frappés, subitement, d'amnésie rétrograde, nous sommes en droit de nous poser la question: pourquoi valident-ils un tel système darwinien considérant l'étudiant de 18 ans comme apte ou inapte à la réussite sans réellement lui avoir permis de démontrer ses capacités d'adaptation ? La réponse à cette question, elle se trouve probablement, d'une part, dans l'incontestable besoin politique maladif d'instrumentaliser n'importe quel sujet contre les opposants politiques (système de majorité contre opposition), et, d'autre part, dans une certaine vision eugénique du jeune et de la société.

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L'examen d'entrée est, de loin, le système de sélection le plus contesté et contestable.

Deuxièmement, en admettant appliquer les conséquences du système fédéral de numerus clausus, pourquoi s'entêter à utiliser un système de sélection qui favorisera avant tout de futurs médecins incapables de comprendre un patient, de faire preuve d'empathie et de communiquer avec ce dernier ? Si par des décisions politiques boiteuses, souvent soutenues par les syndicats médicaux les plus conservateurs, nous avons décidé de limiter drastiquement le nombre de médecins, il conviendrait peut être de s'atteler à fournir à la société des médecins de qualité tant sur le plan scientifique médical (ou technique, tous les deux pouvant s'acquérir au cours des études) que sur le plan humain et empathique. C'est évident, ce n'est pas en éliminant de ex-futurs médecins sur base de l'échec à un examen de sciences de base, qu'on parviendra à tirer notre population de futurs médecins vers le haut.

Troisièmement, le choix que nos politiques ont opéré sur l'avenir de milliers de jeunes ex-futurs médecins n'aura comme conséquence que d'écarter des jeunes issus des écoles et milieux les plus défavorisés, les dirigeant vers des choix secondaires où ils penseront, à tort, que leur place est probablement mieux là. En matière d'émancipation sociale, on n'aura vu mieux.

Ce choix politique, il s'est pourtant opéré avec la collaboration de nombreux académiques issus de nos facultés de médecine... Si certains d'entre eux, après une carrière tout à fait respectable, sont probablement dépassés par les évènements, d'autres ont agi en tant que fonctionnaires facultaires, étant parfaitement conscients des données scientifiques qui invalident un tel système. En tant que jeune médecin, une question me taraude constamment l'esprit: comment peut-on enseigner en faculté de médecine l'Evidence-Based Medicine et, en parallèle, la balayer d'un revers de la main sur des questions de santé publique comme celle qui nous préoccupe? Ce mode de réflexion à deux vitesses, où on prend de la science ce qui nous intéresse et où on jette ce qui va à l'encontre de nos dogmes et croyances, est questionnant et préoccupant vis à vis du sens qu'il donne au respect de la science elle-même. Heureusement pour tout le monde, cet examen d'entrée qui ne garantira en rien l'obtention d'un Inami aux étudiants vu le risque de surnuméraires, n'a pas encore résisté aux nombreux recours juridiques qui s'abattront sur lui et qui, en cas de victoire, ridiculiseront une fois de plus les politiques et... ces académiques aux positions boiteuses et auto-suffisantes.

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