Expérimentation animale : L'ARM inquiète

26/03/18 à 13:00 - Mise à jour à 15:44

Le projet de décret relatif au Code wallon du bien-être animal du ministre Carlo Di Antonio en charge notamment du Bien-Être animal inquiète l'Académie royale de médecine. Il a été pensé " sans concertation " avec le secteur et risque de mettre à mal le progrès de la science médicale. Pour l'ARM on peut concilier respect de l'animal et expérimentation. Il est également indispensable de conserver la confidentialité des expérimentateurs.

Expérimentation animale : L'ARM inquiète

© PHOTOPQR/LA PROVENCE

La section vétérinaire de l'ARM exprime " de vives inquiétudes à propos de la dernière version de ce projet, qui a été modifié sans la moindre concertation avec les acteurs universitaires du domaine, ni avec l'Académie de médecine mais apparemment seulement avec les ASBL de défense animale ".

La problématique du bien-être animal et la nécessité de l'expérimentation utilisant des animaux est complexe, rappelle le secrétaire perpétuel, le Dr Jean-Michel Foidart et la présidente, la Pr Danielle Balériaux . Elle fait l'objet de débats internationaux importants, de décrets européens (Directive 2010/63/EU), et de déclarations officielles par des scientifiques responsables (cf. la Déclaration de Bâle 2010 dans Nature 468, 742 (2010)).

Dérèglements biologiques

Le 28 mars, la Fédération européenne des Académies de médecine se réunira sur ce thème. Ceci illustre " le souci des plus hautes autorités médicales européennes " de concilier respect et bien-être animal avec la nécessaire expérimentation en vue d'améliorer la santé humaine. Car " la compréhension des dérèglements biologiques et humains des organismes et le traitement des maladies imposent cependant une expérimentation animale ciblée ".

Pour l'ARM, protection animale et expérimentation animale judicieuse " ne sont pas en conflit ". A condition que " les experts chargés d'évaluer actuellement les projets de recherche impliquant des animaux aient des compétences éthiques, épidémiologiques statistiques et scientifiques ".

La réflexion sur la possibilité de méthodes alternatives doit être intégrée dans chaque projet.

Experts de la cause animale

En revanche, confier à la seule administration (wallonne) l'autorisation de mener des projets expérimentaux est une erreur. " L'Administration wallonne ne dispose actuellement ni du personnel, ni de l'expérience, ni de l'expertise nécessaires pour cette fonction. "

De même, qu'il y ait au sein de la commission d'évaluation " des experts issus des associations de défense du bien-être animal qui, de notoriété publique, s'opposent par principe à toute expérimentation animale, pose problème ".

Des associations de parents d'enfants leucémiques par exemple, exprimeraient des sentiments exactement opposés.

Les uns ou les autres ne peuvent dès lors, selon l'ARM, avoir qu'une compétence d'avis. Ils ne peuvent pas davantage être impliqués dans des tâches de surveillance des universités ou des laboratoires de recherche.

Confidentialité

En outre, l'ARM réitère " ses vives inquiétudes quant au secret et à la confidentialité des programmes de recherches académiques et industriels dès lors que des représentants des associations de protection animale auront accès aux informations contenues dans ces projets ". L'ARM laisse entendre qu'elle craint des mesures de rétorsion.

" Sans l'expérimentation animale menée dans un cadre éthique et contrôlé, les progrès de la chirurgie et l'introduction de nouveaux médicaments deviendraient impossibles ", concluent les Académiciens. " Ce décret est de nature à hypothéquer la qualité de la recherche biomédicale académique universitaire, voire tout simplement à la rendre impossible et à mettre en danger l'activité des entreprises pharmaceutiques implantées en Région Wallonne. " L'Académie suggère plutôt de travailler à l'implémentation de la directive ad hoc dans l'esprit de la déclaration de Bâle et de la règle des " 3 R " (Remplacer, Réduire, Raffiner).