Examen d'entrée : pour ou contre ?

14/09/17 à 16:17 - Mise à jour à 17:00

Source: Le Journal Du Médecin

Stéphane Louryan, professeur ordinaire à la Faculté de médecine de l'ULB, membre de l'Académie royale de médecine de Belgique estime dans Le Soir que l'examen d'entrée est " une nécessité pédagogique ". Le Cium (comité interuniversitaire des étudiants en médecine francophones) pense que " ce n'est pas une solution à long terme " car il peut notamment entraîner des surnuméraires en cas de haut taux de réussite. L'Absym salue l'examen qui va épargner beaucoup de souffrances et félicite ceux qui ont réussi.

Examen d'entrée : pour ou contre ?

Medicine and dentistry | Medecine et dentisterie 08/08/2017 © BELGAIMAGE

Le Pr Louryan écrit : "L'examen d'entrée aux études médicales nous a récemment offert le spectacle consternant d'une désinformation généralisée. La presse a relayé avec complaisance les opinions des candidats, selon lesquels par exemple la mathématique n'est d'aucune utilité en médecine (savent-ils l'intérêt des logarithmes en biochimie, la nécessité d'utiliser les statistiques pour prouver l'efficacité d'un traitement, l'importance de la géométrie en anatomie et en biomécanique ? Assurément non !). Les autorités administratives de l'ARES ont minimisé devant les caméras l'importance de cet examen, conformisme idéologique aidant, et avec l'aide efficace de la méthode Coué, qui aveugle nos autorités sur la question de la qualité fort inégale de notre enseignement secondaire pour la préparation à l'enseignement supérieur.

Il semble qu'obnubilés par le dogme politique de la "réussite pour tous", appuyés par une vision politico-démagogique propre aux partis au pouvoir en Fédération Wallonie-Bruxelles, les citoyens de cette communauté ne sont pas prêts à accepter ce qui chez nos voisins ou dans les pays anglo-saxons représente la norme : les concours et les sélections scolaires et académiques, qui seules peuvent assurer la qualité des futurs universitaires et praticiens qui auront à affronter des responsabilités dont la moindre n'est pas la vie de leurs patients."

Un mauvais examen

Les arguments du Cium ?

"641 réussites pour 607 attestations prévues... "Le hasard fait bien les choses", nous dit l'ARES en se défendant d'avoir calibré l'épreuve. Soit... Mais la "chance" ne sourira peut-être pas de la même façon l'année prochaine. Que se passera-t-il si les étudiants, sans doute mieux préparés à un examen connu d'avance, dépassent plus largement les quotas fixés ? Les surnuméraires en cours de cursus devraient-ils alors passer un concours en fin de 6ème année ?"

"La littérature scientifique abonde d'arguments contre ce type d'examen, montrant qu'il ne sélectionne pas valablement les meilleurs futurs médecins. Des études de Barr et Powis montrent carrément une corrélation négative entre la réussite de l'examen d'entrée et la réussite d'une carrière dans la médecine. Selon Powis, il n'y aurait aucune différence en termes de réussite future entre un étudiant ayant raté un examen d'entrée et un autre l'ayant réussi. Une allégation confirmée en Belgique par une étude du CIUM (2015) : 50% des étudiants ayant échoué au test indicatif (futur examen d'entrée) avaient réussi la première année de médecine en première session."

90% de réussites

Quant à l'Absym, elle "tient à féliciter les 641 lauréats de l'examen d'entrée donnant accès aux études de médecine, organisé pour la première fois par la Communauté française. Auparavant, les 3 473 candidats inscrits cette année pour cet examen d'entrée se seraient probablement inscrits en première année de médecine. Le taux d'échec de ces étudiants pour accéder aux années supérieures étant particulièrement élevé, cela se traduirait alors par un gaspillage d'efforts et une perte de moyens financiers considérables."

"Parmi les 18,46% de lauréats à l'examen d'entrée, on peut s'attendre à ce que +/- 90% accèdent aux années supérieures et deviennent médecins. Le Ministre communautaire va devoir prendre conscience que les 607 numéros INAMI pouvant être attribués par la Ministre fédérale seront utilisés en adéquation avec les besoins de la population et non plus en fonction des besoins des hôpitaux universitaires."

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