Gosuin : " Dans ce foutu pays, on saucissonne la santé "

08/03/18 à 23:30 - Mise à jour à 09/03/18 à 08:42

Alors qu'il met la dernière main à son plan santé, Didier Gosuin (Défi), ministre en charge de la Santé pour la Cocom (commission communautaire commune, Région bruxelloise) explique la politique qu'il va mettre en place en santé mentale dans la capitale suite au Livre noir de la FAMGB publié la semaine passée. Priorité aux réseaux et à la multidisciplinarité. Mais le manque historique de lits psychiatriques ne lui facilite pas la tâche. Il regrette le mille-feuille à la Belge qui morcelle les politiques de santé.

Gosuin : " Dans ce foutu pays, on saucissonne la santé "

© Th. Strickaert

jdM : La situation de la santé mentale est préoccupante à Bruxelles. La FAMGB a sorti récemment (lire notre dernière édition, ndlr) un Livre noir sur le sujet. Divers problèmes ont été relevés. Des taux de personnes présentant des troubles mentaux importants (un sur quatre), en arrière-fond une pauvreté importante (30,9 % de personnes à risque d'y tomber), des généralistes qui se demandent où se trouve la deuxième ligne psychiatrique, un taux historiquement bas de lits psychiatriques dans la capitale ce qui rend difficile leur conversion en projets 107 (équipes mobiles psychiatriques). Voilà la toile de fond.

Didier Gosuin : On ne peut pas analyser le Livre noir de la FAMGB sans rappeler que, historiquement, il y a une insuffisance de lits psychiatriques à Bruxelles, conséquence d'une programmation insuffisante des années 90. Nous traînons ce boulet. Mais de plus, 30 % des patients traités dans la capitale ne sont pas bruxellois. Je ne sais pourquoi le Fédéral ne veut pas comprendre ce déséquilibre manifeste entre Bruxelles et les deux autres régions. À cela s'ajoute un moratoire. Heureusement, nous avons négocié 60 lits en reconversion à Brugmann et une soixantaine en création au Chirec. Cela redonne un peu d'air, mais reste totalement insuffisant. En parcourant le Livre noir de la FAMGB, on se rend compte que les MG n'ont pas d'alternative. Cela pose un réel problème mais c'est la responsabilité du Fédéral. Bruxelles compte 257 lits agréés psychiatriques ; on a 500 places en habitations protégées, y compris les équipes mobiles de soins. Le budget tourne autour de 52-53 millions, des montants significatifs ! De plus, la prévalence des maladies psychiatriques est supérieure en milieu urbain, qui tient à un certain nombre de paramètres de précarité que l'on retrouve dans les grandes villes. Cela renforce la pénurie que je dénonce au début.

Comment y pallier ?

D'abord, on souscrit à la politique de réseaux hospitaliers. Mais il y a aussi le réseau " adulte " et le réseau " enfant " que nous avons lancés : les réseaux 107 qui vont être renforcés en concertation avec le Fédéral. On a lancé récemment, avec Erasme, le réseau Bru-Star, un projet pilote fédéral pour enfants et adolescents. Il fait le lien entre MG et pédopsychiatrie, l'enseignement, le handicap, les autorités judiciaires. Cela nous offrira un système précoce de dépistage des problèmes que les spécialistes et les parents rencontrent avec leurs enfants à difficultés. A défaut, on intervient bien souvent trop tard. L'intervention est plus lourde si l'enfant est pré-ado et a accumulé un passé difficile.

Et au niveau de la première ligne ?

Nous donnons priorité à la réforme de la 1re ligne négociée ces jours-ci. Notamment la Plateforme de santé mentale qui va servir de structure d'appui aux intervenants et aux MG. Travailler en réseau est la philosophie de mon action. Le Réseau santé wallon et bruxellois permettra aux généralistes et aux spécialistes d'avoir accès au dossier médical et de détecter un patient présentant un certain nombre de comportements. Sinon, le MG ignore si ce dernier est suivi par un psychiatre ou un psychologue.

Au niveau normes hospitalières ?

Dans la réflexion sur les normes hospitalières, il y aura des critères faisant que dorénavant, l'hôpital prend en compte le soin transmural après la sortie de l'hôpital. La 2e Ligne devra donc travailler avec la 1re.

Y a-t-il suffisamment de places dans les institutions ?

Avec les moyens dont nous disposons, on augmente le nombre de places dans les maisons de soins psychiatriques (MSP) et les initiatives d'habitations protégées (18 IHP supplémentaires en 2018). En septembre 2018, en IHP, on va créer une nouvelle unité mère-enfant. En MSP, cela sera fonction des moyens. On a créé tout récemment une unité double diagnostic. Enfin, le Plan santé est en voie de finalisation avec un dossier distinct sur la santé mentale répondant aux constats du Livre noir.

Comment " soulager " les MG dépassés par des cas psys ingérables ?

On va lancer un projet de psychologues de 1re ligne qui seront des référents pour le MG. Ils seront là pour aider le MG. On prévoit un point de contact pour les adolescents en crise, disponible pour les prestataires en plus, on l'a dit, de la plateforme en santé mentale. Je ne veux pas fuir le débat : si l'on n'adapte pas l'offre hospitalière, on se retrouvera avec des difficultés structurelles.

Les MG veulent jouer un rôle plus important dans l'approche de la santé mentale, mais ils sont désemparés par la gravité des cas à traiter. Parmi les 12 revendications de la FAMGB, y en a-t-il que vous allez rencontrer ?

Je le répète. Le référent psychologue venant en appui du MG est l'une des réponses. Mais on ne peut pas mettre un psychologue dans chaque cabinet de MG. Lorsqu'un psychologue arrivera, il risque d'être confronté au même mur d'incompréhension : que fait-on avec un malade très atteint ? Mais cela permettra au moins à sécuriser le médecin généraliste qui ne perçoit pas toujours l'origine ou les causes de la gravité de la situation. Mais cela ne résoudra pas les problèmes de pénuries.

Au niveau des projets 107, les MG veulent être plus impliqués...

C'est une bonne chose. Avant, tout le monde travaillait dans son coin. C'est tout de même un milieu avec des intervenants très " frileux ", qui ont parfois des difficultés à entrer dans une logique de réseautage. Surtout lorsqu'il s'agit d'autres spécialités qu'eux. D'où l'intérêt d'entrer dans une structure d'appui qui sera soutenue notamment par la Plateforme santé mentale.

En savoir plus sur: