GBO : "Ni pléthore ni pénurie"

12/10/17 à 14:01 - Mise à jour à 16:12

Source: Le Journal Du Médecin

A l'invitation du Cium (Comité interuniversitaire des étudiants en médecine francophones), le GBO accompagné du Modes (Monde des spécialistes) proposait ce jeudi matin un " regard croisé des acteurs de terrain face à 20 ans de numerus clausus ". " Un triste anniversaire " pour le GBO qui souligne toutefois qu'il a aussi combattu la pléthore ; " un système absurde ", pour le Cium puisque le numerus clausus a abouti à la mascarade actuelle. Pour Stent Care, organisation de patients, notre système de soins de santé "prend l'eau de toute part ".

GBO : "Ni pléthore ni pénurie"

© BELGA

Quel bilan 20 après le numerus clausus installé en 1997, tardivement face à une pléthore qui, déjà à l'époque, montrait des signes d'affaiblissement ?

A l'invitation du Cium, le GBO, le Modes et un représentant des patients ont tenté de dresser un bilan.

Paul De Munck, président du GBO l'affirme : son syndicat est à la fois préoccupé de l'avenir des jeunes médecins et de la planification de l'offre qui est liée à cette préoccupation. "20 ans de NC est un triste anniversaire car le système ne répond pas aux besoins de santé publique du pays. Les sous-quotas spécialistes/généralistes la régulation de l'offre ont conduit aujourd'hui à des pénuries en MG et dans plusieurs spécialités. Les jeunes étudiants qui rêvaient de devenir médecins sont pris dans des querelles politiciennes."

Un MG pour 1.000 habitants

Le credo du GBO reste toutefois : "ni pléthore, ni pénurie". Car il faut anticiper. Les métiers de la médecine vont changer radicalement avec la télémédecine et la robotique tant en chirurgie qu'en imagerie médicale (sous-entendu : les besoins en médecins pourraient se modifier). La commission de planification avance dans le bon sens. Elle utilise un outil basé sur 14 paramètres. Mais malheureusement, elle se base sur le critère "à politique inchangée" et ne part pas des vrais besoins. "Si on part d'une densité idéale d'un MG/1.000 habitants, ce qu'il faut est une vision fédérale à long terme, un véritable plan stratégique et non une juxtaposition de plans (cancer, etc.). Le GBO publiera dans quelques semaines un document de recommandation en matière de planification et vue à long terme..."

Pierre Drielsma (GBO, Fédération des maisons médicales), s'appuyant sur le cadastre des MG wallons (qui est le seul à avoir été validé par les cercles de MG), a rappelé quelques évidences : L'Aviq (Agence pour une vie de qualité) recommande un MG/1.100 habitants. La pyramide des âges chez les médecins mâles wallons est catastrophique puisqu'un tiers d'entre eux sont nés avec la pléthore et vont sortir prochainement du marché. Cette cohorte de MG est au surplus confrontée à des patients plus problématiques avec comorbidité nécessitant des temps de consultation plus longs. Avec 32% de MG de plus de 50 ans, le Hainaut est à cet égard bien plus problématique que le Luxembourg (qui nécessite toutefois une suroffre eu égard aux étendues à couvrir). Même si globalement la droite de régression est assez formidable sur l'ensemble de la Wallonie (avec un R² de 0,939, on constate une forme d'autorégulation du marché des médecins autour des patients). Liège souffre d'une part importante de MG à temps partiel.

Zoé Pletschette (Modes) exige une planification de l'offre qui tienne compte de la liberté européenne de circulation des médecins étrangers qui reçoivent des numéros Inami pour exercer. "Nous exigeons qu'on établisse scientifiquement les besoins en médecins et en professionnels de santé sur base de pathologies, de leur prévalence/incidence et la définition des compétence de chacun. Une loi d'installation définirait le meilleur équilibre entre besoins de la population et libre choix des professionnels de soins. 20 ans après le numerus clausus, un bilan doit être tiré. De nombreux éléments ont montré son inefficience."

Double cohorte

Selon Quentin Lamelyn (Cium), le système actuel est délirant. Il revient à importer massivement des médecins étrangers alors que le lissage négatif a épuisé la possibilité d'en distribuer aux diplômés belges. La Belgique est un des rares pays européens à pratiquer le numerus clausus. "Ma promotion n'est toujours pas sûre de pouvoir exercer la médecine." La planification actuelle ne tient pas suffisament compte de l'âge des médecins ("sur 977 orthopédistes, 30 ont plus de 85 ans, 170 de plus de 60 ans")..

Avoir produit trop de spécialistes (75/25 sauf à l'UCL où la clé 50/50 a été respectée) est une responsabilité majeure des Facultés de médecine dans la gestion des sous-quotas. On prévoit plus de 2.000 diplômés en 2018 : 1.200 (UCL), 400 (ULB), 380 (Liège)... Ils étaient 1.072 attendus pour 492 numéros en 2017. "Les diplômés de 2018 recevront des numéros Inami sinon c'est la révolution. Mais cette double cohorte ne fera que déplacer le problème de pénurie. Celle-ci va provoquer une explosion du coût des soins car il n'y aura plus suffisamment de prévention. Le manque de MG va déplacer les patients verts la 2e ligne, plus chère.

Il n'y a que 8.642 ETP MG en Belgique. Il manque 700 urgentistes."

Dans un récent sondage du Cium, entre 84 et 96% des étudiants sont défavorables au numerus clausus... Le mouvement préconise une planification à l'issue du 1er BAC sur base des besoins en santé publique objectivés.

Enfin, un représentant des patients, Lucio Scanu de Stent Care (Réseau social pour malades chroniques, personnes en situation de handicap et leur entourage), a rappelé combien notre système de soins de santé, loin d'être le meilleur du monde, est en train de prendre l'eau de toute part. Malade chronique depuis 25 ans, il décrit le calvaire de patients transbahutés d'hôpital en hôpital. "C'est devenu un véritable souk dans lequel le patient a intérêt à apprendre le Roumain. Allez expliquer à un médecin roumain les difficultés de nouer les deux bouts avec 1.080 euros par mois...Les médecins partent du principe que le patient est un professionnel à temps plein."

Dans le Hainaut, on organise même des Foires de santé dans lesquelles on peut venir se faire soigner quand on n'a pas les moyens. "Il y a rupture de confiance entre l'Etat et les médecins et on nous presse de toute part de communautariser les soins pour lâcher les plus démunis qui vivent souvent en Wallonie..."

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